Philosophes

Hans Jonas

Remonter de l'organisme vivant jusqu'à l'éthique : lire dans le moindre une liberté et une fin, pour fonder sur l'être un devoir envers une humanité qui n'existe pas encore.

Allemand · 1903 – 1993

Né à Mönchengladbach dans une famille juive, élève de et de , il consacre sa thèse à la gnose, sous la direction de ce dernier et auprès du théologien Rudolf Bultmann : elle donne Gnosis und spätantiker Geist (1934), puis la synthèse anglaise (1958). Exilé dès 1933, il combat dans la Brigade juive de l'armée britannique, apprend après la guerre l'assassinat de sa mère à Auschwitz, puis enseigne au Canada et, à partir de 1955, à la New School for Social Research de New York. Il rompt avec son maître sur la question de la nature : (1966, Le Phénomène de la vie) fonde une philosophie de l'organisme, et (1979), écrit en allemand, en tire une éthique pour la civilisation technologique, devenue une référence des débats sur l', la bioéthique et le principe de précaution. (conférence de 1984) prolonge cette pensée sur le terrain théologique.

17 / 80 axescouverture 21%

WikipédiaWikidata

Rapport au vraiRapport à soiRapport aux autresRapport au mondePluralisme épistémiqueEssentialismeBioconservatismeBiocentrismeUniversalismePrincipe responsabilitéFinalisme17SUR 80 AXES21% couvert
rayon ∝ engagement◎ position structurante○ bord = non couvert
L'essentielles positions au cœur de ce système de pensée
  1. La puissance technique étend notre responsabilité à des hommes qui n'existent pas encore et ne peuvent rien réclamer : le premier impératif est qu'il y ait une humanité, et jamais son existence ne doit être mise en jeu.

    Principe responsabilité100%Générations futuresvoir la position →
  2. Le devoir se fonde dans l'être : là où un vivant poursuit sa fin, l'être se préfère au néant, et ce qui a une valeur en soi réclame d'exister, que nous le voulions ou non.

    Universalisme100%Statut des normes (métaéthique)voir la position →
  3. La finalité n'est pas une projection de l'esprit sur une nature muette : dès le , l'organisme poursuit sa propre fin, et l'esprit humain prolonge cette intériorité au lieu d'y faire exception.

    Finalisme100%Explication de la naturevoir la position →
  4. Notre agir a changé de nature : ses effets sont devenus cumulatifs, irréversibles et planétaires, et quand nous ne savons plus les prévoir, le pronostic de malheur doit l'emporter sur le pronostic de salut.

    Techno-critique83%Rapport à la techniquevoir la position →
  5. L'homme n'est ni le maître de la nature ni un vivant parmi d'autres : seul être capable de responsabilité, il devient le gardien d'une nature que sa puissance a rendue vulnérable.

    Gardiennage100%Place de l'homme dans la naturevoir la position →
Rapport au vraiCe que l'on peut connaître1/1 positionnés
1 de plus
inférable
+0.5
Rationalisme critique
Justification

respecte la science, dont la biologie nourrit sa philosophie, mais conteste qu'elle soit le seul savoir légitime : l'éthique exige une métaphysique, et le tabou moderne qui la frappe est un préjugé, non un résultat. La science, qui a banni de la nature les fins et les valeurs par décision de méthode, ne peut ni fonder ni réfuter le bien.

Le Principe responsabilité, ch. II

Rapport à soiQui je suis, comment vivre2/2 positionnés
Majeur
+0.8
Justification

Avec les biotechnologies appliquées à l'homme, le pouvoir technique ne s'exerce plus sur des objets mais sur son propre auteur. s'oppose au clonage humain au nom d'un « droit à l'ignorance » : il redoute que le clone soit enfermé dans l'attente sociale de reproduire une vie déjà connue, sans supposer que l'identité génétique détermine un destin. Il récuse le projet d'abolir la mort ou de prolonger indéfiniment la vie : la mortalité est le prix de la vie et la condition de son renouvellement par la naissance.

