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PrescriptifVitale

La domination de la nature

Sur l'axe: Place de l'homme dans la nature · la nature comme ressource

Commander à la nature en la comprenant a fait reculer la faim et la maladie ; mais la volonté de la dominer ne se retourne-t-elle pas en domination de l'homme, réduisant le monde à un simple stock disponible ? La maîtrise émancipe-t-elle, ou appauvrit-elle à la fois la nature et nous ?

Positions de philosophes

Bacon

Majeur
90
10
0
Justification

La chute, pour Bacon, a fait perdre à l'homme son empire sur la création, et la science a pour tâche de le restaurer : commander à la nature pour le soulagement de la condition humaine. Mais cette maîtrise repose sur un paradoxe qui la distingue de toute domination naïve : on ne commande à la nature qu'en lui obéissant, en se pliant à ses lois pour la fléchir. Connaître d'abord, contraindre ensuite, et seulement dans le sens de ses propres causes. La nature reste une ressource à transformer au service de l'humanité, mais une ressource qui n'obéit qu'à qui l'a d'abord comprise.

On ne commande à la nature qu'en lui obéissant.Novum Organum, livre I, aphorisme 3

Novum Organum, I, §3 et §129

Majeur
−0.9
Instrumentalisme
Justification

Le savoir ne vaut pas pour la contemplation mais pour ses fruits : connaître les causes, c'est pouvoir produire des effets, et la mesure d'une vérité est l'œuvre qu'elle permet. Bacon en juge par les arts mécaniques, qui n'ont cessé de croître, quand la philosophie d'école piétinait : l'imprimerie, la poudre, la boussole ont plus changé le monde que tous les systèmes. La technique n'est donc pas un sous-produit suspect du savoir, c'est sa fin légitime et le levier du progrès humain, contre la résignation qui tient la condition présente pour indépassable.

Le savoir humain et la puissance humaine coïncident, car ignorer la cause, c'est manquer l'effet.Novum Organum, I, §3

Novum Organum, I, §3, §81 et §129

Heidegger

inférable
0
100
0
Justification

Dans , les mortels habitent en « sauvant » la terre, ce que précise : la laisser à son être propre, la ménager, non s'en rendre maître ni se l'assujettir, ce qui n'est qu'un pas vers l'exploitation sans limite. La lui retire de même le rang de maître de l'étant pour lui assigner une garde, celle de l'être. Cette garde n'est pas la responsabilité morale d'une gestion écologique : c'est un rapport de laisser-être opposé à la technique, que les lectures écologiques de Heidegger ont reprise sous ce nom. Elle ne fait pas de l'homme un vivant parmi d'autres, puisqu'il maintient un abîme entre l'existence humaine et l'animal « pauvre en monde ».

L'homme n'est pas le maître de l'étant. L'homme est le berger de l'être.Lettre sur l'humanisme (1946)

Bâtir habiter penser (conférence 1951, publ. 1954) · Lettre sur l'humanisme (écrite 1946, publ. 1947) · Les Concepts fondamentaux de la métaphysique (cours 1929-1930), §42-63

Majeur
+0.8
Instrumentalisme
Justification

part de la définition courante, la technique comme moyen au service de fins humaines, pour la dire « exacte » mais non « vraie » : elle manque l'essence, ce qui récuse d'emblée l'instrumentalisme. La technique moderne est un mode de dévoilement qui ne fait plus éclore les choses, comme la poièsis artisanale, mais les « provoque » (herausfordern) : le Rhin est sommé de livrer son énergie à la centrale, la forêt sa cellulose, tout devient fonds disponible (Bestand), une réserve toujours prête à l'emploi. L'homme lui-même est requis par cette provocation et menacé de ne plus se comprendre qu'à partir de la disponibilité. Le rassemblement de toutes ces manières de sommer, l' (Gestell), est le danger suprême, car il risque de fermer tout autre rapport à l'être. Heidegger refuse pourtant de maudire les appareils : il cite Hölderlin (là où il y a danger, croît aussi ce qui sauve) et prône, dans le discours de 1955 repris dans , un « oui et non » aux objets techniques : sa critique vise l'essence, non les instruments.

La Question de la technique (conférence 1953, publ. 1954) · Sérénité (discours 1955, publ. 1959)

Descartes

Majeur
85
10
5
Justification

Dès lors que la nature matérielle n'est plus qu'étendue régie par les lois du mouvement, connaître les forces des corps comme on connaît un mécanisme permet de les appliquer à tous les usages, médecine en tête. Descartes substitue à la philosophie spéculative de l'École, qui contemple les essences, une philosophie pratique qui transforme : la fin du savoir n'est plus de comprendre un ordre donné mais de l'asservir. La nature cesse d'être une communauté ou une mère pour devenir un domaine à posséder, un programme qui inaugure le rapport technicien moderne au monde.

Au lieu de cette philosophie spéculative qu'on enseigne dans les écoles, on en peut trouver une pratique […] et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature.Discours de la méthode, VI

Discours de la méthode, VI

inférable
−0.7
Instrumentalisme
Justification

Pour Descartes, la science nouvelle a une fin pratique : produire des techniques, des arts mécaniques et une médecine qui prolongeraient la vie et soulageraient la condition humaine. Cet optimisme dans le pouvoir transformateur du savoir appliqué annonce le techno-optimisme, sans pour autant constituer une thèse explicite sur la technique comme telle.

Discours de la méthode, VI

Repères: Bacon · Heidegger · Descartes · Adorno

mène à: Rapport à la technique (La maîtrise de la nature)