Rapport au monde· Travail et techniquenoyaudifficulté
Rapport à la technique
Le progrès technique améliore-t-il la condition humaine ?
Chaque outil nouveau nous libère d'anciennes peines, mais crée des dépendances et des pouvoirs qu'on maîtrise mal ; la technique sert-elle nos fins, ou transforme-t-elle silencieusement nos désirs et jusqu'à ce que nous sommes ? Se positionner, c'est dire si le progrès technique est une promesse à saisir ou une emprise à surveiller.
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La technique est le grand levier du progrès humain : elle libère du besoin, recule la souffrance et étend notre pouvoir sur la nature. Les problèmes qu'elle crée appellent davantage d'ingéniosité, non un retour en arrière.
Explorer cette position →Baconexplicite
Le savoir ne vaut pas pour la contemplation mais pour ses fruits : connaître les causes, c'est pouvoir produire des effets, et la mesure d'une vérité est l'œuvre qu'elle permet. Bacon en juge par les arts mécaniques, qui n'ont cessé de croître, quand la philosophie d'école piétinait : l'imprimerie, la poudre, la boussole ont plus changé le monde que tous les systèmes. La technique n'est donc pas un sous-produit suspect du savoir, c'est sa fin légitime et le levier du progrès humain, contre la résignation qui tient la condition présente pour indépassable.
Novum Organum, I, §3, §81 et §129
Transhumanismeexplicite
La technique n'est ni un outil neutre ni une force aliénante, mais le principal moteur d'émancipation de la condition humaine : ce qui nous a tirés de la rareté et de la maladie peut nous affranchir de nos limites biologiques mêmes. Les qu'elle fait courir ne justifient pas le renoncement, mais une accélération prudente et orientée. L'avenir désirable se construit en repoussant les frontières du possible technique, non en s'en défiant.
Kurzweil, The Singularity Is Near · Bostrom, Superintelligence
Simondonexplicite
L'introduction de part d'un diagnostic : la culture s'est constituée en système de défense contre les techniques, qu'elle réduit à de purs ustensiles ou mythifie en robots menaçants. Pour , la plus forte cause d' n'est pas la machine elle-même, mais la méconnaissance de sa nature et de son essence. Il récuse donc l'instrumentalisme autant que la technophobie : l'objet technique a sa propre technicité et sa propre genèse, la , par laquelle ses éléments deviennent solidaires. Il voit dans le développement technique une possibilité majeure de transformation de la condition humaine, à une condition : que la culture intègre la connaissance des machines, et que l'homme en devienne l'organisateur et l'interprète, ni maître ni esclave. Favorable mais conditionnelle, cette position se place légèrement du côté du techno-optimisme : la confiance porte sur ce que la technique rend possible, non sur la puissance qu'elle confère.
Du mode d'existence des objets techniques (1958), introduction et Ire partie · « Culture et technique » (1965), repris dans Sur la technique (2014)
Voir plus (7)
Descartesinférable
Pour Descartes, la science nouvelle a une fin pratique : produire des techniques, des arts mécaniques et une médecine qui prolongeraient la vie et soulageraient la condition humaine. Cet optimisme dans le pouvoir transformateur du savoir appliqué annonce le techno-optimisme, sans pour autant constituer une thèse explicite sur la technique comme telle.
Discours de la méthode, VI
Les Lumièresexplicite
L'Encyclopédie accomplit un geste inédit : faire entrer les arts mécaniques, les métiers et les machines dans le savoir, à égale dignité avec les sciences. La technique n'y est pas une simple commodité mais un vecteur d'émancipation, qui arrache l'homme à la misère et au besoin et étend son empire sur la nature. Héritières du programme de , les Lumières lient le progrès des arts au progrès des lumières : maîtriser la nature et instruire les hommes vont de pair.
Diderot et d'Alembert, Encyclopédie, art. « Art » · Bacon, Novum Organum
Lockeinférable
Notre connaissance de la nature ne pénètre pas les essences réelles, mais elle suffit à ce qui nous importe : la conduite de la vie et les commodités qu'on peut tirer des choses. Locke voit dans les arts utiles, fondés sur l'expérience et l'histoire naturelle, le vrai profit de la philosophie naturelle. Il oppose le roi d'un vaste territoire en Amérique, plus mal nourri, logé et vêtu qu'un journalier anglais, pour montrer ce que le travail et ses améliorations ajoutent à la terre.
