Les questions

Rapport à soi· Présencedifficulté

Attention et divertissement

Se divertir, est-ce fuir ce qui compte ou un art de vivre ?

Nous passons une part croissante de nos vies à nous divertir, et des industries entières se disputent désormais chaque minute de notre attention. Fuite devant ce qui compte, ou art d'habiter une existence que nul ne peut vivre en permanence face à l'essentiel ? Se positionner, c'est dire ce que valent les heures qu'on ne consacre à rien d'important.

RecueillementDiversionassumée
Les pôles, et qui les tient

Recueillement

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Le divertissement est une fuite : ce qui compte, notre condition, la mort, ce qui nous est confié, demande d'être regardé en face, et la diversion nous en détourne précisément quand cela pèse. La réponse est le recueillement : rassembler son attention, se rendre présent à l'essentiel, fût-il inconfortable, plutôt que de s'étourdir.

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Figures associées: Simone Weil · Pascal
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Le Bouddhaexplicite

La (sati, l'attention présente et continue) est l'un des membres de la (l') et le cœur de la pratique. Le Satipaṭṭhāna Sutta enseigne à recueillir l'attention sur le corps, les sensations, l'esprit et les phénomènes, contre la dispersion mentale. L'enseignement de Gautama est ainsi une discipline du recueillement par excellence.

Satipaṭṭhāna Sutta, Majjhima Nikāya 10 (le discours sur les fondements de l'attention) · Dhammapada, ch. II (la vigilance)

Bouddhismeexplicite

Si le moi est une illusion née de l'inattention, c'est l'attention soutenue qui la défait : la (sati, l'attention présente et continue) n'est pas une simple détente mais l'outil de connaissance qui rend l' et le directement observables dans l'expérience. Membre de l', elle s'exerce, selon le Satipaṭṭhāna Sutta, sur le corps, les sensations, l'esprit et les phénomènes, contre la dispersion. Le recueillement n'est donc pas une fin en soi mais le moyen même par lequel la compréhension libératrice s'installe, ce qui fait du bouddhisme une discipline du recueillement par excellence.

Satipaṭṭhāna Sutta (le discours sur les fondements de l'attention) · Dhammapada, ch. II (la vigilance)

Épictèteexplicite

Si la passion vient d'un précipité donné à une , alors c'est à l'instant où la représentation se présente, et non après coup, que tout se joue. De là la nécessité d'une attention continue à soi, la prosochē : interroger sans relâche chaque impression, « attends-moi un peu, laisse-moi voir qui tu es », pour ne jamais accorder mécaniquement son assentiment. Cette discipline de la vigilance, recueillement permanent sur la , est ce qu'Épictète substitue à une morale de règles : non un code à appliquer mais un examen de chaque seconde, à l'opposé de la dispersion où l'âme suit ses impressions sans les filtrer.

Entretiens, IV, 12 (De l'attention) · Manuel, §4

Marc Aurèleexplicite

L'exercice fondamental est la , attention vigilante portée à chaque instant sur ses jugements et ses impulsions : surveiller la à mesure qu'elle se présente, c'est se recueillir sur le au lieu de se laisser disperser au fil des impressions.

Pensées pour moi-même, III, 4 · Pensées pour moi-même, IV, 22 · Pensées pour moi-même, VII, 54

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Plotininférable

Toute la discipline plotinienne est un recueillement : il faut rassembler l'âme dispersée dans le multiple sensible, la concentrer et la rendre attentive à sa source intérieure pour s'élever à la contemplation. L'union avec l' exige le silence des sens et de la pensée discursive, un retrait total au-dedans. C'est l'opposé même de toute dispersion féconde.

Ennéades, VI, 9, 7-11 · Ennéades, V, 1, 12

Stoïcismeexplicite

La prosochè, attention vigilante portée à chaque instant sur les jugements et les impulsions du principe directeur (l'), est l'attitude fondamentale du stoïcien en exercice. Marc Aurèle se rappelle sans cesse de surveiller ses : il s'agit de se recueillir sur soi plutôt que de se laisser disperser.