Le Principe responsabilité, ch. I · « Laßt uns einen Menschen klonieren », in Technik, Medizin und Ethik (1985) · « The Burden and Blessing of Mortality » (1992)

1 de plus
inférable
−0.5
Justification

L'impératif de interdit de mettre en jeu non seulement l'existence mais l'essence de l'homme : il suppose une idée de l'homme à préserver. Dans « Gnose, existentialisme et nihilisme », il lit l' de son maître comme une rupture moderne entre l'homme et la nature, parente du dualisme gnostique : un homme sans nature n'a plus de norme. Cette idée inclut la capacité de responsabilité, sans s'y réduire : elle concerne aussi les conditions d'une existence humaine qui ne serait pas entièrement fabriquée.

Le Principe responsabilité, ch. I-II · Le Phénomène de la vie, « Gnose, existentialisme et nihilisme »

Rapport aux autresCe que nous nous devons4/4 positionnés
Majeur
100
0
0
Justification

Contre le dogme moderne selon lequel aucun devoir ne se tire d'un être, veut fonder l'éthique en métaphysique, en trois pas. La finalité est réelle dans le vivant ; dans la finalité, l'être affirme sa préférence pour lui-même contre le néant, ce qui fait de la vie une valeur en soi ; et ce qui a de la valeur en soi réclame d'être, ce qui oblige quiconque peut agir sur lui. Le bien n'est pas une préférence humaine, et l'impératif qui en découle vaut indépendamment des cultures. Jonas admet que ce fondement est une thèse métaphysique et non une démonstration : c'est le prix, selon lui, d'une éthique qui ne cède pas au nihilisme.

Le Principe responsabilité, ch. II-IV · Le Phénomène de la vie, « Gnose, existentialisme et nihilisme »

3 de plus
inférableMajeur
0
0
100
0
Justification

juge « au moins pas dénué de sens » de demander si l'état de la nature extra-humaine a un droit moral sur nous, « non seulement pour notre bien, mais pour son propre bien ». Sa réponse ne passe pas par la souffrance, mais par la finalité : dans tout vivant qui poursuit sa fin, l'être dit oui à lui-même, et ce oui est un bien en soi. C'est un fondement biocentrique, non pathocentrique. L'homme garde une priorité, celle du seul sujet de responsabilité, mais elle ne lui réserve pas la valeur propre.

Le Principe responsabilité, ch. I · Le Principe responsabilité, ch. III-IV

inférableMajeur
0
100
0
0
Justification

distingue deux côtés de l'éthique : un côté objectif, le fondement de l'obligation, qu'il cherche dans l'être même et non dans la volonté de Dieu, dont il refuse de faire dépendre une éthique destinée à tous ; et un côté subjectif, le sentiment de responsabilité, qui motive la volonté sans fonder l'obligation. Le rapprochement avec la loi de la raison tient à la découverte rationnelle d'une exigence universelle ; mais le fondement est ontologique, non une loi formelle que la raison se donnerait, et c'est contre qu'il fait naître le sentiment de l'objet, du bien qui réclame d'être.

Le Principe responsabilité, ch. II, IV

inférable
+0.5
Justification

se conclut par une critique de l'utopie, visant le marxisme et , auteur du : l'idéal d'un homme enfin accompli par l'abondance technique est dangereux, car il justifie la croissance illimitée de la puissance, et faux, car l'homme authentique a toujours déjà existé, dans ses grandeurs et ses misères. oppose à l'utopie une politique de la préservation, tout en maintenant un impératif non négociable.

Le Principe responsabilité, ch. V-VI

Rapport au mondeCe qu'il y a10/11 positionnés
Majeur
−1.0
Justification

L'éthique traditionnelle, observe , était une éthique du prochain et du présent : ses impératifs valaient entre contemporains, pour des actes aux effets proches. La technique moderne change la nature de l'agir : ses effets sont cumulatifs, irréversibles et planétaires. D'où un nouvel impératif, qui reformule celui de en exigeant que nos actes restent compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur terre. Les générations futures ne peuvent aujourd'hui faire valoir leurs intérêts ni entrer dans une relation de réciprocité ; la responsabilité repose donc sur la vulnérabilité de ce qui dépend de nous, sur le modèle de celle des parents envers le nouveau-né. Le pôle reprend presque mot pour mot sa formule.

Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur terre.Le Principe responsabilité, ch. I

Le Principe responsabilité, ch. I-II · Le Principe responsabilité, ch. IV (le nourrisson, archétype de la responsabilité)

Majeur
0
100
0
Justification

Contre une science moderne qui a banni les causes finales par décision de méthode, soutient que la finalité est réelle dans la nature, et d'abord dans le vivant. Il interprète le comme une finalité immanente : l'organisme maintient son identité de forme en renouvelant sans cesse sa matière, et il a ainsi un intérêt pour son propre être. Notre expérience, où des fins meuvent effectivement le corps, interdit de tenir la finalité pour une illusion. Il ne restaure ni la force vitale du , ni une téléologie cosmique de dessein.

Le Principe responsabilité, ch. III (« Des fins et de leur place dans l'être ») · Le Phénomène de la vie (1966)

Majeur
+0.7
Instrumentalisme
Justification

part d'un constat : l'agir humain a changé de nature. Ses effets sont cumulatifs, irréversibles, planétaires, et la technique moderne est devenue une entreprise sans terme qui pousse l'idéal baconien de domination jusqu'au point où il menace. Il récuse sa neutralité sans prêcher aucun retour en arrière. Sa réponse est méthodologique : une , où le mal que nous pouvons nous représenter nous instruit sur le bien à préserver, et une règle de décision qui donne la priorité au pronostic de malheur sur le pronostic de salut dès que l'existence même de l'humanité est en jeu. Valeur nettement critique, sans l'extrême d'un refus.

Le Principe responsabilité, préface, ch. I-II · Le Principe responsabilité, ch. V (l'idéal baconien)

Majeur
0
100
0
Justification

pose expressément la question que l'éthique ancienne ne pouvait se poser : la biosphère, devenue vulnérable à notre action, est-elle désormais confiée à notre garde ? Sa réponse fait de l'homme le gardien, non le propriétaire, de la nature : la puissance qui la menace est la seule qui puisse la préserver. Cette garde ne fait pas de lui un vivant parmi d'autres, puisqu'il est le seul être capable de responsabilité et que l'impératif premier reste qu'il y ait une humanité. Le pôle du gardiennage est, pour une large part, sa position même.

Le Principe responsabilité, ch. I

+0.5
Éduquer ses émotions
Justification

donne à un affect un rôle cognitif : dans l', nous apprenons ce qu'il faut préserver en nous représentant ce que nous craignons de perdre, car nous savons bien plus tôt ce que nous ne voulons pas que ce que nous voulons. Cette peur n'est pas une panique mais un devoir, cultivé par l'imagination des effets lointains ; et le sentiment de responsabilité est la condition pour que l'obligation devienne motif d'agir. Le jugement reste rationnel, mais le sentiment n'en est plus l'ennemi.

Le Principe responsabilité, ch. II, IV

0
100
0
0
Justification

Après Auschwitz, où sa mère fut assassinée, juge qu'on ne peut plus tenir ensemble la toute-puissance, la bonté et l'intelligibilité de Dieu. Il renonce à la toute-puissance : dans un « mythe » qu'il présente comme une hypothèse, Dieu s'est dépouillé de sa puissance en créant le monde pour le laisser être ; il souffre avec lui et ne pouvait intervenir, et c'est désormais à l'homme de l'aider.

Le Concept de Dieu après Auschwitz (conférence 1984, publ. 1987)

5 de plus
inférable
−0.5
Agnosticisme (Huxley)
Justification

Attaché à la tradition juive, refuse pourtant de fonder sa philosophie sur la foi : doit valoir pour tous. Lorsqu'il parle de Dieu, c'est sous la forme d'une spéculation théologique qu'il ne présente pas comme une démonstration. Théisme, donc, tenu à distance de l'argumentation éthique.

