Rapport aux autres· Pouvoir et justicedifficulté
La violence
La violence peut-elle être légitime ?
Face à l'agression, à l'injustice, à l'oppression, le recours à la force finit toujours par se présenter, comme tentation ou comme nécessité. Refuser toute violence par principe, l'admettre en dernier recours sous des règles strictes, la tenir pour l'instrument ordinaire du politique, ou y voir le chemin de libération des opprimés : chaque réponse engage une conception de la morale, du pouvoir et de l'histoire.
Pacifisme
0Aucune cause ne justifie de verser le sang : la violence avilit celui qui l'exerce, appelle la violence en retour et corrompt les fins mêmes qu'elle prétend servir. La non-violence n'est pas une passivité mais une force : résister au mal sans le reproduire, jusqu'à désarmer l'adversaire au lieu de l'abattre.
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Guerre juste
Opinion commune2La violence est un mal, mais un mal parfois nécessaire pour empêcher un mal plus grand : défendre les innocents, repousser l'agression. Elle ne peut être que l'exception, enserrée dans des conditions strictes : cause juste, autorité légitime, dernier recours, proportion des moyens, protection des non-combattants.
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Thomas d'Aquinexplicite
La Somme systématise la guerre juste en trois conditions : l'autorité du prince (nul particulier ne peut déclarer la guerre), la cause juste (punir une faute, repousser l'injustice) et l'intention droite (viser le bien et la paix, non la vengeance ou la cupidité). La force n'est pas mauvaise en soi : elle est un instrument de la justice quand ces conditions sont réunies, comme le glaive remis au pouvoir public.
Somme théologique, II-II, q. 40 · Somme théologique, II-II, q. 64, a. 7 (légitime défense, double effet)
Ulysseinférable
La violence, chez Ulysse, se veut toujours commandée par une fin et légitimée par un tort : le cheval de bois emporte une guerre juste à ses yeux ; son retour affronte des prétendants qui ont violé l', dilapidé ses biens et courtisé sa femme. Il n'exalte pas la force pour elle-même, à la façon d'un : il en use comme instrument, quand la ruse ne suffit plus, au service d'un droit qu'il estime bafoué. Reste que la rigueur impitoyable de sa vengeance excède la mesure d'un simple droit rétabli, et que le poème laisse affleurer la difficulté d'une justice qui verse dans la violence.
Odyssée, VIII (le cheval de bois) · Odyssée, XXII (l'affrontement final avec les prétendants)
La force, instrument du politique
2Le politique ne se moralise pas : tout ordre repose en dernier ressort sur la contrainte, et l'État se définit par le monopole de la violence légitime. La question n'est pas de savoir si la force est bonne, mais si elle est employée à propos : qui gouverne doit savoir en user, avec économie et lucidité, sous peine de livrer la cité au chaos ou à plus violent que soi.
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La cruauté n'est pas louée en soi : elle se juge à son emploi. Bien usées sont celles qu'on inflige d'un seul coup, par nécessité de se garantir, puis qu'on convertit au plus grand bien des sujets ; mal usées, celles qui croissent avec le temps. Les offenses se font toutes ensemble, les bienfaits se distillent ; et comme l'amour tient à un lien que les hommes rompent à leur avantage, tandis que la crainte tient à la peur du châtiment, il est plus sûr d'être craint qu'aimé, pourvu qu'on évite d'être haï.
Le Prince, chap. VIII (Agathocle) · Le Prince, chap. VII (César Borgia, Remirro de Orco) · Le Prince, chap. XVII (être craint ou aimé)
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Calliclèsinférable
Puisque la nature donne au fort le droit de prendre, la contrainte et la conquête ne sont pas un mal à contenir mais l'expression normale de l'ordre : le vers de Pindare et l'exemple de Xerxès marchant sur la Grèce lui servent à légitimer la force comme fondement du droit. La violence du puissant n'a pas à se justifier devant une morale : elle est la justice même.
Platon, Gorgias, 483d-484b
Violence émancipatrice
1Là où la domination est elle-même une violence installée, exploitation, colonisation, ordre inique maintenu par la force, la violence des opprimés n'est pas un mal mais une réplique : le moyen de briser un système qui ne cédera jamais de lui-même, et, pour l'opprimé, une manière de reconquérir son humanité niée.
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Marxexplicite
La classe dominante ne cède jamais d'elle-même : l'émancipation du prolétariat passe par la conquête révolutionnaire du pouvoir, et la violence y joue le rôle d'accoucheuse de l'histoire, moyen au service d'un ordre nouveau plutôt que valeur en soi. Marx concède pourtant que dans certains pays, aux institutions ouvertes, une transition pacifique n'est pas exclue : la violence est un instrument de l'émancipation, non son essence.
Le Capital, livre I, chap. XXXI · Manifeste du Parti communiste, IV · Discours d'Amsterdam (1872)
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Problèmes liés élargir vers d'autres axes
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la parole publiqueLiberté politique - PrescriptifPolitique et droitJusqu'où résister ?
De la grève au sabotage, du refus de l'impôt à la lutte armée : la désobéissance juste a-t-elle des limites internes, la publicité, la non-violence, ou l'oppression extrême lève-t-elle toutes les bornes ?
les moyens de la résistanceLa loi et la conscience
La violence est l'accoucheuse de toute vieille société grosse d'une société nouvelle.Marx · Le Capital, livre I, chap. XXXI
Pour qu'une guerre soit juste, trois conditions sont requises : l'autorité du prince, une cause juste, une intention droite.Thomas d'Aquin · Somme théologique, II-II, q. 40, a. 1