Essai sur l'entendement humain, IV, 12, §10-12 · Second traité du gouvernement civil, ch. V, §41
Marxismeinférable
Marx tient le développement des forces productives pour le moteur du progrès historique : le machinisme et la grande industrie créent les conditions matérielles d'une société d'abondance et libérée du besoin. Mais sous le capital, ce même machinisme intensifie l'exploitation et l'aliénation : l'optimisme porte sur la technique émancipée des rapports capitalistes, non sur la technique telle quelle.
Marx, Le Capital, livre I, chapitre sur la machinerie et la grande industrie · Marx et Engels, Manifeste du Parti communiste (1848)
Hegelinférable
Dans la « Téléologie », l'outil manifeste la ruse de la raison, qui se sert des propriétés des choses pour réaliser ses fins : par sa permanence, « la charrue est plus honorable que ne le sont immédiatement les jouissances qu'elle procure ». Dans la société civile, la division du travail rend pourtant l'activité plus abstraite et mécanique, jusqu'à permettre que la machine remplace l'homme. La pauvreté relève de la dynamique contradictoire de cette société et de la répartition de ses richesses, non de la machine prise isolément : Hegel valorise la puissance rationnelle des moyens tout en analysant leurs conditions sociales.
Science de la logique, logique subjective, « La téléologie » · Principes de la philosophie du droit, §198 et §243-245
Marxinférable
Le développement des forces productives, machines comprises, est le moteur de l'histoire et la condition matérielle de l'émancipation : la grande industrie crée les moyens d'une société d'abondance. Mais sous le capitalisme la machine asservit l'ouvrier et intensifie son exploitation. Marx n'est donc ni technophobe ni naïvement optimiste : la technique est libératrice selon les rapports sociaux qui la commandent, d'où une position d'optimisme nuancé.
Le Capital, livre I, ch. 15 (machinisme et grande industrie) · Manifeste du Parti communiste, ch. 1 (le rôle révolutionnaire de la bourgeoisie et de l'industrie)
Kantinférable
L'histoire est le lieu où l'insociable sociabilité des hommes développe leurs talents et leur habileté : sans elle, ils seraient restés aussi doux que les moutons qu'ils font paître. Kant y voit un progrès réel mais ambigu : « nous sommes cultivés à un haut degré par l'art et la science, nous sommes civilisés jusqu'à en être accablés… mais il s'en faut encore de beaucoup que nous puissions nous tenir pour déjà moralisés ». L'habileté fournit des moyens pour toutes sortes de fins ; elle ne dit rien de leur valeur.
Idée d'une histoire universelle au point de vue cosmopolitique (1784), 4e et 7e propositions · Fondements de la métaphysique des mœurs, II (impératifs de l'habileté)
Arguments et objections (3)
milieu nommé1
La technique n'est en elle-même ni bénédiction ni malédiction : c'est un moyen, et tout dépend de l'usage qu'on en fait. Un même outil peut soigner ou détruire. Le vrai problème n'est pas la technique, mais les fins que nous lui assignons et la sagesse de ceux qui s'en servent.
Explorer cette position →Voir les positions implicites (1)
Millinférable
Mill attend beaucoup du progrès des arts industriels, mais il doute qu'il ait encore servi ceux qui travaillent : « il est douteux que toutes les inventions mécaniques faites jusqu'ici aient allégé la peine quotidienne d'un seul être humain ». Elles ont permis à une population plus nombreuse de mener la même vie de labeur, à davantage de manufacturiers de faire fortune, et aux classes moyennes de jouir d'un confort accru. Leur bénéfice dépend donc des institutions, de la répartition et des fins : avec des institutions justes et une croissance démographique guidée par la prévoyance, les inventions pourraient enfin produire leur effet légitime, abréger le travail.
Principes d'économie politique, IV, ch. 6, §2
Arguments et objections (3)
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La technique n'est pas un simple outil neutre : elle impose sa propre logique, transforme notre rapport au monde et peut nous déposséder de ce qui fait la valeur de l'existence. Son développement appelle vigilance, limites et interrogation sur les fins.
