Rapport à soi· Exister
Absurdisme
Axe: Le sens de la vie — Que faire face à l'énigme du sens de la vie ?
Ni sens à découvrir, ni sens de rechange : l'absurde naît de la rencontre entre notre soif de sens et le silence du monde, et aucune réponse ne viendra. Face à l'énigme, il s'agit de tenir sans tricher : vivre lucidement dans la révolte, sans espoir ni résignation.
Philosophes 1
Camusexplicite
Deux termes sont également certains pour Camus : l'esprit humain réclame de l'unité et du sens, et le monde demeure muet à cette demande. ne loge dans aucun des deux mais dans leur divorce, dans le face-à-face même : il n'est donc ni une propriété du monde ni un défaut de l'homme, mais une relation qu'on ne peut dissoudre sans supprimer l'un des termes. Aussi le sens n'est-il ni donné d'avance ni purement absent : aucun sens transcendant ne comble le divorce, mais l'homme qui le tient sans fuir se forge des valeurs dans l'instant, d'où une part de sens construit.
Le Mythe de Sisyphe (1942) · L'Homme révolté (1951)
Personnages 1
Meursaultexplicite
Devant chaque grand choix, Meursault répond qu'au fond cela n'a pas d'importance : épouser Marie ou non, accepter le poste de Paris ou rester, on peut dire oui sans que rien ne pèse vraiment dans la balance. Ce n'est pas indifférence calculée mais évidence vécue : aucune vie ne lui paraît justifiée par un but supérieur ni par un , de sorte que toutes se valent et qu'aucune fin ne vient les ordonner.
Partie I, chapitre 5 : réponses à Marie sur le mariage et au patron sur Paris · Partie II, chapitre 5 : son indifférence réaffirmée à tout but supérieur
Argument
- Notre raison réclame un sens, une raison d'être ; le monde, lui, reste silencieux. De cette confrontation entre notre exigence et le mutisme des choses naît l'.
- Deux échappatoires se présentent, également malhonnêtes : l'espérance, qui invente un sens caché pour ne pas voir le silence ; et le renoncement, jusqu'au suicide, qui supprime l'exigence pour ne plus souffrir du silence.
- Reste une troisième voie, la seule lucide : tenir les deux termes sans les réconcilier, garder l'exigence de sens tout en regardant le silence en face. C'est la , qui ne se paie ni d'illusion ni d'abdication.
Donc Donc une vie peut valoir pleinement sans sens qui la dépasse : sa valeur tient à la lucidité et à l'intensité de la révolte, non à une réponse qui ne viendra pas.
Voir la pageObjectionAttaque la position
- L'absurde naît, dit-on, du silence du monde face à notre soif de sens ; et la réponse juste serait la révolte lucide, sans espoir ni résignation.
- Mais pourquoi « révolte » plutôt qu'indifférence, ou renoncement ? Si vraiment rien n'a de valeur, la lucidité et la fierté du révolté n'en ont pas davantage : les ériger en réponse juste, c'est déjà tenir quelque chose pour meilleur, donc réintroduire un sens.
- L'absurdiste est donc pris entre deux termes : ou bien ces valeurs tiennent, et le monde n'est pas le désert de sens qu'il disait ; ou bien elles ne tiennent pas, et sa révolte est aussi vaine que ce qu'elle prétend défier.
Donc Donc l'absurdisme se contredit : il proclame l'absence de sens tout en faisant de la révolte un sens. Il faut soit reconnaître des valeurs, et sortir de l'absurde, soit renoncer jusqu'à la révolte elle-même.
Voir la pageArgument Expérience de pensée
- Sisyphe est condamné à rouler éternellement un rocher au sommet, d'où il retombe aussitôt : effort sans terme ni résultat, image de nos vies quand aucun sens ne vient les couronner.
- Il n'a ni espoir d'en finir ni illusion sur sa tâche ; et pourtant, dit , il peut la regarder en face sans amertume : « la lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d'homme ».
- Ni espérance d'un sens caché, ni fuite dans le renoncement : reconnaître l'absurde de sa peine et la faire sienne, c'est reprendre son destin à son compte, dans la conscience et la .
Donc Donc on peut vivre pleinement sans sens donné : « il faut imaginer Sisyphe heureux », car la valeur d'une vie tient à la lucidité de qui l'assume, non à un sens qui la dépasserait.
Voir la page- Descriptif Expérience de penséeLe rocher de Sisyphe
Quand notre soif de sens se heurte au silence du monde, où loger une réponse : dans une fin qui nous dépasse, dans le sens qu'on se donne, ou dans la seule révolte lucide d'une vie sans réponse ?
une existence - DescriptifFaut-il que ça dure ?
Si tout finit, par la mort puis l'effacement de toute trace, ce que nous faisons est-il vain, ou une chose peut-elle avoir pleinement un sens sans durer toujours ?
le temps d'une vie - DescriptifEt si rien n'avait de sens ?
Quand s'effacent les cadres qui donnaient sens, Dieu, l'Histoire, le progrès, reste-t-il un sens possible, ou s'ouvre le vertige où plus rien ne vaut rien ?
les cadres du sens