Les questions

Rapport aux autres· Pouvoir et justicedifficulté

Liberté politique

Qu'est-ce qu'être politiquement libre ?

Être libre, est-ce n'être pas entravé, se gouverner soi-même, ou ne dépendre du bon vouloir de personne ? Selon la réponse, ce qu'une société doit garantir, et ce dont elle doit nous protéger, change du tout au tout.

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Les pôles, et qui les tient

Liberté négative

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Être libre, c'est l'absence d'entraves : nul ne m'empêche d'agir comme je l'entends. La liberté se mesure à l'espace laissé sans interférence, et la loi elle-même doit se borner à protéger cet espace plutôt qu'à le restreindre.

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Figures associées: Constant · Berlin · Hayek
Qui se tient ici
Calliclèsexplicite

La liberté, pour lui, c'est l'absence de toute entrave ; il rejette expressément la liberté comme gouvernement de soi, la jugeant servitude : comment serait heureux qui est esclave de quoi que ce soit, fût-ce de sa propre tempérance ? La seule liberté est de faire ce qu'on veut, appétits déployés.

Platon, Gorgias, 491e-492c

Millexplicite

Le principe de De la liberté est négatif : le seul motif légitime de contraindre un individu est d'empêcher qu'il ne nuise à autrui. Sur lui-même, sur son corps et son esprit, chacun est souverain. La liberté se mesure à l'espace soustrait à l'interférence.

De la liberté, ch. I

Libéralismeexplicite

La liberté que le libéralisme classique met au premier plan est d'abord : un espace où chacun agit à sa guise sans entrave, que la loi doit protéger plutôt que restreindre. l'oppose à la liberté des Anciens, en fait sa liberté négative, la borne par le seul principe de non-nuisance. Son aile sociale y ajoute les moyens réels de l'exercer, la , sans renoncer au primat de la non-interférence.

Constant, De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes (1819) · Berlin, Deux conceptions de la liberté (1958)

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Les Lumièresexplicite

La liberté politique du siècle se décline en plusieurs voix. Pour le versant libéral issu de , elle est d'abord négative : une sphère de sûreté et de propriété où l'individu n'est pas entravé. Pour , elle est non-domination, « le droit de faire tout ce que les lois permettent », garanti contre l'arbitraire par la . en propose la version positive, l'autonomie d'un peuple qui se donne ses propres lois. Ces accents distincts, parfois rivaux, partagent le refus de la sujétion arbitraire.

Montesquieu, De l'esprit des lois, XI, 3-6 · Rousseau, Du contrat social, livre I

Arguments et objections (2)
ArgumentL'argument du pluralisme des finsÊtre libre, c'est n'être pas empêché : toute définition plus riche de la liberté ouvre la porte à la contrainte exercée en son nom. Voir la page
ObjectionAttaque la position Expérience de penséeL'esclave du bon maîtreSi la liberté n'est que non-ingérence, l'esclave du maître doux est libre ; le défenseur de la liberté négative hésite lui-même à l'admettre. Voir la page

Liberté positive

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Être libre, c'est se gouverner soi-même : être maître de ses désirs et, comme citoyen, prendre part aux lois auxquelles on obéit. La liberté n'est pas seulement qu'on me laisse faire, mais que je sois l'auteur de ma vie et de ma cité.

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Figures associées: Rousseau · Hegel
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Hegelexplicite

Être libre, ce n'est pas suivre son bon plaisir : le libre arbitre (Willkür) qui choisit entre des désirs donnés n'en produit pas le contenu, il n'est qu'une liberté apparente, celle du vide qui, en politique, tourne à la fureur de destruction. La liberté véritable est la volonté qui se veut elle-même et se trouve chez soi dans l'autre : elle s'accomplit dans les institutions rationnelles, non contre elles.

