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Rapport au monde· Philosophie de la religion

Athéisme

Axe: Existence de DieuDieu existe-t-il ?

Dieu n'existe pas : aucune réalité divine, personnelle ou impersonnelle, ne fonde le monde, et l'idée de Dieu s'explique par des causes humaines, psychologiques ou sociales. Le sens de la vie est à construire sans recours au divin.

Qui défend cette position

Courants 4

Marxismeexplicite

L'athéisme de Marx ne s'arrête pas à nier Dieu : il demande pourquoi les hommes en ont besoin. La religion n'est ni une simple erreur ni une imposture de prêtres, mais à la fois l'expression d'une détresse réelle et la protestation contre elle, une consolation imaginaire qui soulage la souffrance tout en la rendant supportable, donc durable. D'où le déplacement décisif : critiquer le ciel ne sert de rien si l'on ne critique pas la terre, c'est-à-dire les rapports sociaux qui rendent la religion nécessaire. Supprimer l'illusion suppose de supprimer les conditions qui l'appellent, ce qui range le marxisme du côté du matérialisme athée.

Marx, Critique de la philosophie du droit de Hegel, introduction (1844)

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Bouddhismeinférable

Un être lui-même soumis au devenir et à la souffrance ne saurait être la source du salut : c'est pourquoi le bouddhisme est non-théiste. Les divinités (devas) peuplent bien la cosmologie, mais elles sont prises dans le cycle des renaissances, donc impuissantes à libérer, et un Dieu créateur n'expliquerait pas la souffrance qu'il aurait fait naître. Contre le théisme brahmanique, la libération ne dépend alors d'aucune grâce mais de l'effort et de la compréhension propres ; cette absence de créateur est tenue avec sérénité, sans polémique militante contre la croyance.

Brahmajāla Sutta (le discours du filet de Brahmā) · Aggañña Sutta (le discours sur les origines)

Utilitarismeinférable

Le fondement de la morale est entièrement séculier : l'utilité, non la volonté divine, mesure le bien. , franchement irréligieux, critique l'ascétisme d'origine religieuse, et conserve un agnosticisme prudent. Le courant déplace la source de l'obligation morale du ciel vers le bien-être terrestre, sans poser l'athéisme en dogme.

Bentham, Introduction aux principes de morale et de législation, chapitre 2 · Mill, Trois essais sur la religion

Cynismeinférable

Les cyniques ne professent pas un athéisme théorique, mais une irréligion pratique : Diogène raille les rites, les mystères et les oracles, et tient pour vaines les croyances et les peurs religieuses de la cité. Indifférents aux dieux du culte, ils ramènent le divin à la vertu et à la nature, ce qui les éloigne nettement du théisme sans en faire des athées militants.

Diogène Laërce, Vies, VI

Philosophes 11

Beauvoirexplicite

Beauvoir est athée : élevée dans un catholicisme fervent, elle rompt avec la foi à l'adolescence et n'y reviendra pas. Son existentialisme part d'un monde sans Dieu où l'humain, n'ayant aucune valeur garantie d'en haut, doit faire surgir lui-même le sens et fonder sa morale sur sa seule liberté.

Mémoires d'une jeune fille rangée (1958), la perte de la foi · Pour une morale de l'ambiguïté (1947), une morale sans Dieu

Marxexplicite

La religion est une production humaine et une illusion, l'opium du peuple, à la fois protestation contre la misère réelle et consolation qui la perpétue. La critique de la religion, achevée par puis ramenée par Marx à ses racines sociales, est le présupposé de toute critique : un assumé, qui veut dissiper le ciel pour transformer la terre.

Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel, introduction (1844)

Sartreexplicite

Sartre est résolument athée : son se définit comme la tentative de tirer toutes les conséquences d'une position athée cohérente. Si Dieu n'existe pas, il n'y a aucun artisan divin pour avoir conçu une essence de l'homme, et donc aucune valeur inscrite dans un ciel intelligible : tout est à inventer. L'absence de Dieu n'est pas regrettée, elle est le point de départ assumé.

