← Revenir à l'axe

Rapport aux autres· Pouvoir et justice

Liberté positive

Axe: Liberté politiqueQu'est-ce qu'être politiquement libre ?

Être libre, c'est se gouverner soi-même : être maître de ses désirs et, comme citoyen, prendre part aux lois auxquelles on obéit. La liberté n'est pas seulement qu'on me laisse faire, mais que je sois l'auteur de ma vie et de ma cité.

Qui défend cette position

Philosophes 2

Hegelexplicite

Être libre, ce n'est pas suivre son bon plaisir : le libre arbitre (Willkür) qui choisit entre des désirs donnés n'en produit pas le contenu, il n'est qu'une liberté apparente, celle du vide qui, en politique, tourne à la fureur de destruction. La liberté véritable est la volonté qui se veut elle-même et se trouve chez soi dans l'autre : elle s'accomplit dans les institutions rationnelles, non contre elles.

Principes de la philosophie du droit, Introduction §§4-29 (§5 la liberté du vide, §15 le Willkür)

Rousseauexplicite

La liberté n'est pas l'absence d'entrave ni le droit de tout faire, mais l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite : une liberté positive, l'autonomie du citoyen. L'homme civil échange son indépendance naturelle contre la liberté morale, seule qui le rende vraiment maître de lui. C'est pourquoi celui qui refuse d'obéir à la , écrit Rousseau dans une formule redoutable, sera « forcé d'être libre ».

Rousseau, Du contrat social, I, 7-8

Arguments et objections
ArgumentL'argument de la loi qu'on se prescritÊtre libre, c'est être l'auteur de sa vie et des règles qu'on suit, et non pas seulement n'être pas gêné.
  1. On peut n'être soumis à aucune entrave et pourtant être mené de bout en bout : par ses impulsions, par la mode, par l'opinion. Personne ne dira d'une telle personne qu'elle se gouverne elle-même.
  2. Ce qui lui manque n'est pas un espace plus grand, mais la maîtrise : agir selon des raisons et des règles qu'elle reconnaît pour siennes après examen.
  3. La même exigence vaut dans la cité, où il y a de toute façon des règles communes : celui qui ne prend aucune part à leur formation les subit comme une volonté étrangère, si légères qu'elles pèsent.
  4. Prendre part à l'élaboration des lois, non pour y faire prévaloir son intérêt mais pour chercher avec les autres une règle bonne pour tous (la ), change la nature de l'obéissance : obéir à la loi qu'on s'est prescrite, ce n'est plus obéir à un autre.

Donc Est libre celui qui est l'auteur, et non le simple sujet, des règles qu'il suit, dans sa vie comme dans sa cité.

Voir la page
ObjectionAttaque la positionL'objection du moi véritableSi la liberté est l'obéissance à ma volonté « véritable », un autre peut prétendre la connaître mieux que moi, et me contraindre au nom de ma liberté.
  1. La , dans les versions que vise l'objection, distingue en chacun deux volontés : celle qui s'exprime, et une volonté « véritable » (rationnelle, supérieure) qu'il s'agirait de faire régner.
  2. Dès que ces deux volontés peuvent diverger, quelqu'un doit dire où est la vraie : et rien n'empêche qu'un tiers, parti, État ou majorité, s'en déclare meilleur juge que moi.
  3. Contraindre alors ma volonté exprimée ne compte plus comme une oppression, mais comme une libération : la formule de , on le forcera d'être libre, pensée pour l'obéissance à la , cesse d'être un paradoxe et devient un programme entre d'autres mains.
  4. Une définition de la liberté qui permet de décrire la coercition comme une libération a perdu ce que toute conception de la liberté doit garder : que ma volonté effective compte.

Donc La liberté comme gouvernement du « vrai moi » ouvre la porte à une tyrannie exercée au nom de la liberté : toute définition de ce type porte la charge de montrer ce qui barre cette pente, et tant qu'elle ne le montre pas, elle ne peut servir de définition, quelle que soit la valeur de l'idéal d'autonomie.

Voir la page
Fondements et implications
↑ Ce qui la fondeLiberté positive — Liberté politique=Liberté positiveLiberté politique
Descriptif
Holisme — Individu et société=HolismeIndividu et société
Descriptif
Une feuille, une application qui ne fonde rien d'autre ici.

Ce qui la fonde

Individu et société

Si l'individu ne se réalise qu'au sein du tout social, être libre n'est pas qu'on me laisse en paix, mais que je prenne part au gouvernement de ma cité. Le holisme soutient la liberté positive : chez Rousseau, on n'est libre qu'en obéissant à la loi qu'on s'est prescrite, et chez Hegel, la liberté s'accomplit dans les institutions.

Ce qu'elle implique

Une feuille, une application qui ne fonde rien d'autre ici.

Problèmes
  • PrescriptifPolitique et droit
    Libéré malgré soi

    De la ceinture de sécurité à l'école obligatoire, jusqu'au toxicomane qu'on sèvre contre son gré : la contrainte peut-elle rendre libre ? Et si l'on peut invoquer ma volonté « véritable » contre celle que j'exprime, qui décide laquelle est la mienne ?

    la contrainte bienveillante
  • Descriptif
    Libre de la loi, ou libre par la loi ?

    Chaque loi retranche quelque chose à ce que je peux faire ; là où les lois se taisent, je fais ce qui me plaît. Mais sans loi, les faibles sont à la merci des forts, et un peuple se donne des lois précisément pour être libre. La loi limite-t-elle la liberté, la protège-t-elle, ou la constitue-t-elle ?

    la loi
  • Descriptif
    Participer, ou être laissé en paix

    Un âge a placé la liberté dans le partage du pouvoir public, un autre dans la jouissance paisible de la vie privée. Si les modernes désertent l'assemblée pour cultiver leur indépendance, n'abandonnent-ils pas la garantie même de cette indépendance ?

    la cité