Se déprendre du moi
Sur l'axe: Nature du moi · le moi
Le « je » est-il une fiction commode, qu'on prend à tort pour une chose ? Et s'en libérer serait-il une perte, ou au contraire une délivrance ?
Justification
Le même critère vaut pour le moi : s'il existait, il faudrait l'impression qui le donne. Or l'introspection ne livre jamais un sujet permanent, seulement une perception particulière, chaleur, lumière, plaisir ou douleur, qui aussitôt fait place à une autre. Hume en infère qu'il n'y a pas de substance pensante sous les perceptions : le moi n'est qu'un faisceau de perceptions (bundle of perceptions) en flux perpétuel. L' que nous lui prêtons est une fiction de l'imagination, qui prend pour identité réelle la ressemblance et la continuité de ses contenus. La thèse vise et toute âme-substance ; c'est l'archétype de la théorie du faisceau.
Pour ma part, quand je pénètre le plus intimement dans ce que j'appelle moi-même, je tombe toujours sur telle ou telle perception particulière... je ne peux jamais me saisir, moi, en aucun moment sans une perception.Traité de la nature humaine, I, IV, 6
Traité de la nature humaine, I, partie IV, sect. 6 (de l'identité personnelle)
Justification
Cherchez le moi parmi les cinq agrégats (forme, sensation, perception, formations, conscience) et vous ne trouvez que leur flux changeant : aucun d'eux n'est stable, ni vôtre, ni un sujet qui les porterait. De cette analyse le bouddhisme tire le contre l' des Upaniṣad, ce Soi permanent identifié au : là où le postule un sujet immuable sous le devenir, le Bouddha tient que postuler un tel substrat est précisément la méprise (avidyā) qui nourrit l'attachement. Le sujet n'est qu'un faisceau de processus impermanents, ce qui fait du bouddhisme la grande figure historique de la théorie du faisceau.
La forme est non-soi, la sensation est non-soi, la perception est non-soi, les formations sont non-soi, la conscience est non-soi.Anattalakkhaṇa Sutta (Saṃyutta Nikāya 22.59)
Anattalakkhaṇa Sutta (le discours sur la caractéristique du non-soi) · Nāgārjuna, Mūlamadhyamakakārikā (Stances du milieu)
Repères: Hume · le bouddhisme