Meursault
Il ne feint ni les émotions ni les raisons qu'on attend de lui : une sincérité étrange qui met à nu le poids des conventions.
roman · 1942
Employé de bureau à Alger et narrateur de , Meursault est un homme sans histoire et sans illusions, qui dit ne pas savoir s'il a aimé sa mère et ne voit guère de raison de changer de vie. Il habite la sensation présente, le soleil, la mer, le tabac, étranger aux comédies sociales et au langage des sentiments attendus. le pose dans un monde sans providence ni arrière-monde, indifférent au sort des hommes : il incarne , celui qui vit sans tricher avec ce divorce entre l'attente humaine et le silence du monde.
Le monde n'a ni providence ni dessein : il est tendrement indifférent, et le même soleil qui comble peut écraser.
On ne dit que ce que l'on éprouve, même quand mentir sauverait : feindre un chagrin ou un amour est impossible.
Seul compte l'instant des sensations : nul projet, nul avenir à bâtir, car on ne change jamais vraiment de vie.
Toutes les vies se valent et rien n'a vraiment d'importance : aucun but supérieur ne vient justifier l'existence.
Justification
Devant chaque grand choix, Meursault répond qu'au fond cela n'a pas d'importance : épouser Marie ou non, accepter le poste de Paris ou rester, on peut dire oui sans que rien ne pèse vraiment dans la balance. Ce n'est pas indifférence calculée mais évidence vécue : aucune vie ne lui paraît justifiée par un but supérieur ni par un , de sorte que toutes se valent et qu'aucune fin ne vient les ordonner.
Partie I, chapitre 5 : réponses à Marie sur le mariage et au patron sur Paris · Partie II, chapitre 5 : son indifférence réaffirmée à tout but supérieur
Justification
Tout ce qui occupe et comble Meursault tient dans l'instant des sensations : le bain avec Marie, la cigarette fumée près du cercueil, le dimanche passé à regarder la rue du balcon. Quand son patron lui offre une situation à Paris, il la décline sans projet ni ambition, jugeant qu'on ne change jamais vraiment de vie. Privé de ce présent, il n'use du souvenir que pour tuer le temps, signe qu'il vivait jusque-là sans le secours d'aucun avenir ni d'aucun passé.
Partie I, chapitre 5 : le refus du poste à Paris · Partie I, chapitre 2 : le dimanche au balcon, pure présence au spectacle de la rue · Partie II, chapitre 2 : l'inventaire des souvenirs de sa chambre pour occuper le temps
Justification
Partie II, chapitre 5
Justification
Meursault ne cherche jamais dans les événements un sens ou une intention cachée : les choses lui arrivent comme le soleil chauffe ou la mer porte, sans bienveillance ni hostilité. Le même astre qui rend voluptueux le bain accable de sa puissance aveugle sur la plage : c'est le signe d'un univers sans providence, où nulle harmonie ne veille sur les hommes. Devant ce monde, il se tient sans révolte ni consolation métaphysique : une lucidité tranquille qui n'attend de la nature aucune tendresse qu'elle n'a pas.
Partie I, chapitre 6 : le soleil, puissance aveugle ni bienveillante ni hostile · Partie I, chapitre 2 : le regard distant et sensoriel sur le monde
Justification
Quand Marie lui demande s'il l'aime, Meursault répond simplement que non sans doute, plutôt que de dire ce qu'elle attend ; il ne joue aucune douleur à l'enterrement de sa mère et avoue qu'il aurait préféré ne pas la voir morte. Il ne sait pas plus tricher pour se sauver que pour plaire : dire ce qu'il éprouve, et rien d'autre, lui est une nécessité plus forte que son propre intérêt.
Partie I, chapitre 4 : à Marie qui demande s'il l'aime, il répond que cela ne veut rien dire, mais que non sans doute · Partie I, chapitres 1-2 : l'absence de tout chagrin feint aux obsèques de sa mère
Justification
Meursault déclare simplement ne pas croire en Dieu et tient la question pour sans importance. Sa vie entière se déroule sans la moindre référence religieuse, et il décline, avec constance mais sans hostilité, les consolations de la foi qu'on cherche à lui imposer.
Partie II : sa réponse sans détour à ceux qui l'exhortent à croire · Partie II, chapitre 5 : son refus constant des consolations religieuses
1 de plus
Justification
Sa conduite n'est jamais gouvernée par la délibération rationnelle mais par les états du corps : la fatigue à l'enterrement, le soleil et la chaleur qui accablent sa conduite sur la plage. Il rapporte ses affects sans les maîtriser ni les juger, mais il ne leur prête pas non plus de vérité morale : c'est un sentimentalisme de fait, sensoriel, non revendiqué.
Partie I, chapitre 6 : la scène de la plage, sous l'emprise du soleil · Partie I, chapitre 1 : la veillée et l'enterrement, dominés par la fatigue et la chaleur