Principes de la philosophie du droit, Introduction §§4-29 (§5 la liberté du vide, §15 le Willkür)

Rousseauexplicite

La liberté n'est pas l'absence d'entrave ni le droit de tout faire, mais l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite : une liberté positive, l'autonomie du citoyen. L'homme civil échange son indépendance naturelle contre la liberté morale, seule qui le rende vraiment maître de lui. C'est pourquoi celui qui refuse d'obéir à la , écrit Rousseau dans une formule redoutable, sera « forcé d'être libre ».

Rousseau, Du contrat social, I, 7-8

Arguments et objections (2)
ArgumentL'argument de la loi qu'on se prescritÊtre libre, c'est être l'auteur de sa vie et des règles qu'on suit, et non pas seulement n'être pas gêné. Voir la page
ObjectionAttaque la positionL'objection du moi véritableSi la liberté est l'obéissance à ma volonté « véritable », un autre peut prétendre la connaître mieux que moi, et me contraindre au nom de ma liberté. Voir la page

Non-domination républicaine

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Être libre, c'est ne dépendre du pouvoir arbitraire de personne. L'esclave d'un maître bienveillant qui ne l'entrave jamais reste un esclave : il vit sous une domination toujours possible. La liberté exige des protections qui rendent l'arbitraire impossible, non sa simple absence du moment.

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Machiavelinférable

Le peuple, dans les , ne désire qu'une chose : n'être ni commandé ni opprimé. La liberté qu'il défend est d'abord l'indépendance à l'égard de tout pouvoir arbitraire, au-dehors comme au-dedans. Ce vivere libero, étayé par le gouvernement mixte et par des lois nées du conflit des ordres, fait de Machiavel une source de la tradition républicaine de la , plus que de la seule liberté-absence-d'entrave.

Le Prince, chap. IX (le peuple et les grands) · Discours sur la première décade de Tite-Live, I, 4 et I, 16

Arguments et objections (2)
ArgumentL'argument de l'autocensureÊtre libre, c'est ne dépendre du pouvoir arbitraire de personne : un pouvoir sans frein suffit à asservir, même s'il n'agit jamais. Voir la page
ObjectionAttaque le raisonnementL'objection de la liberté et de sa sûretéLa non-domination confond la liberté avec sa garantie : l'exposition à un pouvoir n'ôte rien à ce qu'on peut faire, elle rend seulement la liberté précaire. Voir la page

Liberté-capabilité

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Être libre, ce n'est pas seulement n'être pas entravé, c'est avoir les moyens réels d'agir : sans santé, instruction ni ressources, une liberté purement formelle reste lettre morte. La liberté se mesure aux capacités effectives d'être et de faire.

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Marxinférable

La liberté formelle ne vaut rien sans les conditions matérielles de l'exercer : la véritable émancipation suppose de dépasser l'aliénation et le règne de la nécessité, pour que le libre développement de chacun soit la condition du libre développement de tous. Une liberté positive et réelle, capacité effective d'agir.

Manuscrits de 1844 ; Le Capital, III ; Manifeste

Marxismeinférable

Les droits formels (voter, contracter, posséder) laissent intacte la contrainte économique : l'ouvrier « libre » de vendre sa force de travail l'est aussi de mourir de faim s'il refuse. Le marxisme tient donc l'émancipation politique pour réelle mais insuffisante, et lui oppose une liberté concrète, la capacité effective de se réaliser, qui suppose d'abolir le règne de la nécessité économique et l'aliénation. La liberté n'est pas un statut juridique mais une condition matérielle à conquérir : le libre développement de chacun ne devient possible que là où celui de tous l'est aussi, ce qui subordonne la liberté politique à la transformation des rapports de production.

