La domination de la nature
Sur l'axe: Place de l'homme dans la nature · la nature comme ressource
Commander à la nature en la comprenant a fait reculer la faim et la maladie ; mais la volonté de la dominer ne se retourne-t-elle pas en domination de l'homme, réduisant le monde à un simple stock disponible ? La maîtrise émancipe-t-elle, ou appauvrit-elle à la fois la nature et nous ?
Justification
La chute, pour Bacon, a fait perdre à l'homme son empire sur la création, et la science a pour tâche de le restaurer : commander à la nature pour le soulagement de la condition humaine. Mais cette maîtrise repose sur un paradoxe qui la distingue de toute domination naïve : on ne commande à la nature qu'en lui obéissant, en se pliant à ses lois pour la fléchir. Connaître d'abord, contraindre ensuite, et seulement dans le sens de ses propres causes. La nature reste une ressource à transformer au service de l'humanité, mais une ressource qui n'obéit qu'à qui l'a d'abord comprise.
On ne commande à la nature qu'en lui obéissant.Novum Organum, livre I, aphorisme 3
Novum Organum, I, §3 et §129
Justification
Le savoir ne vaut pas pour la contemplation mais pour ses fruits : connaître les causes, c'est pouvoir produire des effets, et la mesure d'une vérité est l'œuvre qu'elle permet. Bacon en juge par les arts mécaniques, qui n'ont cessé de croître, quand la philosophie d'école piétinait : l'imprimerie, la poudre, la boussole ont plus changé le monde que tous les systèmes. La technique n'est donc pas un sous-produit suspect du savoir, c'est sa fin légitime et le levier du progrès humain, contre la résignation qui tient la condition présente pour indépassable.
Le savoir humain et la puissance humaine coïncident, car ignorer la cause, c'est manquer l'effet.Novum Organum, I, §3
Novum Organum, I, §3, §81 et §129
Justification
Dès lors que la nature matérielle n'est plus qu'étendue régie par les lois du mouvement, connaître les forces des corps comme on connaît un mécanisme permet de les appliquer à tous les usages, médecine en tête. Descartes substitue à la philosophie spéculative de l'École, qui contemple les essences, une philosophie pratique qui transforme : la fin du savoir n'est plus de comprendre un ordre donné mais de l'asservir. La nature cesse d'être une communauté ou une mère pour devenir un domaine à posséder, un programme qui inaugure le rapport technicien moderne au monde.
Au lieu de cette philosophie spéculative qu'on enseigne dans les écoles, on en peut trouver une pratique […] et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature.Discours de la méthode, VI
Discours de la méthode, VI
Justification
Pour Descartes, la science nouvelle a une fin pratique : produire des techniques, des arts mécaniques et une médecine qui prolongeraient la vie et soulageraient la condition humaine. Cet optimisme dans le pouvoir transformateur du savoir appliqué annonce le techno-optimisme, sans pour autant constituer une thèse explicite sur la technique comme telle.
Discours de la méthode, VI