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Rapport à soi· Exister

Sens construit

Axe: Le sens de la vieQue faire face à l'énigme du sens de la vie ?

Si le sens se dérobe, c'est qu'aucun n'est inscrit dans les choses : il n'y a rien à découvrir, tout à faire. Face à l'énigme, la réponse est de créer soi-même la signification de sa vie par ses choix et ses projets, et cette liberté nous rend pleinement responsables de ce que nous devenons.

Qui défend cette position

Courants 9

Existentialismeexplicite

Parce que l'existence précède l'essence, le sens ne saurait préexister à l'existant qui le porte : ni providence, ni nature, ni progrès de l'Histoire ne livre d'avance une fin à la vie. Le sens n'est pourtant pas aboli mais déplacé : il devient une tâche, ce que chacun fait advenir par ses engagements. C'est là que le courant se sépare du nihilisme autant que des religions du salut, car renoncer à un sens donné n'est pas conclure à l'absurde, mais charger l'individu de répondre, comme oppose à l'absence de sens la révolte plutôt que le désespoir.

L'existentialisme est un humanisme · Simone de Beauvoir, Pour une morale de l'ambiguïté

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Utilitarismeinférable

L'utilitarisme n'assigne à la vie aucune fin transcendante : son sens se mesure à ce qu'elle apporte de bonheur et épargne de souffrance, à soi et au plus grand nombre. Tout entier immanent, ce sens se construit dans la poursuite éclairée du bien-être commun, sans ordre providentiel ni vertige du néant.

Bentham, Principes de la morale et de la législation · Mill, L'Utilitarisme

Empirismeinférable

L'empirisme ne lit dans l'expérience aucune fin providentielle, et tient l'argument du dessein pour fragile (Hume). Le sens n'est donc pas donné mais se trouve à hauteur d'homme : dans les plaisirs, les affections sociales, l'activité utile et la vertu. Une signification immanente et révisable, accordée à ce que l'expérience montre, sans angoisse ni au-delà.

Hume, Dialogues sur la religion naturelle · Mill, L'Utilitarisme

Épicurismeinférable

L'univers épicurien, fait d'atomes et de vide, n'est gouverné par aucune finalité ni providence : il n'y a pas de sens cosmique préétabli. Le sens de l'existence est donc à construire par l'individu, dans la quête de la tranquillité et la culture de l'amitié (philia), sans pour autant verser dans l'absurde, car la nature offre un critère clair, le plaisir.

Lucrèce, De la nature des choses, livre II · Épicure, Sentences vaticanes, 52

Pragmatismeinférable

Le pragmatisme ne reçoit pas le sens d'un ordre tout fait : il se fabrique dans l'action, par la croissance de l'expérience et la résolution des problèmes qui rendent la vie plus riche. Dewey récuse les fins fixes au profit d'un sens ouvert et méliriste, et James fait de la confiance en l'avenir une foi qui aide à le réaliser : signification humaine, pratique et révisable.

Dewey, Reconstruction en philosophie · James, La Volonté de croire

Phénoménologieinférable

La phénoménologie tient le sens pour constitué, non trouvé tout fait dans les choses : par l'intentionnalité, la conscience donne signification au monde, et le Dasein heideggérien est l'étant pour qui son propre être fait question. Le sens de l'existence n'est ni inscrit dans un ordre cosmique ni purement absurde : il se gagne dans la manière dont chacun assume et déploie son rapport au monde.

Husserl, La crise des sciences européennes · Heidegger, Être et Temps

Les Lumièresinférable

Les Lumières déplacent le sens de la providence et de la tradition vers l'homme lui-même : c'est par l'usage public de la raison, le progrès des connaissances et l'autonomie que l'humanité fait sa propre histoire et améliore sa condition. Même chez les déistes, le Dieu lointain ne destine plus : le sens se construit ici-bas, par l'émancipation des tutelles.

Kant, Qu'est-ce que les Lumières ? · Condorcet, Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain

Marxismeinférable

Le marxisme nie toute finalité providentielle et situe le sens dans l'histoire faite par les hommes : c'est dans le travail libéré, la lutte et le projet d'une société sans classes que l'existence trouve sa portée. Une direction immanente anime l'histoire, mais elle procède des contradictions matérielles et de l'action collective, non d'un dessein transcendant.

Marx, Manuscrits de 1844 · Marx et Engels, Manifeste du parti communiste

Cynismeinférable

Les cyniques mesurent la vie à la nature contre les conventions, mais ne la rapportent à aucune providence : le sens tient à la vie vertueuse, libre et autosuffisante qu'on se forge par l'exercice (askēsis). Plus que découvrir une fin donnée, il s'agit de conquérir une manière d'exister inconditionnée, ce qui fait pencher le sens du côté de l'œuvre humaine.

