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Rapport au monde· Travail et techniquemilieu nommé

Instrumentalisme

Axe: Rapport à la techniqueLe progrès technique améliore-t-il la condition humaine ?

La technique n'est en elle-même ni bénédiction ni malédiction : c'est un moyen, et tout dépend de l'usage qu'on en fait. Un même outil peut soigner ou détruire. Le vrai problème n'est pas la technique, mais les fins que nous lui assignons et la sagesse de ceux qui s'en servent.

Arguments et objections
ArgumentCe n'est pas l'outil, c'est l'usageUn instrument reçoit son sens de la main qui le tient ; rejeter la faute sur l'objet, c'est se dire agi quand on a seulement cédé.
  1. Un même couteau coupe le pain et blesse, un même feu réchauffe et détruit. L'instrument reçoit son sens de la main qui le tient et de la fin qu'elle vise. La technique n'échappe pas à cette règle.
  2. Le fil d'actualité que vous faisiez défiler ce soir, un autre s'en sert pour apprendre une langue, garder le lien avec les siens, organiser une entraide. Ce n'est pas l'objet qui a changé, c'est l'intention et la mesure qu'on y met.
  3. Rejeter la faute sur le dispositif a quelque chose de commode : c'est se dire agi quand on a seulement cédé. Or me reconnaître libre de mon usage, c'est aussi me rendre le pouvoir d'en changer, et reporter mon effort sur .

Donc Donc placer le remède du côté de l'usage n'est pas naïveté : c'est refuser de m'aliéner à un objet, et garder la main sur ce que je peux vraiment.

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ObjectionLe combat inégalLa liberté de l'usage demeure, mais elle ne pèse pas le poids qu'on lui prête face à des moyens immenses réglés pour la déjouer.
  1. Accordons que l'usage dépend de vous. Mais cet usage se décide-t-il à armes égales ? D'un côté, votre volonté d'un soir, fatiguée, distraite. De l'autre, des milliers d'ingénieurs dont le métier est de la prendre en défaut.
  2. Le fil d'actualité est essayé, mesuré, ajusté sur des millions de personnes pour trouver ce qui vous fait rester : récompense imprévisible, défilement sans bord, chiffres qui flattent. C'est l' : votre temps de regard est la marchandise, et tout est réglé pour en prélever davantage.
  3. Dire alors « il suffit d'en faire bon usage », c'est attendre de votre seule volonté qu'elle l'emporte sur des moyens immenses, étudiés et sans cesse ajustés pour la prendre en défaut. La liberté de l'usage demeure, mais elle n'a pas le poids qu'on lui prête.

Donc Donc renvoyer le problème au seul usage revient à charger l'individu d'un combat que l'objet, lui, n'a pas livré loyalement.

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ObjectionL'outil n'est pas neutreL'idée d'un outil neutre suppose un moyen indifférent ; mais un dispositif pensé pour vous retenir oriente la conduite avant même qu'on en décide.
  1. Dire « tout dépend de l'usage » suppose que l'outil est un moyen indifférent, également disponible pour le meilleur et pour le pire. C'est vrai d'un marteau, qui dort dans le tiroir sans rien vous demander.
  2. Mais le fil d'actualité n'attend pas dans le tiroir : défilement sans fin, notifications, récompenses imprévisibles, tout y est calculé pour que vous restiez. Ce n'est pas un moyen neutre que vous saisissez, c'est un dispositif qui sollicite, oriente, et rend une conduite plus facile que les autres.
  3. Un objet n'impose rien, soit, mais il dispose. La rampe invite à descendre, le banc à s'asseoir, le fil d'actualité à faire défiler encore. Croire l'usage entièrement libre, c'est oublier que la forme même de l'outil a déjà orienté la conduite avant qu'on s'en serve.

Donc Donc « ce n'est pas l'outil, c'est l'usage » est trop court : la frontière entre l'outil et l'usage est précisément ce que l'objet est fait pour déplacer.

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