← Revenir à l'axe

Rapport au monde· Philosophie de la religionmilieu nommé

Agnosticisme (Huxley)

Axe: Existence de DieuDieu existe-t-il ?

On ne peut ni prouver que Dieu existe, ni prouver qu'il n'existe pas : la question excède ce que nous pouvons savoir. Plutôt que d'affirmer ou de nier, l'agnostique suspend son jugement et tient pour plus honnête de dire « je ne sais pas » que de trancher faute de preuve.

Qui défend cette position

Philosophes 2

Sextus Empiricusexplicite

Sextus aligne les arguments des dogmatiques pour et contre l'existence des dieux, montre qu'ils s'équilibrent, et conclut à la suspension : on ne peut établir ni que les dieux existent ni qu'ils n'existent pas. Plus radical que l'agnosticisme ordinaire, qui affirme l'indécidabilité comme une thèse, il ne tranche même pas pour l'inconnaissable. En pratique pourtant, suivant la coutume, il dit des dieux qu'ils existent, les honore et les tient pour prévoyants, sans dogme. C'est cette suspension vécue, et non un agnosticisme doctrinal, que vise ici la position médiane.

Esquisses pyrrhoniennes, III, 2-12 (sur les dieux) · Contre les savants, IX, 13-194

Afficher les positions inférées (1)
Pyrrhoninférable

L'indétermination de toutes choses s'étend au divin : ni l'existence ni l'inexistence des dieux n'étant établissable, le sage ne tranche pas. Cette suspension est plus radicale que l'agnosticisme, qui affirme l'indécidabilité comme une thèse, puisque Pyrrhon ne pose même pas que le divin est inconnaissable. En pratique, suivant la coutume de sa cité, il honore les dieux comme les autres, sans y attacher de croyance dogmatique. C'est cette suspension vécue, et non une position d'équilibre entre foi et athéisme, que marque ici la valeur médiane.

Diogène Laërce, Vies des philosophes, IX, 64 et 108 · Sextus Empiricus, Esquisses pyrrhoniennes, III, 2 (sur les dieux)

Arguments et objections
ArgumentNi prouver, ni réfuterLes preuves de l'existence comme de l'inexistence de Dieu ont toutes été contestées ; or il n'est pas droit d'affirmer plus que la preuve ne permet. Suspendre son jugement n'est pas de l'indifférence : c'est la mesure exacte de ce que la raison peut.
  1. Depuis des siècles, les preuves s'accumulent des deux côtés : arguments cosmologiques, dessein, pari d'un côté ; mal, silence, projections de l'autre. Aucune n'a jamais contraint un esprit honnête et informé, sans quoi le débat serait clos.
  2. Or il est de probité intellectuelle de ne pas affirmer plus que la preuve ne permet : tenir pour certain ce qui ne l'est pas, dans un sens ou dans l'autre, c'est trancher là où l'on ne sait pas, et prendre son désir, de croire ou de nier, pour un savoir.
  3. Suspendre son jugement n'est donc pas de la tiédeur : c'est reconnaître que la question excède ce que l'expérience et la démonstration peuvent atteindre, et garder son assentiment pour ce qui le mérite.

Donc Donc « je ne sais pas » n'est pas un pis-aller mais la position exacte que la preuve autorise : l'agnosticisme est la probité de la raison sur la question de Dieu.

Voir la page
ObjectionAttaque la position Expérience de penséeLe pari de PascalL'incertitude ne justifie pas la neutralité : vivre engage déjà une mise, et devant des enjeux aussi dissymétriques, la suspension du jugement est elle-même un pari, le plus mauvais.
  1. L'agnostique a raison sur un point : la raison ne peut ni prouver ni réfuter l'existence de Dieu. Mais il en conclut qu'on peut s'abstenir de choisir.
  2. Or on ne peut pas ne pas jouer : vivre, c'est déjà miser. Celui qui suspend son jugement vit, en pratique, comme si Dieu n'existait pas ; sa neutralité est un pari qui ne dit pas son nom.
  3. Et les enjeux sont dissymétriques : parier sur Dieu, c'est risquer une mise finie pour un gain infini ; parier contre, risquer un gain fini contre une perte infinie. Devant un tel écart, le calcul ne laisse pas la neutralité indemne.

Donc Donc l'incertitude ne fonde pas la suspension : puisqu'il faut miser, la raison prudentielle conseille de parier pour Dieu, et l'agnosticisme cesse d'être la position de repli qu'il croyait être.

Voir la page
Problèmes
  • Descriptif
    Un Dieu au-delà des mots

    Si Dieu excède tout concept, peut-on seulement affirmer ou nier son existence, ou la question suppose-t-elle à tort qu'il est un objet parmi d'autres ?

    Dieu
  • Pratique Expérience de pensée
    Le pari de la croyance

    Même sans preuve, n'a-t-on pas intérêt à croire, puisqu'on aurait tout à gagner si Dieu existe et peu à perdre sinon ? Mais peut-on décider de croire par calcul ?

    croire
  • PrescriptifExistentielle
    Le sens a-t-il besoin de Dieu ?

    Sans Dieu, la vie perd-elle tout sens, ou un sens peut-il se construire entièrement à hauteur d'homme ?

    une vie
  • PrescriptifMorale
    La morale a-t-elle besoin de Dieu ?

    Le bien tient-il sa valeur de la volonté de Dieu, ou est-il bon indépendamment de lui ? Si Dieu n'existait pas, tout serait-il permis ?

    la morale