Explorer cette position →Ellulexplicite
Pour , la technique n'est pas la machine : c'est l'ensemble des méthodes rationnelles qui recherchent, dans chaque domaine, l'efficacité maximale disponible, une logique qui gagne l'économie, l'administration, la propagande et l'homme lui-même. Elle est devenue autonome : elle s'accroît par elle-même, par le choix automatique du moyen le plus efficace, et les institutions politiques, économiques et morales tendent à se conformer à ses exigences, ce qui réduit leur capacité de contrôle. Il récuse l'idée d'une technique neutre dont tout dépendrait de l'usage : ses effets bons et mauvais sont inséparables. Il ne prêche pas la destruction des machines : il demande de désacraliser la technique, condition d'une liberté qui reste possible.
La Technique ou l'Enjeu du siècle (1954) · Le Système technicien (1977) · Le Bluff technologique (1988)
Heideggerexplicite
part de la définition courante, la technique comme moyen au service de fins humaines, pour la dire « exacte » mais non « vraie » : elle manque l'essence, ce qui récuse d'emblée l'instrumentalisme. La technique moderne est un mode de dévoilement qui ne fait plus éclore les choses, comme la poièsis artisanale, mais les « provoque » (herausfordern) : le Rhin est sommé de livrer son énergie à la centrale, la forêt sa cellulose, tout devient fonds disponible (Bestand), une réserve toujours prête à l'emploi. L'homme lui-même est requis par cette provocation et menacé de ne plus se comprendre qu'à partir de la disponibilité. Le rassemblement de toutes ces manières de sommer, l' (Gestell), est le danger suprême, car il risque de fermer tout autre rapport à l'être. Heidegger refuse pourtant de maudire les appareils : il cite Hölderlin (là où il y a danger, croît aussi ce qui sauve) et prône, dans le discours de 1955 repris dans , un « oui et non » aux objets techniques : sa critique vise l'essence, non les instruments.
La Question de la technique (conférence 1953, publ. 1954) · Sérénité (discours 1955, publ. 1959)
Laoziexplicite
Le perfectionnement des moyens n'est pas pour Laozi un progrès mais une source d'agitation et de ruse qui éloigne du . Sa cité idéale possède des machines et des armes mais on ne s'en sert pas : la multiplication des outils habiles fait croître l'artifice et le désir, là où la ramène à l'essentiel. Cette méfiance envers l'ingéniosité instrumentale, posée bien avant et Ellul, fait de lui un ancêtre lointain de la techno-critique.
Dao De Jing, ch. 80 · Dao De Jing, ch. 57
Le romantismeexplicite
Au moment où la machine et l'usine arrachent l'homme à la terre et au métier, le romantisme est le premier à nommer la perte : la puissance industrielle se paie d'un désenchantement du monde, où la nature vivante devient matière inerte et l'homme un rouage. pleure déjà une nature « dédivinisée » par le calcul, maudit les « sombres usines sataniques ». Cette protestation inaugure la grande lignée de la critique de la technique, jusqu'à et Ellul.
Schiller, Les Dieux de la Grèce · Blake, Milton (préface)
Jonasexplicite
part d'un constat : l'agir humain a changé de nature. Ses effets sont cumulatifs, irréversibles, planétaires, et la technique moderne est devenue une entreprise sans terme qui pousse l'idéal baconien de domination jusqu'au point où il menace. Il récuse sa neutralité sans prêcher aucun retour en arrière. Sa réponse est méthodologique : une , où le mal que nous pouvons nous représenter nous instruit sur le bien à préserver, et une règle de décision qui donne la priorité au pronostic de malheur sur le pronostic de salut dès que l'existence même de l'humanité est en jeu. Valeur nettement critique, sans l'extrême d'un refus.
Le Principe responsabilité, préface, ch. I-II · Le Principe responsabilité, ch. V (l'idéal baconien)
Rousseauexplicite
Couronné en 1750 pour avoir soutenu le paradoxe que le rétablissement des sciences et des arts a corrompu les mœurs, Rousseau frappe l'espoir cardinal des Lumières : le progrès des lumières et des techniques n'entraîne pas le progrès moral, il l'érode. Le luxe et les arts polissent les apparences tout en amollissant les âmes et en masquant les vices sous des dehors policés. Ce n'est pas l'éloge de l'ignorance, mais le refus de l'équation, centrale au siècle, entre civilisation et amélioration de l'homme.