Le Concept de Dieu après Auschwitz (conférence 1984, publ. 1987) · Le Principe responsabilité, ch. II

inférable
+0.8
Pas par simple programme
Justification

Dans « Cybernetics and Purpose: A Critique » (1953), conteste que les machines à rétroaction aient des buts : la cybernétique confond le comportement orienté vers une fin, observé du dehors, avec la poursuite d'une fin par un être à qui quelque chose importe. Une torpille à tête chercheuse n'a besoin de rien ; seul un être qui peut cesser d'être et lutte pour persister a des fins. L'inférence vers la machine pensante est solide, mais reste une inférence.

Le Phénomène de la vie, « Cybernetics and Purpose: A Critique » (1953)

inférable
0
0
100
0
0
Justification

veut dépasser l'alternative du matérialisme et de l'idéalisme, qu'il tient pour les deux débris d'un dualisme brisé, par une ontologie de l'unité psychophysique : intériorité et extériorité sont deux faces de l'organisme, et l'esprit n'est pas un ingrédient étranger à la matière organisée. Contre l', il soutient que cette intériorité agit réellement. Le rapprochement avec un monisme à double aspect est une reconstruction : l'expérience de l'organisme est le point de départ de son interprétation de l'intériorité.

Le Phénomène de la vie, introduction · Puissance ou impuissance de la subjectivité ? (1981)

inférable
+0.7
Justification

renverse l'ordre de l'explication réductionniste : le supérieur éclaire l'inférieur, et le tout organique, qui conserve sa forme en changeant sa matière, n'est pas la somme de ses constituants. Il se distingue d'un émergentisme pur : l'intériorité n'apparaît pas d'un coup au sommet, elle se différencie par degrés depuis le premier vivant.

Le Phénomène de la vie (1966)

— rejette l'alternative

Jonas récuse explicitement les trois options : matérialisme et idéalisme sont pour lui les deux moitiés d'un dualisme cartésien éclaté, et il cherche une ontologie qui les dépasse, à partir de l'organisme (Le Phénomène de la vie, introduction).

Pratiquesvivre la croyance, que faire
L'heuristique de la peur : imaginer le pire durable avant de déciderExerciceGénérations futures

Quand l'enjeu est irréversible, écouter le pronostic de malheur avant celui de salut.

Pour , nous savons plus tôt ce que nous ne voulons pas que ce que nous voulons : se représenter la menace nous apprend ce qui mérite d'être préservé. Son vise d'abord les choix collectifs face à la technique ; cet exercice en tire une discipline pour les décisions personnelles dont les effets durent, en accordant un poids particulier à ce qui serait irréversible.

Débloquer les pratiques

Le déroulé pas à pas fait partie de l'accès Premium : une contribution modeste qui soutient et encourage le développement de Philoscopia. Tout le contenu encyclopédique reste gratuit et open source, ceci ouvre seulement les pratiques à mettre en œuvre.

Découvrir l'accès Premium

Déjà débloqué sur un autre appareil ? Connectez-vous pour le restaurer.

↑ Influences reçues

  • Réagit contreBaconJonas réagit contre l'idéal baconien d'un savoir orienté vers la maîtrise de la nature pour le bien de l'humanité : réalisé au-delà de toute attente, il devient la menace que l'éthique doit contenir.Lire
  • RéinterprèteKantJonas reformule l'impératif catégorique de Kant pour l'âge technique : non plus la cohérence de la maxime, mais la compatibilité des effets de l'action avec la permanence de l'humanité.Lire
  • Réagit contreBlochLe titre même du Principe responsabilité répond au Principe espérance de Bloch, et ses derniers chapitres en font la critique : Jonas oppose à l'utopie d'un homme accompli par l'abondance technique une éthique de la p…Lire
  • Réagit contreHeideggerÉlève de Heidegger, Jonas rompt avec son existentialisme indifférent à la nature pour fonder une ontologie du vivant et une éthique de la responsabilité envers les générations futures.Lire