Rapport aux autres· Pouvoir et justice
Non-domination républicaine
Axe: Liberté politique — Qu'est-ce qu'être politiquement libre ?
Être libre, c'est ne dépendre du pouvoir arbitraire de personne. L'esclave d'un maître bienveillant qui ne l'entrave jamais reste un esclave : il vit sous une domination toujours possible. La liberté exige des protections qui rendent l'arbitraire impossible, non sa simple absence du moment.
Philosophes 1
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Machiavelinférable
Le peuple, dans les , ne désire qu'une chose : n'être ni commandé ni opprimé. La liberté qu'il défend est d'abord l'indépendance à l'égard de tout pouvoir arbitraire, au-dehors comme au-dedans. Ce vivere libero, étayé par le gouvernement mixte et par des lois nées du conflit des ordres, fait de Machiavel une source de la tradition républicaine de la , plus que de la seule liberté-absence-d'entrave.
Le Prince, chap. IX (le peuple et les grands) · Discours sur la première décade de Tite-Live, I, 4 et I, 16
Argument
- Vivre exposé au bon vouloir d'un autre change la conduite sans qu'aucune ingérence soit nécessaire : celui qui peut tout perdre sur une humeur apprend à plaire, à se taire, à devancer les désirs du puissant.
- Cette autocensure est une perte de liberté réelle : des options qu'aucune loi ni personne n'interdit deviennent pratiquement impraticables, par prudence.
- La du moment n'y change rien : elle repose sur une permission discrétionnaire, non sur un droit opposable, et reste donc révocable ; ce qui pèse n'est pas ce que le puissant fait, mais ce qu'il pourrait faire impunément.
- Seules des protections indépendantes de toute bonne volonté (lois, droits opposables, contre-pouvoirs, recours) défont cette emprise : elles ne rendent pas les puissants meilleurs, elles soumettent leur pouvoir au contrôle et à la contestation.
Donc La liberté est un statut : ne pas vivre sous un pouvoir arbitraire, c'est-à-dire un pouvoir qui pourrait s'exercer sans contrôle ni contestation possibles.
Voir la pageObjectionAttaque le raisonnement
- Distinguons ce que je peux faire aujourd'hui et la solidité de ce pouvoir demain : une chose est d'être libre, une autre d'être assuré de le rester.
- L'esclave du bon maître peut, aujourd'hui, agir à sa guise sur tout le champ laissé ouvert : ce qui lui manque est la certitude que ce champ restera ouvert, c'est-à-dire la sûreté, non l'étendue, de sa liberté.
- L'autocensure du dépendant montre le coût pratique de la dépendance ; pour le décrire, nul besoin d'une autre définition : la simple probabilité d'une ingérence réduit la liberté sur laquelle on peut compter, et c'est bien en termes d'ingérence attendue qu'on la mesure.
- On répondra que seul domine le pouvoir arbitraire, non contrôlé ; mais alors le désaccord devient affaire de degré : plus un pouvoir est encadré, moins l'ingérence est probable, et la « domination » se laisse mesurer en risque d'ingérence, sans nouveau concept.
Donc La dépendance rend la liberté fragile et précieuse à garantir ; elle ne change pas ce qu'être libre veut dire.
Voir la page- PrescriptifPolitique et droit Mise en situationLes limites de la parole
Une parole qui rabaisse sans porter de coup : une société libre doit-elle la protéger au nom de la liberté elle-même, ou la restreindre au nom de la liberté de ceux qu'elle vise ?
la parole publique - DescriptifLibre de la loi, ou libre par la loi ?
Chaque loi retranche quelque chose à ce que je peux faire ; là où les lois se taisent, je fais ce qui me plaît. Mais sans loi, les faibles sont à la merci des forts, et un peuple se donne des lois précisément pour être libre. La loi limite-t-elle la liberté, la protège-t-elle, ou la constitue-t-elle ?
la loi