L'outil est-il neutre ?
Sur l'axe: Rapport à la technique · l'outil
Un outil ne serait ni bon ni mauvais, tout dépendrait de l'usage ; mais une arme, ou un fil d'actualité conçu pour capter le regard, n'ont-ils vraiment aucune pente propre ?
Le fil d'actualité que vous faites défiler n'est qu'un cas parmi mille. La même question vaut pour l'automobile, l'imprimerie ou l'intelligence artificielle : ce que la technique nous apporte, le payons-nous d'un prix caché, et qui décide de ce prix ?
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Justification
part de la définition courante, la technique comme moyen au service de fins humaines, pour la dire « exacte » mais non « vraie » : elle manque l'essence, ce qui récuse d'emblée l'instrumentalisme. La technique moderne est un mode de dévoilement qui ne fait plus éclore les choses, comme la poièsis artisanale, mais les « provoque » (herausfordern) : le Rhin est sommé de livrer son énergie à la centrale, la forêt sa cellulose, tout devient fonds disponible (Bestand), une réserve toujours prête à l'emploi. L'homme lui-même est requis par cette provocation et menacé de ne plus se comprendre qu'à partir de la disponibilité. Le rassemblement de toutes ces manières de sommer, l' (Gestell), est le danger suprême, car il risque de fermer tout autre rapport à l'être. Heidegger refuse pourtant de maudire les appareils : il cite Hölderlin (là où il y a danger, croît aussi ce qui sauve) et prône, dans le discours de 1955 repris dans , un « oui et non » aux objets techniques : sa critique vise l'essence, non les instruments.
La Question de la technique (conférence 1953, publ. 1954) · Sérénité (discours 1955, publ. 1959)
Justification
L'analyse de la quotidienneté décrit le bavardage, la curiosité et l'équivoque comme les modes d'une déchéance où l'existence se disperse et se fuit elle-même (§35-38) ; cette agitation est une fuite devant la mort, que le « » tranquillise (§51). En 1955, diagnostique une « fuite devant la pensée » : la pensée calculante, affairée, ne s'arrête jamais pour la pensée méditante, qui demande de séjourner auprès de ce qui est proche. Ce n'est pas une théorie du divertissement, mais sa réponse est de rassembler l'attention sur l'essentiel plutôt que de s'en distraire.
Être et temps, §35-38, §51 · Sérénité (discours 1955, publ. 1959)
Justification
Pour , la technique n'est pas la machine : c'est l'ensemble des méthodes rationnelles qui recherchent, dans chaque domaine, l'efficacité maximale disponible, une logique qui gagne l'économie, l'administration, la propagande et l'homme lui-même. Elle est devenue autonome : elle s'accroît par elle-même, par le choix automatique du moyen le plus efficace, et les institutions politiques, économiques et morales tendent à se conformer à ses exigences, ce qui réduit leur capacité de contrôle. Il récuse l'idée d'une technique neutre dont tout dépendrait de l'usage : ses effets bons et mauvais sont inséparables. Il ne prêche pas la destruction des machines : il demande de désacraliser la technique, condition d'une liberté qui reste possible.
La Technique ou l'Enjeu du siècle (1954) · Le Système technicien (1977) · Le Bluff technologique (1988)