L'esclave du bon maître
Philip Pettit, d'après la tradition républicaine · Républicanisme. Une théorie de la liberté et du gouvernement · 1997
Imaginez un esclave échu à un maître d'humeur égale et bienveillante : jamais un ordre brutal, jamais une punition ; il le laisse vivre, travailler, aimer à sa guise. Nulle ingérence, donc, d'un bout à l'autre de sa vie. Son voisin est un citoyen pauvre, protégé par la loi. Si la liberté n'est que l'absence d'entrave, l'esclave bien traité est aussi libre que le citoyen, peut-être davantage.
L'esclave du bon maître est-il libre ?
Ce qu'elle fait dans le débat
Objecte à Liberté négativeattaque la position
Si la liberté n'est que non-ingérence, l'esclave du maître doux est libre ; le défenseur de la liberté négative hésite lui-même à l'admettre.
- Par hypothèse, le bon maître n'interfère jamais : au critère de la non-ingérence, son esclave est pleinement libre.
- Or le défenseur de la liberté négative hésite lui-même à tenir cet esclave pour un homme libre : la servitude est précisément ce que le statut d'homme libre a pour fonction d'exclure.
- Ce qui manque à l'esclave n'est pas l'absence d'entrave présente, mais la protection contre un pouvoir arbitraire, c'est-à-dire incontrôlé et incontestable : sa liberté dépend d'une humeur, non d'un droit.
Donc La non-ingérence effective ne suffit pas à définir la liberté : une définition doit pouvoir dire pourquoi l'esclave du bon maître n'est pas libre.