Marc Aurèle, Pensées pour moi-même, III, 4 · Épictète, Entretiens, IV, 12

Nāgārjunainférable

Nāgārjuna hérite de la discipline bouddhique du recueillement : la délivrance suppose un esprit rassemblé, capable de soutenir l'analyse jusqu'à l'apaisement de la prolifération conceptuelle (prapañca). Voir la n'est pas une dispersion mais une attention pénétrante et continue portée sur le surgissement conditionné des phénomènes, d'où une nette pente vers le recueillement.

Mūlamadhyamakakārikā (Stances du milieu par excellence), XVIII, 5 (l'apaisement de la prolifération)

Schopenhauerinférable

La mort est la « muse de la philosophie » et notre condition ne se comprend qu'à la regarder en face : la sociabilité bruyante, l'agitation mondaine sont surtout la fuite des esprits vides qui ne supportent pas leur propre compagnie. Le recueillement, non la diversion, ouvre à l'essentiel.

Parerga et Paralipomena, « Aphorismes sur la sagesse dans la vie »

Diversion assumée

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Se divertir n'est pas trahir sa vie, c'est la rendre habitable : nul ne peut regarder en permanence la mort ou le malheur en face, et la diversion soulage, guérit parfois, remet en mouvement. Savoir se distraire, changer d'objet, jouer, converser, est un art de vivre et une sagesse, non une faiblesse dont il faudrait rougir.

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  • Descriptif
    Pourquoi ne supportons-nous pas le repos ?

    « Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre » : si nous fuyons le calme, est-ce la misère de notre condition qui remonte dès que le bruit cesse, comme le diagnostique Pascal, ou l'esprit est-il simplement fait pour le mouvement plus que pour le face-à-face avec soi ?

    l'homme au repos
  • PrescriptifExistentielle
    L'attention captée

    Quand des dispositifs entiers sont conçus pour capter chaque minute disponible, se divertir est-il encore un choix qu'on assume, ou faut-il défendre son attention comme un bien rare, la diversion cessant d'être un art dès qu'elle est administrée ?

    les dispositifs de captation
  • PratiqueExistentielle
    Reprendre son attention

    Face à des dispositifs conçus pour la capter, peut-on vraiment se réapproprier son attention en s'y exerçant, se retirer, jeûner du flux, revenir au présent, ou ces techniques ne font-elles que colmater un mal qui nous dépasse ?

    l'exercice de l'attention

Problèmes liés élargir vers d'autres axes

  • Descriptif
    Mi-ange, mi-bête

    L'homme est-il un être partagé, capable en même temps du plus haut et du plus bas, grand par cela même qui le rend misérable, ou cette image dramatique n'est-elle qu'une façon d'ennoblir un simple animal en le disant déchu ?

    l'être humain partagéVision de l'homme
  • PrescriptifExistentielle
    Que faire de son attention ?

    Examiner sa vie comme agir demandent une ressource que tout dispute : l'attention. Ce qu'on regarde, et ce dont on se détourne, dessine déjà une existence ; reste à savoir quelle part peut aller à la diversion.

    son attentionIntériorité
  • Descriptif Question
    L'outil est-il neutre ?

    Un outil ne serait ni bon ni mauvais, tout dépendrait de l'usage ; mais une arme, ou un fil d'actualité conçu pour capter le regard, n'ont-ils vraiment aucune pente propre ?

    l'outilRapport à la technique
  • PrescriptifExistentielle
    Vivre, ou se préparer à vivre

    On remet sans cesse de vivre à un avenir qui, souvent, ne vient pas : la vie s'écoule pendant qu'on la prépare. Mais à ne plus rien projeter, à renoncer à tout but, ne perd-on pas ce qui donne à l'existence une direction et un élan ?

    le temps d'une vieOrientation temporelle
  • PrescriptifVitale
    Détourner le regard

    Ne plus fixer une vérité qui ne donne aucune prise n'est pas la nier ; mais où passe la ligne entre cette sagesse de l'attention et le déni, si c'est l'inconfort qui décide de ce qu'on regarde ?

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