L'existentialisme est un humanisme (existentialisme athée) · L'Être et le Néant, conclusion (l'idée de Dieu, en-soi-pour-soi, est contradictoire)

Nietzscheexplicite

Nietzsche ne démontre pas l'inexistence de Dieu : il constate que la foi au Dieu moral est devenue intenable dans notre propre culture, minée par l'exigence de vérité qu'elle avait nourrie, et que nous l'avons tué. Il en tire la conséquence qu'on n'ose pas regarder : privées de leur socle, nos valeurs suprêmes vacillent, c'est le nihilisme, à la fois danger et chance d'une création de valeurs nouvelles.

Le Gai Savoir, §125 · L'Antéchrist

Schopenhauerexplicite

Athéisme explicite et argumenté : un monde dont la souffrance fait la teneur ne peut être l'œuvre d'un Dieu bon, et le vouloir qui le fonde est aveugle, sans sagesse ni fin. Il salue dans le une haute religion sans Dieu, et tient le panthéisme pour « une manière polie de congédier Dieu », divinisation indue d'un monde misérable.

Parerga et Paralipomena, t. II, « Sur la religion, un dialogue »

Camusexplicite

Camus pense résolument un monde sans Dieu : suppose précisément qu'aucune ne vient garantir le sens. Son athéisme reste cependant sans militant, attentif au scandale du mal plus qu'à une démonstration métaphysique, d'où un score fort mais non absolu.

Le Mythe de Sisyphe (1942) · La Peste (1947), le sermon de Paneloux

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Benthaminférable

La morale de Bentham est entièrement séculière : le bien et le mal se règlent sur le seul calcul des plaisirs et des peines, sans recours à une volonté divine. Sous le pseudonyme de Philip Beauchamp, il publie une critique de l'utilité de la religion naturelle, et l'analyse du principe d'antipathie théologique rejette la sanction religieuse comme fondement moral. La pente est nettement antireligieuse et critique, sans athéisme métaphysique explicitement systématisé.

Analysis of the Influence of Natural Religion on the Temporal Happiness of Mankind (sous le nom de Philip Beauchamp) · Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. II (le principe théologique réductible aux autres)

Nāgārjunainférable

Héritier du , Nāgārjuna ne reconnaît aucun Dieu créateur : sa critique de toute production par une cause à sape d'avance l'idée d'un premier principe qui se poserait lui-même. La libération ne vient d'aucune grâce mais de la compréhension de la . C'est un non-théisme, tenu sans polémique militante contre la croyance.

Mūlamadhyamakakārikā (Stances du milieu par excellence), ch. I (l'examen des conditions, contre une cause auto-suffisante)

Humeinférable

Dans les Dialogues sur la religion naturelle, Hume démonte l'argument du dessein : l'ordre du monde n'autorise aucune inférence sûre vers un créateur infini, sage et bon, surtout face au mal. Sans professer un athéisme ferme (il maintient une vague cause ou des causes de l'ordre), il vide le théisme de tout contenu déterminé : la position penche nettement du côté de l'agnosticisme et de l'athéisme.

Dialogues sur la religion naturelle (notamment parties V, VIII et XI) · Histoire naturelle de la religion

Diogène de Sinopeinférable

Diogène ne professe pas un athéisme théorique mais une irréligion pratique : il raille les rites, les mystères et les oracles, et tient pour vaines les croyances et les peurs religieuses de la cité. Voyant les offrandes des rescapés d'un naufrage, il observait qu'elles seraient bien plus nombreuses si l'on comptait aussi ceux qui ont péri. Indifférent aux dieux du culte, il ramène le divin à la nature et à la vertu, ce qui l'éloigne du théisme sans en faire un athée militant.