Rousseau, Discours sur les sciences et les arts
Voir plus (6)
Russellexplicite
Écrit en réponse au Dédale de Haldane, qui promettait le bonheur par la biologie, renverse l'image : la science donne du pouvoir, et le pouvoir sert les fins qu'ont déjà ceux qui le reçoivent. Une technique nouvelle n'améliore donc rien par elle-même ; elle amplifie, et si les passions dominantes sont la rivalité et la domination, elle les rend simplement plus efficaces. Russell reste partisan de la science et refuse le retour en arrière : ce qu'il demande n'est pas moins de puissance mais un changement des fins, ce qui fait de lui un instrumentaliste inquiet plutôt qu'un techno-critique.
Icare ou l'avenir de la science (1924) · La Perspective scientifique (1931) · L'Impact de la science sur la société (1952)
Taoïsmeinférable
Une méfiance primitiviste traverse le taoïsme : les inventions et les machines engendrent l'esprit calculateur et corrompent la simplicité. Zhuangzi rapporte l'histoire du vieux jardinier qui refuse une machine à élever l'eau, par crainte que qui a une machine au cœur perde sa pureté native ; Laozi rêve d'un petit pays où, malgré des outils, on n'en userait pas.
Zhuangzi, ch. 12 (Ciel et Terre) · Laozi, Dao De Jing, ch. 80
Zhuangziinférable
Un vieux jardinier refuse la machine à puiser l'eau qu'on lui propose : « qui se sert de machines acquiert un cœur de machine », et perd la pureté native de l'esprit. La méfiance de Zhuangzi ne porte pas sur l'outil en soi, qu'il manie volontiers dans ses paraboles d'artisans, mais sur l'esprit calculateur et l'astuce que l'instrument fait croître au détriment du . Cette critique du « cœur machinal » le range, comme , parmi les ancêtres lointains de la techno-critique, mais à partir du for intérieur plus que de l'ordre politique.
Zhuangzi, ch. 12 (le jardinier et la machine)
Husserlextrapolée
Sans thématiser la technique pour elle-même, Husserl en prépare la critique : la mathématisation galiléenne de la nature engendre une « technicisation » du savoir, où l'on manipule des formules et des procédés dont on a oublié le sens originaire, vidés de l'intuition qui les fondait. Cette dénonciation d'un savoir devenu pur calcul opératoire, coupé de son sol vécu, annonce la techno-critique que radicalisera. Position prudente, déduite du diagnostic de la Crise plus que d'une philosophie explicite de la technique.
La Crise des sciences européennes, §9
Lucrèceinférable
Les arts et les inventions, du métal au tissage et à la navigation, sont nés du besoin et de l'expérience, et Lucrèce les décrit sans nostalgie de l'état sauvage. Mais il n'y voit pas une marche vers le bonheur : la découverte de l'or et des métaux a armé la guerre, et le luxe attise des désirs vains que la nature ne réclame pas. Le progrès matériel laisse intact, voire aggrave, le trouble de l'âme que seule la philosophie apaise, d'où une réserve nette à l'égard de ce que les techniques apportent vraiment.
De la nature des choses, V, 1241-1457 (métaux, guerre, luxe et le progrès ambivalent des arts)
Michel de Montaigneinférable
Dans « Des cannibales », Montaigne récuse la prétention de l'art à surpasser la nature : « ce n'est pas raison que l'art gagne le point d'honneur sur notre grande et puissante mère Nature », et nos artifices abâtardissent ce qu'ils prétendent améliorer. Dans « Des coches », il reconnaît l'industrie et le jugement des peuples du Nouveau Monde, contre la prétention européenne à une supériorité globale : les armes et les chevaux ont servi à « tant de villes rasées, tant de nations exterminées… pour la négociation des perles et du poivre ». Cette critique de la présomption et de l'usage le place un peu au-delà de l'instrumentalisme, sans condamnation générale des techniques.
Essais, I, 31 (« Des cannibales ») · Essais, III, 6 (« Des coches »)
Arguments et objections (3)
Voir la carte des problèmes dans l'Atlas →
- Descriptif QuestionL'outil est-il neutre ?