Diogène Laërce, Vies, VI

Philosophes 11

Spinozaexplicite

Spinoza rejette toute dans la Nature : les causes finales sont une fiction humaine, une projection de nos désirs sur un monde qui n'agit qu'en vertu de la nécessité de sa nature. Le sens n'est pas donné par une téléologie cosmique mais construit par l'effort de l'esprit vers la connaissance et la joie.

Éthique, I, appendice (la critique des causes finales) · Éthique, IV, préface (le bien et le mal sont des notions relatives à nous)

Beauvoirexplicite

Dans un monde sans valeurs données ni finalité transcendante, l'existence n'a d'autre sens que celui que la liberté lui invente par ses projets : le sens est construit, jamais reçu. Beauvoir reconnaît la part de gratuité et d'ambiguïté de la condition humaine, sans en faire un absurde stérile : ce vide est précisément ce qui rend la création de sens à la fois possible et requise.

Pour une morale de l'ambiguïté (1947), sur le sens et la gratuité de l'existence

Sartreexplicite

Aucune téléologie ne préside à l'existence : l'être est d'abord contingent, de trop, sans raison d'être, comme l'éprouve la nausée du héros de Roquentin. Le sens n'est donc ni donné ni découvert mais construit par les choix et les engagements de chacun, qui inventent leurs propres valeurs. Une part d'absurdité subsiste, comme arrière-fond de cette contingence radicale, mais elle n'est pas, comme chez , le dernier mot.

La Nausée (1938), l'expérience de la contingence · L'existentialisme est un humanisme (l'homme invente ses valeurs)

Nietzscheexplicite

La mort de Dieu prive l'existence de toute fin donnée d'avance et ouvre le risque du nihilisme, ce que reflète une part d'. Mais la réponse de Nietzsche est la transmutation des valeurs et la création de sens par la : un sens construit, non découvert. Aucune téléologie cosmique n'est admise.

Le Gai Savoir, §125 et §301 · Ainsi parlait Zarathoustra, « Des mille et un buts »

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Benthaminférable

Bentham n'assigne à la vie aucune fin cosmique ou providentielle : le seul sens est celui que mesure le principe d'utilité, à savoir produire du bonheur et réduire la souffrance, pour soi et pour le plus grand nombre. Une signification entièrement immanente, ancrée dans la sensibilité, sans recours à un ordre qui nous dépasserait.

Introduction aux principes de la morale et de la législation, I

Épicureinférable

Les dieux d'Épicure, bienheureux et lointains, ne gouvernent ni ne destinent rien : nulle providence n'assigne de fin à la vie. Le sens est tout entier du côté humain, dans la vie bonne à notre portée, l'ataraxie, l'amitié et les plaisirs simples bien mesurés. Délivrée de la crainte des dieux et de la mort, l'existence trouve en elle-même sa suffisance.

Lettre à Ménécée · Maximes capitales

Humeinférable

Hume ruine l'argument du dessein et juge la providence inconnaissable : nul sens n'est lisible dans l'ordre des choses. Mais il n'en tire ni angoisse ni révolte : le sens se trouve à hauteur d'homme, dans les plaisirs de la vie sociable, l'amitié, l'activité et la vertu utile. Une signification immanente et sereine, qui se passe d'au-delà.

Dialogues sur la religion naturelle · Enquête sur les principes de la morale

Millinférable

Mill ne fait dépendre le sens d'aucune finalité cosmique, qu'il tient pour indécidable : il le situe dans le développement de l'individualité et dans le dévouement à des fins qui dépassent l'intérêt propre, jusqu'au service de l'humanité. Une vie a du prix par les facultés qu'elle déploie et le bien qu'elle fait, sens immanent et cultivé, non reçu d'en haut.

De la liberté, III · L'Utilitarisme, II-III

Marxinférable

Marx récuse toute providence : le sens n'est pas inscrit dans un ordre cosmique, il s'élabore dans l'histoire par l'activité humaine. C'est dans le travail non aliéné, la transformation du monde et le projet collectif d'émancipation que l'existence trouve sa signification. Une direction immanente traverse bien l'histoire, mais elle est l'œuvre des hommes, non le dessein d'une instance qui les dépasse.

Manuscrits de 1844 · L'Idéologie allemande

Lucrèceinférable

Nul dieu n'assigne de fin à la vie et la nature ne fut pas faite pour nous : le sens n'est donc pas inscrit dans l'ordre des choses. Mais Lucrèce ne conclut pas à l'absurde désespéré : une fois la peur ôtée, la vie trouve sa suffisance dans le plaisir stable que la nature met à notre portée, et le poème lui-même, voué à éclairer les hommes, témoigne d'un sens à construire ici-bas. La part d'absurdisme tient à l'absence de finalité cosmique, mais l'accent porte sur un sens humain bâti par la sagesse.

