Philosophes

Gilbert Simondon

Penser chaque être à partir de sa genèse plutôt que d'une essence donnée, et étendre cette exigence aux machines, que la culture refoule ou mythifie faute de les comprendre.

Français · 1924 – 1989

Normalien, agrégé de philosophie, il enseigne au lycée Descartes de Tours, où il installe un atelier de technologie, puis à l'université de Poitiers et à Paris (Sorbonne, puis Paris-V), où son enseignement relève aussi de la psychologie. En 1958, il soutient deux thèses. La principale, sur l', paraît d'abord en deux volumes partiels (L'Individu et sa genèse physico-biologique, 1964 ; L'Individuation psychique et collective, 1989, l'année de sa mort), puis intégralement en 2005 sous le titre . La complémentaire paraît dès 1958 : . L'édition de 1964 est dédiée à la mémoire de ; en rend compte dès 1966, puis la mobilise dans Différence et répétition (1968). Longtemps lue dans un cercle restreint, l'œuvre connaît une réception élargie à partir des années 1980-1990, à laquelle contribue notamment .

4 / 80 axescouverture 5%

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Rapport au mondeTechno-optimismeÉmergentisme4SUR 80 AXES5% couvert
rayon ∝ engagement○ bord = non couvert
Rapport au vraiCe que l'on peut connaître0/0 positionnés
— aucune position enregistrée
Rapport à soiQui je suis, comment vivre0/0 positionnés
— aucune position enregistrée
Rapport aux autresCe que nous nous devons0/0 positionnés
— aucune position enregistrée
Rapport au mondeCe qu'il y a4/5 positionnés
Majeur
−0.2
Instrumentalisme
Justification

L'introduction de part d'un diagnostic : la culture s'est constituée en système de défense contre les techniques, qu'elle réduit à de purs ustensiles ou mythifie en robots menaçants. Pour , la plus forte cause d' n'est pas la machine elle-même, mais la méconnaissance de sa nature et de son essence. Il récuse donc l'instrumentalisme autant que la technophobie : l'objet technique a sa propre technicité et sa propre genèse, la , par laquelle ses éléments deviennent solidaires. Il voit dans le développement technique une possibilité majeure de transformation de la condition humaine, à une condition : que la culture intègre la connaissance des machines, et que l'homme en devienne l'organisateur et l'interprète, ni maître ni esclave. Favorable mais conditionnelle, cette position se place légèrement du côté du techno-optimisme : la confiance porte sur ce que la technique rend possible, non sur la puissance qu'elle confère.

La plus forte cause d'aliénation dans le monde contemporain réside dans cette méconnaissance de la machine, qui n'est pas une aliénation causée par la machine, mais par la non-connaissance de sa nature et de son essence.Du mode d'existence des objets techniques, introduction

Du mode d'existence des objets techniques (1958), introduction et Ire partie · « Culture et technique » (1965), repris dans Sur la technique (2014)

25
75
0
Justification

reprend l'analyse marxienne de l' du travailleur pour la creuser. Elle ne tient pas seulement à la propriété des moyens de production, mais à un rapport incomplet à la machine, que l'ouvrier sert sans en comprendre ni le fonctionnement ni l'organisation d'ensemble. Il refuse d'ailleurs de penser la technicité à partir du travail : c'est l'activité technique, faite d'invention et de réglage, qui relie l'homme à la machine, et le travail industriel n'en est qu'une forme appauvrie. Le diagnostic d'aliénation porte donc sur le travail industriel de son temps, non sur toute activité ; l'activité technique, elle, peut accomplir l'homme, d'où un poids secondaire sur l'accomplissement.

Du mode d'existence des objets techniques (1958), IIe partie et conclusion

3 de plus
inférableMajeur
+0.6
Justification

Pour , décomposer un individu en éléments déjà constitués ne suffit pas à expliquer sa formation. L' produit une structure en résolvant les tensions d'un système chargé de potentiels, un système , et la relation y a elle-même une réalité : elle n'est pas un lien ajouté entre des termes donnés d'avance. Le cristal qui se forme dans une solution sursaturée en est le paradigme physique. Cette démarche le rapproche du pôle émergentiste, sans lui prêter une doctrine générale des propriétés imprévisibles : son vocabulaire propre est celui de l'opération et de la , propagation d'une structure de proche en proche.

L'Individuation à la lumière des notions de forme et d'information (thèse 1958, publ. 2005), introduction et Ire partie

inférable
15
30
55
Justification

n'a pas écrit d'éthique de la nature ; sa position se déduit de son ontologie. Rien n'y existe comme un individu achevé posé face à un monde : tout être s' au sein d'un milieu avec lequel il forme un système. L'homme ne fait pas exception, puisque son individuation psychique et collective prolonge l'individuation vitale. La technique obéit à la même logique. L'objet technique concret forme avec son milieu un couplage, le , à la fois technique et géographique : la turbine Guimbal est entraînée par l'eau du fleuve, qui la refroidit en même temps. Cette vision systémique ne supprime pas l'action transformatrice, puisque l'homme agit sur le milieu qu'il exploite et aménage, mais elle en fait une part mineure : Simondon dénonce le schème du maître et de l'esclave appliqué aux machines. D'où un partage où domine l'appartenance à un réseau, avec une part de gardiennage et une part mineure de maîtrise. L'appartenance traduit l'insertion de l'homme dans un réseau d'interdépendances, non une doctrine de la valeur propre des vivants, qu'il ne développe pas. La part de gardiennage traduit le rôle singulier qu'il garde, celui d'organisateur et d'interprète des ensembles techniques, qui doit en comprendre et en régler les relations : une responsabilité de compréhension plus qu'une éthique de préservation. La position est une reconstruction : elle tire d'une ontologie de l'individuation une place de l'homme que Simondon ne formule pas en termes moraux.

Du mode d'existence des objets techniques (1958), introduction et Ire partie (le milieu associé, la turbine Guimbal) · L'Individuation à la lumière des notions de forme et d'information (thèse 1958, publ. 2005), introduction

— rejette l'alternative

récuse l'opposition entre un être constitué, qui demeurerait, et un devenir qui lui arriverait du dehors. Il critique le schème hylémorphique hérité d', qui explique l'individu par une forme et une matière présupposées : pris sur le modèle du moulage d'une brique, ce schème oublie l'opération qui les met en relation (L'Individuation…, introduction et Ire partie). L' explique à la fois la formation des individus, leur stabilité relative et leurs transformations : le devenir est une dimension de l'être, non ce qui l'abolit.

↓ Influences exercées

  • réinterprété parDeleuzeDeleuze rend compte de L'Individu et sa genèse physico-biologique dès 1966, puis reprend dans Différence et répétition (1968) les notions d'individuation, de préindividuel et de métastabilité de Simondon, qu'il intègr…Lire
  • réinterprété parStieglerStiegler fait de Simondon l'une de ses sources principales : dans La Technique et le Temps, il reprend la genèse des objets techniques et l'individuation psychique et collective, pour soutenir que l'homme s'individue …Lire