Rapport au monde· Travail et technique
Techno-critique
Axe: Rapport à la technique — Le progrès technique améliore-t-il la condition humaine ?
La technique n'est pas un simple outil neutre : elle impose sa propre logique, transforme notre rapport au monde et peut nous déposséder de ce qui fait la valeur de l'existence. Son développement appelle vigilance, limites et interrogation sur les fins.
Courants 2
Le romantismeexplicite
Au moment où la machine et l'usine arrachent l'homme à la terre et au métier, le romantisme est le premier à nommer la perte : la puissance industrielle se paie d'un désenchantement du monde, où la nature vivante devient matière inerte et l'homme un rouage. pleure déjà une nature « dédivinisée » par le calcul, maudit les « sombres usines sataniques ». Cette protestation inaugure la grande lignée de la critique de la technique, jusqu'à et Ellul.
Schiller, Les Dieux de la Grèce · Blake, Milton (préface)
Afficher les positions inférées (1)
Taoïsmeinférable
Une méfiance primitiviste traverse le taoïsme : les inventions et les machines engendrent l'esprit calculateur et corrompent la simplicité. Zhuangzi rapporte l'histoire du vieux jardinier qui refuse une machine à élever l'eau, par crainte que qui a une machine au cœur perde sa pureté native ; Laozi rêve d'un petit pays où, malgré des outils, on n'en userait pas.
Zhuangzi, ch. 12 (Ciel et Terre) · Laozi, Dao De Jing, ch. 80
Philosophes 5
Laoziexplicite
Le perfectionnement des moyens n'est pas pour Laozi un progrès mais une source d'agitation et de ruse qui éloigne du . Sa cité idéale possède des machines et des armes mais on ne s'en sert pas : la multiplication des outils habiles fait croître l'artifice et le désir, là où la ramène à l'essentiel. Cette méfiance envers l'ingéniosité instrumentale, posée bien avant et Ellul, fait de lui un ancêtre lointain de la techno-critique.
Dao De Jing, ch. 80 · Dao De Jing, ch. 57
Rousseauexplicite
Couronné en 1750 pour avoir soutenu le paradoxe que le rétablissement des sciences et des arts a corrompu les mœurs, Rousseau frappe l'espoir cardinal des Lumières : le progrès des lumières et des techniques n'entraîne pas le progrès moral, il l'érode. Le luxe et les arts polissent les apparences tout en amollissant les âmes et en masquant les vices sous des dehors policés. Ce n'est pas l'éloge de l'ignorance, mais le refus de l'équation, centrale au siècle, entre civilisation et amélioration de l'homme.
Rousseau, Discours sur les sciences et les arts
Afficher les positions inférées (3)
Zhuangziinférable
Un vieux jardinier refuse la machine à puiser l'eau qu'on lui propose : « qui se sert de machines acquiert un cœur de machine », et perd la pureté native de l'esprit. La méfiance de Zhuangzi ne porte pas sur l'outil en soi, qu'il manie volontiers dans ses paraboles d'artisans, mais sur l'esprit calculateur et l'astuce que l'instrument fait croître au détriment du . Cette critique du « cœur machinal » le range, comme , parmi les ancêtres lointains de la techno-critique, mais à partir du for intérieur plus que de l'ordre politique.
Zhuangzi, ch. 12 (le jardinier et la machine)
Husserlextrapolée
Sans thématiser la technique pour elle-même, Husserl en prépare la critique : la mathématisation galiléenne de la nature engendre une « technicisation » du savoir, où l'on manipule des formules et des procédés dont on a oublié le sens originaire, vidés de l'intuition qui les fondait. Cette dénonciation d'un savoir devenu pur calcul opératoire, coupé de son sol vécu, annonce la techno-critique que radicalisera. Position prudente, déduite du diagnostic de la Crise plus que d'une philosophie explicite de la technique.