Diogène Laërce, Vies, VI, 24, 42 et 59

Millinférable

Élevé sans religion, Mill examine la question de Dieu en termes de preuve empirique : l'argument du dessein rend tout au plus probable un créateur de puissance et de bonté limitées, jamais un Dieu tout-puissant compatible avec le mal du monde. Cet agnosticisme, qui n'admet qu'un faible espoir d'au-delà, le situe légèrement du côté de l'incroyance.

Trois essais sur la religion (posthume, 1874), Théisme

Personnages 1

Meursaultexplicite

Meursault déclare simplement ne pas croire en Dieu et tient la question pour sans importance. Sa vie entière se déroule sans la moindre référence religieuse, et il décline, avec constance mais sans hostilité, les consolations de la foi qu'on cherche à lui imposer.

Partie II : sa réponse sans détour à ceux qui l'exhortent à croire · Partie II, chapitre 5 : son refus constant des consolations religieuses

Arguments et objections
ArgumentDieu, projection de l'hommeLes attributs de Dieu sont nos qualités portées à l'infini, et la croyance s'explique tout entière par des causes humaines, peur, désir, besoin de consolation ; une hypothèse dont on rend compte sans la supposer vraie n'a pas besoin d'un objet réel.
  1. Considérez les attributs de Dieu : puissance, savoir, bonté, justice, portés à l'infini. Ce sont trait pour trait les qualités humaines, débarrassées de nos limites : l'homme s'y contemple agrandi.
  2. Or ce mouvement de projection s'explique entièrement par des causes humaines : la peur de la mort, le désir que justice soit faite, le besoin d'une consolation et d'un père qui protège. Nul besoin de Dieu pour comprendre pourquoi les hommes croient en Dieu.
  3. Une hypothèse dont on peut rendre compte sans la supposer vraie, et qui répond si exactement à nos désirs, perd son crédit : ce que nous aurions inventé de toutes pièces ressemblerait précisément à cela.

Donc Donc Dieu n'est pas au ciel mais en nous : une projection de l'humanité, dont l'histoire des religions décrit la fabrique.

Voir la page
ObjectionAttaque le raisonnementL'origine ne juge pas la véritéL'argument de la projection conclut de l'origine humaine de la croyance à la fausseté de son objet ; mais origine et vérité sont deux questions distinctes, et confondre l'une avec l'autre est un sophisme.
  1. L'argument de la projection conclut de l'origine de la croyance, nos peurs et nos désirs, à la fausseté de son objet : Dieu n'existerait pas puisque nous avons des raisons humaines d'y croire.
  2. Mais l'origine d'une croyance et sa vérité sont deux questions distinctes : désirer qu'une chose existe ne prouve ni qu'elle existe, ni qu'elle n'existe pas. Conclure de la genèse à la fausseté, c'est le sophisme génétique.
  3. L'assoiffé qui rêve d'une source n'a pas tort de croire qu'il existe de l'eau : qu'une croyance comble un besoin la rend suspecte, elle ne la rend pas fausse. Il faudrait encore montrer, par ailleurs, que rien ne lui répond.

Donc Donc l'argument montre au mieux que la croyance est humainement explicable, non que Dieu n'existe pas : la projection jette le soupçon, elle ne tranche pas.

Voir la page
Fondements et implications
↑ Ce qui la fondeAthéisme — Existence de Dieu=AthéismeExistence de Dieu
Descriptif
Matérialisme — Nature du réel=MatérialismeNature du réel
Descriptif
Se libérer de la crainte — La mort!Se libérer de lacrainteLa mort
Prescriptif
Existentialisme — Essence et existence=ExistentialismeEssence et existence
Descriptif
+
Relativisme — Statut des normes (métaéthique)=RelativismeStatut des normes(métaéthique)
Descriptif
↓ Ce qu'elle implique

Ce qui la fonde

Nature du réel

Si tout ce qui existe est matière en mouvement, il ne reste aucune place pour une substance spirituelle infinie. Poser le matérialisme revient donc à fermer l'espace ontologique qu'occuperait Dieu, ce qui conduit naturellement à l'athéisme.