De la nature des choses, V, 156-234 (le monde non fait pour les hommes) et III, 1-30 (l'éloge d'Épicure, libérateur)

Michel de Montaigneinférable

Montaigne ne cherche pas le sens de la vie dans un ordre cosmique ni dans un au-delà, mais dans la qualité de l'existence présente bien vécue. Sans nier une nature à suivre, il fait de la vie un art personnel, une composition de soi au jour le jour plutôt qu'un destin reçu. Le sens n'est pas donné d'en haut, il se fabrique dans la manière d'habiter sa propre vie.

Essais, III, 13, « De l'expérience »

Arguments et objections
ArgumentRien à découvrir, tout à fairePuisque rien ne dicte d'avance ce que doit être une vie, cette absence est notre liberté : le sens n'est pas trouvé mais fait, il naît de ce à quoi l'on se voue, et nous rend responsables de ce que nous devenons.
  1. Aucun sens n'est inscrit d'avance dans les choses : le monde est là, sans mode d'emploi ; nous existons d'abord, sans essence ni fin qui nous seraient données.
  2. Mais cette absence n'est pas un manque : elle est notre liberté. Puisque rien ne dicte ce que doit être ma vie, c'est à moi de le décider, par mes choix et mes engagements.
  3. Le sens n'est donc pas trouvé mais fait : il naît de ce à quoi je me voue, et cet engagement me rend pleinement responsable de ce que je deviens, sans pouvoir m'en décharger sur un ordre reçu.

Donc Donc il n'y a rien à découvrir, tout à faire : le sens d'une vie est ce que chacun crée par ses projets, non un ordre qu'il subit.

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ObjectionAttaque la positionN'importe quel sens ?Faire du sens une pure décision, c'est rendre tous les projets équivalents, du plus futile au plus odieux ; mais nous jugeons qu'une vie n'a de sens que vouée à quelque chose qui en vaille objectivement la peine. Le sens n'est donc pas que décidé.
  1. Si le sens d'une vie est ce que chacun décide, alors tout projet auquel je me voue lui donne, par ce seul choix, autant de sens qu'un autre.
  2. Il faudrait donc dire qu'une vie passée à collectionner des capsules, ou vouée à une cause haïssable, est aussi pleine de sens qu'une vie d'amour ou de création, pourvu qu'on l'ait choisie. Or nous refusons de le croire.
  3. Ce refus révèle une exigence que la seule décision ne comble pas : pour qu'une vie ait un sens, il ne suffit pas qu'on s'y attache, il faut encore que la chose en vaille la peine, indépendamment de ce qu'on a décidé.

Donc Donc le sens ne se réduit pas à ce qu'on décide : il requiert que ce à quoi l'on se voue en vaille objectivement la peine, et cette valeur, on ne se la donne pas, on la reconnaît.

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Fondements et implications
↑ Ce qui la fondeSens construit — Le sens de la vie!Sens construitLe sens de la vie
Prescriptif
Existentialisme — Essence et existence=ExistentialismeEssence et existence
Descriptif
Athéisme — Existence de Dieu=AthéismeExistence de Dieu
Descriptif
Nominalisme — Les universaux=NominalismeLes universaux
Descriptif
Matérialisme — Nature du réel=MatérialismeNature du réel
Descriptif
Empirisme — Source de la connaissance=EmpirismeSource de la connaissance
Descriptif
Une feuille, une application qui ne fonde rien d'autre ici.

Ce qui la fonde

Essence et existence

Si l'existence précède l'essence, aucune fin n'est inscrite d'avance dans la nature humaine. L'existentialisme implique donc que le sens de la vie n'est pas trouvé mais construit, par les projets et les choix que chacun assume.

Ce qu'elle implique

Une feuille, une application qui ne fonde rien d'autre ici.

Problèmes
  • Descriptif Expérience de pensée
    Le rocher de Sisyphe

    Quand notre soif de sens se heurte au silence du monde, où loger une réponse : dans une fin qui nous dépasse, dans le sens qu'on se donne, ou dans la seule révolte lucide d'une vie sans réponse ?

    une existence
  • Descriptif
    Un sens à la vie, ou dans la vie ?

    La vie a-t-elle un sens d'ensemble, une réponse à « pourquoi tout cela ? », ou seulement des sens locaux, ceux qu'on trouve dans un amour, une œuvre, un engagement, même si le tout n'en a aucun ?

    une vie
  • Descriptif
    Et si rien n'avait de sens ?

    Quand s'effacent les cadres qui donnaient sens, Dieu, l'Histoire, le progrès, reste-t-il un sens possible, ou s'ouvre le vertige où plus rien ne vaut rien ?

    les cadres du sens
  • Descriptif
    N'importe quel sens fait-il l'affaire ?

    Une vie peut-elle être pleine de sens si elle se voue à quelque chose d'insignifiant, voire de mauvais, ou le sens exige-t-il que la chose en vaille objectivement la peine ?

    une vie vouée à quelque chose