La Crise des sciences européennes, §9
Lucrèceinférable
Les arts et les inventions, du métal au tissage et à la navigation, sont nés du besoin et de l'expérience, et Lucrèce les décrit sans nostalgie de l'état sauvage. Mais il n'y voit pas une marche vers le bonheur : la découverte de l'or et des métaux a armé la guerre, et le luxe attise des désirs vains que la nature ne réclame pas. Le progrès matériel laisse intact, voire aggrave, le trouble de l'âme que seule la philosophie apaise, d'où une réserve nette à l'égard de ce que les techniques apportent vraiment.
De la nature des choses, V, 1241-1457 (métaux, guerre, luxe et le progrès ambivalent des arts)
Argument
- Un outil isolé sert qui s'en sert. Mais nos techniques ne sont plus des outils isolés : elles forment un système qui a sa logique propre, l'efficacité, la mesure, la croissance, et nos vies finissent par s'y ajuster.
- Le fil d'actualité n'a pas attendu votre intention : il a été conçu, à l'échelle de millions de personnes, pour prélever de l'attention (l'). Ce qu'il transforme, ce n'est pas tel usage, c'est notre rapport au temps, à l'ennui, à la présence des autres, sans que personne ne l'ait choisi.
- Et ces transformations sont souvent sans retour. en tirait un devoir nouveau : quand notre pouvoir engage durablement nos vies et celles qui suivront, la prudence n'est plus timidité, c'est responsabilité.
Donc Donc se méfier n'est pas refuser le progrès : c'est reconnaître qu'un système devenu si puissant demande qu'on interroge ses fins, et pas seulement ses usages.
Voir la pageObjection
- La défiance envers la technique a une longue histoire, et un piètre bilan de prédictions. craignait l'écriture, d'autres le roman, le train, la télévision : chaque fois, l'annonce d'un esprit ramolli, d'un lien défait, d'une jeunesse perdue.
- Or nous avons appris à vivre avec tout cela. Ce qu'on prenait pour la fin d'un monde n'était que l'inconfort d'une habitude à prendre. La panique morale en dit souvent moins sur l'objet qu'elle accuse que sur la peur de ceux qui vieillissent avec lui.
- Pire, cette défiance traite les gens en victimes passives, incapables de juger et de se conduire. À force de voir partout des dupes manipulées, on méprise la liberté ordinaire des usagers, et l'on ne propose, faute de mieux, qu'un refus que personne ne suivra.
Donc Donc se méfier de la technique, c'est peut-être répéter une peur ancienne qui s'est toujours trompée, et tenir les gens pour moins libres qu'ils ne sont.
Voir la pageObjection
- Vous dites qu'aucun outil n'est neutre, que tout dispositif nous façonne. Soit. Mais alors le livre aussi nous façonne, et l'écriture, et la cathédrale, et la conversation réglée par la politesse : tout cela oriente l'attention et transforme nos vies.
- Si « non neutre » se dit de tout, le mot ne sépare plus le fil qui vous capte de la bibliothèque qui vous élève. Une critique qui condamne toute technique ne donne plus aucun moyen de choisir entre elles.
- Pour distinguer le bon du mauvais dispositif, il faut bien revenir à ce qu'il nous fait, à la fin qu'il sert, donc à son usage et à ses effets. Ce que la défiance voulait éviter, l'examen des usages, la voilà contrainte d'y revenir.
Donc Donc la critique ne tient qu'à condition de se faire discernante : non « toute technique nous aliène », mais « celle-ci, pour telle raison, nous dessert ».
Voir la pageNommer ce que le fil prélèveExerciceProposée · Critique de la technique
Si aucun outil n'est neutre, le premier acte de lucidité est de nommer précisément ce qu'un dispositif est fait pour vous prendre. Le fil ne se contente pas de vous occuper : il prélève votre attention, et l' en a fait son commerce. Cet exercice apprend à regarder l'application en critique et non en usager, à reconnaître ses mécanismes, et, comme y invitait , à donner d'abord la priorité à ce qu'elle pourrait vous coûter avant de vous réjouir de ce qu'elle vous offre.
Débloquer les pratiques
Le déroulé pas à pas fait partie de l'accès Premium : une contribution modeste qui soutient et encourage le développement de Philoscopia. Tout le contenu encyclopédique reste gratuit et open source, ceci ouvre seulement les pratiques à mettre en œuvre.