Un outil ne serait ni bon ni mauvais, tout dépendrait de l'usage ; mais une arme, ou un fil d'actualité conçu pour capter le regard, n'ont-ils vraiment aucune pente propre ?
l'outil
Sous-problèmes creuser la discussion de cet axe
- PrescriptifVitaleLa maîtrise de la nature
Depuis Bacon et Descartes, la technique promet de nous rendre « comme maîtres et possesseurs de la nature » ; elle a fait reculer la faim et la maladie, mais déchaîne aussi des forces que nul ne gouverne : cette maîtrise à moitié tenue est-elle en chemin, ou contradictoire dans son principe ?
la nature - DescriptifLa puissance et la sagesse
Les moyens techniques s'accumulent : chaque génération hérite des machines et des savoirs de toutes les précédentes ; la sagesse d'en user, elle, ne se stocke pas et doit être reconquise par chacun. Ce fossé entre la puissance et le discernement est-il un retard qu'une éducation pourrait combler, ou se creuse-t-il par nature ?
la civilisation technicienne - PrescriptifExistentielleLe remède et le poison
Platon craignait déjà que l'écriture n'affaiblisse la mémoire qu'elle prétendait servir ; chaque outil qui nous prolonge nous décharge d'une capacité, jusqu'à l'assistant qui pense à notre place : où finit le service, où commence la dépossession ?
nos facultés - PrescriptifPolitique et droitChoisir ses techniques
Nul n'a voté pour le smartphone ni pour l'intelligence artificielle, qui réorganisent pourtant nos vies : l'adoption d'une technique peut-elle être une décision commune, ou est-ce une force qui s'impose et qu'on ne discute qu'après coup ?
l'adoption des techniques
Problèmes liés élargir vers d'autres axes
- PrescriptifMoraleRéparer ou augmenter l'humain
Quand la technique ne transforme plus le monde mais son auteur, soigner glisse vers augmenter : ce seuil est une question à part entière.
le corps humain - PrescriptifExistentielleL'attention captée
Quand des dispositifs entiers sont conçus pour capter chaque minute disponible, se divertir est-il encore un choix qu'on assume, ou faut-il défendre son attention comme un bien rare, la diversion cessant d'être un art dès qu'elle est administrée ?
les dispositifs de captationAttention et divertissement - PratiqueExistentielleReprendre son attention
Face à des dispositifs conçus pour la capter, peut-on vraiment se réapproprier son attention en s'y exerçant, se retirer, jeûner du flux, revenir au présent, ou ces techniques ne font-elles que colmater un mal qui nous dépasse ?
l'exercice de l'attentionAttention et divertissement - PrescriptifPolitique et droitLe progrès, choisi ou subi ?
La technique transforme la société qu'on le veuille ou non : le « progrès » est-il alors une décision politique, ou une force qui nous emporte sans qu'on l'ait votée ?
la transformation techniqueTradition et transformation - PrescriptifVitaleLa domination de la nature
Commander à la nature en la comprenant a fait reculer la faim et la maladie ; mais la volonté de la dominer ne se retourne-t-elle pas en domination de l'homme, réduisant le monde à un simple stock disponible ? La maîtrise émancipe-t-elle, ou appauvrit-elle à la fois la nature et nous ?
la nature comme ressourcePlace de l'homme dans la nature
La plus forte cause d'aliénation dans le monde contemporain réside dans cette méconnaissance de la machine, qui n'est pas une aliénation causée par la machine, mais par la non-connaissance de sa nature et de son essence.Simondon · Du mode d'existence des objets techniques, introduction
Le savoir humain et la puissance humaine coïncident, car ignorer la cause, c'est manquer l'effet.Bacon · Novum Organum, I, §3
Nos âmes se sont corrompues à mesure que nos sciences et nos arts se sont avancés à la perfection.Rousseau · Discours sur les sciences et les arts (1750)
Plus il y a d'outils habiles, plus l'État sombre dans le désordre.Laozi · Dao De Jing, ch. 57
Qui se sert de machines fait toutes choses machinalement ; qui fait les choses machinalement acquiert un cœur de machine.Zhuangzi · ch. 12