Jacques Ellul
Débusquer, derrière chaque promesse d'efficacité, la liberté qu'elle confisque, et chercher en croyant où cette liberté peut encore se loger.
Français · 1912 – 1994
Historien du droit, professeur à Bordeaux de la Libération à 1980, il mène deux œuvres en contrepoint : une sociologie critique de la technique et une théologie protestante marquée par et Karl Barth. Résistant, reconnu Juste parmi les nations, il décrit dans (1954), puis (1977) et (1988), une technique devenue autonome, qui s'accroît par elle-même et substitue un milieu artificiel au milieu naturel. Avec son ami , il compte parmi les précurseurs de l'écologie politique en France et s'engage dans les années 1970 pour la défense de la côte aquitaine. Il se dit anarchiste chrétien (, 1988).
Justification
Dans , distingue l'espérance de l'espoir. L'espoir est la confiance que les choses s'arrangeront, que le progrès ou la technique résoudront nos maux : il le tient pour une illusion. L'espérance naît au contraire là où il n'y a plus d'espoir, dans un temps où Dieu semble se taire, et elle se traduit en action et en refus : elle soutient l'action sans reposer sur un pronostic favorable.
L'Espérance oubliée (1972)
Justification
se déclare anarchiste : tout pouvoir corrompt, et l'État moderne, devenu l'instrument de la technique, tend à tout absorber (). Dans , il lit la Bible comme une critique constante du pouvoir politique et soutient que l'anarchisme non violent est la position politique la plus proche de la foi. Il ne croit pas à la réalisation prochaine d'une société sans État : l'anarchie est une exigence de contestation, non un programme.
L'Illusion politique (1965) · Anarchie et christianisme (1988)
Justification
Pour , la technique n'est pas la machine : c'est l'ensemble des méthodes rationnelles qui recherchent, dans chaque domaine, l'efficacité maximale disponible, une logique qui gagne l'économie, l'administration, la propagande et l'homme lui-même. Elle est devenue autonome : elle s'accroît par elle-même, par le choix automatique du moyen le plus efficace, et les institutions politiques, économiques et morales tendent à se conformer à ses exigences, ce qui réduit leur capacité de contrôle. Il récuse l'idée d'une technique neutre dont tout dépendrait de l'usage : ses effets bons et mauvais sont inséparables. Il ne prêche pas la destruction des machines : il demande de désacraliser la technique, condition d'une liberté qui reste possible.
La Technique ou l'Enjeu du siècle (1954) · Le Système technicien (1977) · Le Bluff technologique (1988)
Justification
Converti au protestantisme dans sa jeunesse, consacre la moitié de son œuvre à la théologie, dans la lignée de Karl Barth : un Dieu qui se révèle dans la Parole, non un Dieu qu'on démontre. Sa foi nourrit sa recherche d'une liberté irréductible aux nécessités du système ; sa sociologie ne demande pas au lecteur de la partager pour reconnaître le diagnostic.
Éthique de la liberté (1973-1984) · Ce que je crois (1987)
Justification
Lisant la Genèse, refuse d'y trouver un mandat d'exploitation : l'homme est appelé à représenter Dieu dans la création, et donc à exercer sa « domination » comme Dieu l'exerce, non pour la puissance mais « en tant que représentant de l'amour de Dieu ». Adam ne soumet pas les animaux, il les nomme. Sa sociologie donne l'autre versant : en voulant maîtriser la nature, l'homme s'est enfermé dans un milieu technique plus contraignant que celui qu'il fuyait, le .
« Le rapport de l'homme à la création selon la Bible » · Le Système technicien (1977), Ire partie
Filiations
Voir sur la friseToutes les filiations↑ Influences reçues
- ProlongeKierkegaardEllul tient Kierkegaard pour l'un de ses maîtres : il lui doit la pensée dialectique, le primat de l'individu devant Dieu contre la masse et la méfiance envers une chrétienté installée.Lire
- RéinterprèteMarxLecteur de Marx dès sa jeunesse et longtemps enseignant de sa pensée, Ellul en garde la méthode, chercher le facteur déterminant d'une société, mais le déplace : au XXe siècle, ce n'est plus le capital, c'est la techn…Lire
- ProlongeCharbonneauAmis depuis leur jeunesse bordelaise, Charbonneau et Ellul rédigent ensemble en 1935 des « Directives pour un manifeste personnaliste » qui dénoncent déjà l'emprise de la technique.Lire