Rapport aux autres· Pouvoir et justice
Liberté négative
Axe: Liberté politique — Qu'est-ce qu'être politiquement libre ?
Être libre, c'est l'absence d'entraves : nul ne m'empêche d'agir comme je l'entends. La liberté se mesure à l'espace laissé sans interférence, et la loi elle-même doit se borner à protéger cet espace plutôt qu'à le restreindre.
Courants 2
Libéralismeexplicite
La liberté que le libéralisme classique met au premier plan est d'abord : un espace où chacun agit à sa guise sans entrave, que la loi doit protéger plutôt que restreindre. l'oppose à la liberté des Anciens, en fait sa liberté négative, la borne par le seul principe de non-nuisance. Son aile sociale y ajoute les moyens réels de l'exercer, la , sans renoncer au primat de la non-interférence.
Constant, De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes (1819) · Berlin, Deux conceptions de la liberté (1958)
Les Lumièresexplicite
La liberté politique du siècle se décline en plusieurs voix. Pour le versant libéral issu de , elle est d'abord négative : une sphère de sûreté et de propriété où l'individu n'est pas entravé. Pour , elle est non-domination, « le droit de faire tout ce que les lois permettent », garanti contre l'arbitraire par la . en propose la version positive, l'autonomie d'un peuple qui se donne ses propres lois. Ces accents distincts, parfois rivaux, partagent le refus de la sujétion arbitraire.
Montesquieu, De l'esprit des lois, XI, 3-6 · Rousseau, Du contrat social, livre I
Philosophes 1
Millexplicite
Le principe de De la liberté est négatif : le seul motif légitime de contraindre un individu est d'empêcher qu'il ne nuise à autrui. Sur lui-même, sur son corps et son esprit, chacun est souverain. La liberté se mesure à l'espace soustrait à l'interférence.
De la liberté, ch. I
Personnages 1
Calliclèsexplicite
La liberté, pour lui, c'est l'absence de toute entrave ; il rejette expressément la liberté comme gouvernement de soi, la jugeant servitude : comment serait heureux qui est esclave de quoi que ce soit, fût-ce de sa propre tempérance ? La seule liberté est de faire ce qu'on veut, appétits déployés.
Platon, Gorgias, 491e-492c
Argument
- Les fins humaines sont plurielles et souvent incompatibles : la sainteté, la création, la réussite, le plaisir ou le service des autres ne se laissent ni classer ni combiner en une seule vie bonne.
- Nul tiers, État, majorité ou sage, ne peut se prévaloir d'un savoir supérieur sur la fin que je devrais poursuivre : présumer le contraire, c'est déjà du .
- Toute définition plus « riche » de la liberté (, réaliser son vrai moi, vivre vertueusement) incorpore une conception particulière de la vie bonne : elle rend donc possible de déclarer « non libre » celui qui vit autrement, et de le contraindre au nom de sa propre liberté, pente que l'histoire a dévalée plus d'une fois.
- La définition est celle qui préjuge le moins des fins : est libre celui qu'autrui n'empêche pas d'agir selon ses propres choix. Elle suppose seulement qu'on tienne à cette latitude, non une conception de la vie bonne.
Donc Être libre, c'est n'être pas entravé par autrui : la société doit garantir à chacun son périmètre, non prescrire l'usage qu'il en fait.
Voir la pageObjectionAttaque la position Expérience de pensée
- Par hypothèse, le bon maître n'interfère jamais : au critère de la non-ingérence, son esclave est pleinement libre.
- Or le défenseur de la liberté négative hésite lui-même à tenir cet esclave pour un homme libre : la servitude est précisément ce que le statut d'homme libre a pour fonction d'exclure.
- Ce qui manque à l'esclave n'est pas l'absence d'entrave présente, mais la protection contre un pouvoir arbitraire, c'est-à-dire incontrôlé et incontestable : sa liberté dépend d'une humeur, non d'un droit.
Donc La non-ingérence effective ne suffit pas à définir la liberté : une définition doit pouvoir dire pourquoi l'esclave du bon maître n'est pas libre.
Voir la page- PrescriptifPolitique et droit Mise en situationLes limites de la parole
Une parole qui rabaisse sans porter de coup : une société libre doit-elle la protéger au nom de la liberté elle-même, ou la restreindre au nom de la liberté de ceux qu'elle vise ?
la parole publique - DescriptifLa liberté sur le papier
La loi n'interdit à personne de voyager, d'étudier ou d'entreprendre ; mais sans argent, sans santé, sans relations, rien de tout cela n'est à portée. Celui qui n'a rien est-il privé de liberté, ou seulement de moyens ? Et dire que la pauvreté est un manque de liberté, est-ce préciser l'idée de liberté ou la dissoudre ?
les droits sur le papier - PrescriptifPolitique et droitLibéré malgré soi
De la ceinture de sécurité à l'école obligatoire, jusqu'au toxicomane qu'on sèvre contre son gré : la contrainte peut-elle rendre libre ? Et si l'on peut invoquer ma volonté « véritable » contre celle que j'exprime, qui décide laquelle est la mienne ?
la contrainte bienveillante - DescriptifLibre de la loi, ou libre par la loi ?
Chaque loi retranche quelque chose à ce que je peux faire ; là où les lois se taisent, je fais ce qui me plaît. Mais sans loi, les faibles sont à la merci des forts, et un peuple se donne des lois précisément pour être libre. La loi limite-t-elle la liberté, la protège-t-elle, ou la constitue-t-elle ?
la loi - DescriptifParticiper, ou être laissé en paix
Un âge a placé la liberté dans le partage du pouvoir public, un autre dans la jouissance paisible de la vie privée. Si les modernes désertent l'assemblée pour cultiver leur indépendance, n'abandonnent-ils pas la garantie même de cette indépendance ?
la cité