Ce qu'elle implique

La mort

Si Dieu n'existe pas et qu'aucune vie ne suit la mort, mourir n'est qu'un retour au néant, où il n'y a personne pour souffrir d'être mort. L'athéisme rejoint la consolation d'Épicure : « la mort n'est rien pour nous », et s'en libérer rend à la vie présente toute sa valeur.

Essence et existence

S'il n'existe aucun Dieu artisan pour concevoir l'homme selon un plan, aucune essence humaine ne précède l'existence concrète. L'athéisme fonde ainsi l'existentialisme, pour lequel l'homme est d'abord, puis se définit par ses actes.

Statut des normes (métaéthique)

Si nul Dieu ne garantit l'ordre moral, certains en concluent qu'aucune norme ne vaut absolument : « si Dieu n'existe pas, tout est permis ». La « mort de Dieu » que proclame Nietzsche ébranle ainsi la prétention des valeurs à l'universalité. Le lien reste contesté : nombre d'athées défendent au contraire une morale rationnelle et universelle.

Pratiques
Remonter la peur jusqu'à sa causeRègleAttestée · Lucrèce

Ce ne sont ni le soleil ni le jour qui chassent la terreur de l'âme, mais la connaissance de la nature.

Pour , les terreurs qui rongent l'âme ne se chassent pas par l'exhortation mais par la connaissance : elles naissent d'opinions fausses sur la nature des choses. Cette règle reprend sa méthode : au lieu de lutter contre la peur, on remonte à la croyance qui la nourrit, un monde qui punit, un sort qui s'acharne, un signe envoyé contre vous, et on lui substitue l'explication naturelle. Car rien ne naît de rien et les dieux ne se mêlent pas de nos affaires : ce qui arrive a des causes, non des intentions. Aujourd'hui, c'est un moyen de désamorcer les angoisses bâties sur des croyances fausses, en les ramenant à ce qui s'explique.

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Problèmes
  • Descriptif Question
    Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?

    Le monde existe sans avoir à exister : faut-il, pour rendre raison de cette contingence, un être nécessaire qui ne dépende de rien, ou le monde est-il simplement là, fait brut sans explication ?

    le monde
  • Descriptif
    Une première cause, ou une régression sans fin ?

    La série des causes doit-elle avoir un premier terme qui ne dépend de rien, et pourquoi ce terme échapperait-il à la question qu'on pose à tout le reste ?

    la série des causes
  • Descriptif Expérience de pensée
    L'ordre du monde a-t-il un auteur ?

    L'ordre, la complexité et le réglage si précis du monde réclament-ils un auteur, ou peuvent-ils naître de processus aveugles comme la sélection naturelle ?

    l'ordre du monde
  • Descriptif
    Le mal contre Dieu

    Un Dieu à la fois tout-puissant et bon laisserait-il souffrir l'innocent, ou le mal du monde est-il compatible avec son existence ?

    le mal dans le monde
  • Descriptif
    Le silence de Dieu

    Si Dieu existait et nous aimait, se laisserait-il chercher en vain par ceux qui le cherchent sincèrement, ou son silence est-il un signe de plus contre son existence ?

    Dieu et ceux qui le cherchent
  • Descriptif
    Dieu, projection de l'homme ?

    Si la croyance en Dieu s'explique par des besoins humains, peur, désir, ordre social, faut-il en conclure qu'il n'existe pas, ou expliquer pourquoi l'on croit ne dit-il rien de la vérité de la croyance ?

    la croyance en Dieu
  • PrescriptifÉpistémique
    Faut-il des preuves pour croire ?

    N'a-t-on le droit de croire que sur preuves, ou la foi est-elle un pari légitime qui n'a pas à se justifier devant le tribunal des preuves ?

    croire