Marx, Manuscrits de 1844 ; Le Capital, III

Arguments et objections (2)
ArgumentL'argument des capabilitésUne liberté dont on n'a pas les moyens n'existe que sur le papier : être libre, c'est pouvoir effectivement être et faire. Voir la page
ObjectionAttaque la positionL'objection des conditions de la libertéConfondre la liberté avec ses conditions dissout le concept : le pauvre manque de moyens, non de liberté, et cette distinction protège l'un comme l'autre. Voir la page
Vousvous n'avez pas encore pris position sur cet axe.Situez-vous9 figures · 3 courants cartographiés
Problèmes

Voir la carte des problèmes dans l'Atlas →

  • PrescriptifPolitique et droit Mise en situation
    Les limites de la parole

    Une parole qui rabaisse sans porter de coup : une société libre doit-elle la protéger au nom de la liberté elle-même, ou la restreindre au nom de la liberté de ceux qu'elle vise ?

    la parole publique
Aller plus loin

Sous-problèmes creuser la discussion de cet axe

  • Descriptif
    La liberté sur le papier

    La loi n'interdit à personne de voyager, d'étudier ou d'entreprendre ; mais sans argent, sans santé, sans relations, rien de tout cela n'est à portée. Celui qui n'a rien est-il privé de liberté, ou seulement de moyens ? Et dire que la pauvreté est un manque de liberté, est-ce préciser l'idée de liberté ou la dissoudre ?

    les droits sur le papier
  • PrescriptifPolitique et droit
    Libéré malgré soi

    De la ceinture de sécurité à l'école obligatoire, jusqu'au toxicomane qu'on sèvre contre son gré : la contrainte peut-elle rendre libre ? Et si l'on peut invoquer ma volonté « véritable » contre celle que j'exprime, qui décide laquelle est la mienne ?

    la contrainte bienveillante
  • Descriptif
    Libre de la loi, ou libre par la loi ?

    Chaque loi retranche quelque chose à ce que je peux faire ; là où les lois se taisent, je fais ce qui me plaît. Mais sans loi, les faibles sont à la merci des forts, et un peuple se donne des lois précisément pour être libre. La loi limite-t-elle la liberté, la protège-t-elle, ou la constitue-t-elle ?

    la loi
  • Descriptif
    Participer, ou être laissé en paix

    Un âge a placé la liberté dans le partage du pouvoir public, un autre dans la jouissance paisible de la vie privée. Si les modernes désertent l'assemblée pour cultiver leur indépendance, n'abandonnent-ils pas la garantie même de cette indépendance ?

    la cité

Problèmes liés élargir vers d'autres axes

  • PrescriptifPolitique et droit
    Libre dans les fers ?

    Si la liberté se conquiert au-dedans, un esprit lucide peut être libre même sous un tyran. Ce refuge intérieur est-il ce qu'aucun pouvoir ne peut confisquer, ou une consolation qui apprend aux opprimés à supporter leurs chaînes ?

    la liberté intérieure
  • PrescriptifPolitique et droit
    L'égalité contre la liberté ?

    Toute redistribution restreint-elle la liberté de ceux que l'on taxe, ou la liberté réelle suppose-t-elle déjà une certaine égalité des moyens ?

    l'ordre politiqueJustice distributive
  • PrescriptifPolitique et droit
    Liberté intérieure ou liberté extérieure ?

    Qu'est-ce qui décide le plus de notre liberté : nos dispositions intérieures, ou les contraintes extérieures du pouvoir et de la société ? Et l'une rend-elle l'autre possible : peut-on être libre en esprit sous l'oppression, ou libre au-dehors sans l'être au-dedans ?

    l'ordre socialLiberté de la volonté
  • PrescriptifMorale
    Entre adultes consentants

    Si personne n'est lésé sans son accord, la morale n'a-t-elle plus rien à dire ? Mill lui-même refuse qu'on se vende comme esclave : le consentement suffit-il à tout permettre, ou existe-t-il des torts qu'on se fait à soi-même ?

    l'acte consentiExigence morale

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Citations
L'impulsion du seul appétit est esclavage, et l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté.
Rousseau · Du contrat social, I, 8

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