Découvrir l'accès PremiumDéjà débloqué sur un autre appareil ? Connectez-vous pour le restaurer.
Rester en repos dans une chambreExerciceProposée · Méditation, d'après l'analyse du divertissement par Pascal
a décrit, sans nous en blâmer, ce qui nous jette dans le : nous ne savons pas demeurer en repos dans une chambre, parce que le repos nous met face à notre condition, et le fil sans fin est la forme accomplie de cette fuite. Cet exercice ne prétend pas être un remède que Pascal aurait prescrit : c'est une méditation simple, qu'on vous propose pour éprouver ce qu'il a vu, puis pour réapprendre l'attention que le fil disperse. Son but est de tenir un quart d'heure sans rien, d'y observer l'envie de fuir et de la laisser passer ; son effet, avec le temps, est de retrouver une présence à soi qui ne dépende plus d'un écran.
Débloquer les pratiques
Le déroulé pas à pas fait partie de l'accès Premium : une contribution modeste qui soutient et encourage le développement de Philoscopia. Tout le contenu encyclopédique reste gratuit et open source, ceci ouvre seulement les pratiques à mettre en œuvre.
Découvrir l'accès PremiumDéjà débloqué sur un autre appareil ? Connectez-vous pour le restaurer.
La charte d'usageExerciceInspirée d'Aristote
L' tient si l'usage est vraiment choisi. Or un outil pensé pour vous retenir incline l'usage sans bruit : la seule bonne volonté ne fait pas le poids. Cet exercice arme le choix par des règles claires et un peu de friction, pour que l'usage que vous décidez soit l'usage que vous avez. le savait : on ne devient pas tempérant par décret, mais en disposant ses actes répétés, car nous sommes ce que nous faisons d'habitude.
Débloquer les pratiques
Le déroulé pas à pas fait partie de l'accès Premium : une contribution modeste qui soutient et encourage le développement de Philoscopia. Tout le contenu encyclopédique reste gratuit et open source, ceci ouvre seulement les pratiques à mettre en œuvre.
Découvrir l'accès PremiumDéjà débloqué sur un autre appareil ? Connectez-vous pour le restaurer.
- Descriptif QuestionL'outil est-il neutre ?
Un outil ne serait ni bon ni mauvais, tout dépendrait de l'usage ; mais une arme, ou un fil d'actualité conçu pour capter le regard, n'ont-ils vraiment aucune pente propre ?
l'outil - PrescriptifVitaleLa maîtrise de la nature
Depuis Bacon et Descartes, la technique promet de nous rendre « comme maîtres et possesseurs de la nature » ; elle a fait reculer la faim et la maladie, mais déchaîne aussi des forces que nul ne gouverne : cette maîtrise à moitié tenue est-elle en chemin, ou contradictoire dans son principe ?
la nature - DescriptifLa puissance et la sagesse
Les moyens techniques s'accumulent : chaque génération hérite des machines et des savoirs de toutes les précédentes ; la sagesse d'en user, elle, ne se stocke pas et doit être reconquise par chacun. Ce fossé entre la puissance et le discernement est-il un retard qu'une éducation pourrait combler, ou se creuse-t-il par nature ?
la civilisation technicienne - PrescriptifExistentielleLe remède et le poison
Platon craignait déjà que l'écriture n'affaiblisse la mémoire qu'elle prétendait servir ; chaque outil qui nous prolonge nous décharge d'une capacité, jusqu'à l'assistant qui pense à notre place : où finit le service, où commence la dépossession ?
nos facultés - PrescriptifPolitique et droitChoisir ses techniques
Nul n'a voté pour le smartphone ni pour l'intelligence artificielle, qui réorganisent pourtant nos vies : l'adoption d'une technique peut-elle être une décision commune, ou est-ce une force qui s'impose et qu'on ne discute qu'après coup ?
l'adoption des techniques - PrescriptifMoraleRéparer ou augmenter l'humain
Quand la technique ne transforme plus le monde mais son auteur, soigner glisse vers augmenter : ce seuil est une question à part entière.
le corps humain