Rapport aux autres· Pouvoir et justicedifficulté
Sens de la peine
Pourquoi punir : pour réparer la faute, dissuader ou réinsérer ?
Punir pour faire payer la faute peut n'être qu'une vengeance habillée en justice ; punir seulement pour l'exemple ou l'efficacité peut sacrifier le coupable à l'intérêt général. Selon la réponse, la peine regarde vers le passé à solder ou vers l'avenir à protéger. Se positionner, c'est dire ce qu'on fait vraiment quand on punit.
Rétributivisme
3On punit parce qu'une faute a été commise, et la peine doit être proportionnée à cette faute. Le châtiment rend justice au crime lui-même et respecte le coupable comme un être responsable, indépendamment de toute utilité sociale.
Explorer cette position →Hegelexplicite
Le crime nie le droit ; la peine est la négation de cette négation, qui annule le crime et rétablit le droit. La dissuasion traite le criminel comme un chien qu'on menace du bâton ; le rétributivisme, lui, l'honore comme un être rationnel, car sa peine est contenue dans son acte même et constitue son propre droit. La mesure n'est pas le talion littéral, mais l'équivalence de valeur entre le crime et la peine.
Principes de la philosophie du droit, §90-103 (§99 la négation de la négation, §100 le criminel honoré, §99 add. le bâton et le chien)
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Kantexplicite
La peine est exigée par la justice elle-même, comme rétribution proportionnée du crime (loi du talion juridique), jamais comme simple moyen d'utilité sociale : punir quelqu'un pour dissuader les autres serait le traiter comme un moyen. C'est le rétributivisme classique.
Métaphysique des mœurs, Doctrine du droit, §49 E
Ulysseexplicite
Rentré chez lui, Ulysse ne cherche ni à corriger ni à dissuader : il rend leur dû à ceux qui ont trahi la maison. La faute, pour lui, appelle un châtiment à sa mesure, et sa justice domestique est rétributive : rétablir l'ordre lésé, c'est faire payer l'offense, au risque d'une rigueur que le poème donne à sentir.
Odyssée, XXI-XXII (le retour au foyer et l'affrontement avec les prétendants)
Dissuasion
6La peine ne se justifie que par ses effets : prévenir de futurs crimes en dissuadant le coupable et les autres. Elle doit être certaine, prompte et juste assez sévère pour décourager, sans cruauté inutile.
Explorer cette position →Benthamexplicite
La peine est en elle-même un mal, une douleur, et ne se justifie que par l'utilité qu'elle produit : toute peine est en elle-même un mal ; selon le principe d'utilité, si elle doit être admise, ce n'est que dans la mesure où elle promet d'écarter quelque mal plus grand. Sa fin première est la prévention des délits, surtout par la dissuasion, et accessoirement par l'amendement du coupable ; Bentham récuse explicitement la rétribution et le talion comme un mal ajouté à un mal, sans profit.
Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. XIII-XIV (les peines, leurs fins et leur mesure)
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Schopenhauerexplicite
La peine regarde l'avenir, non le passé : châtier pour le mal commis, sans autre fin, serait rendre un mal pour un mal, pure vengeance sans droit. La loi est une menace destinée à contrebalancer par la peur les motifs du crime, et l'exécution ne fait que tenir la promesse de cette menace pour qu'elle garde son crédit dissuasif.
Le Monde comme volonté et comme représentation, §62
Machiavelinférable
Punir vise l'effet politique, non le mérite : la crainte du châtiment est le lien le plus sûr des sujets, et le supplice exemplaire de Remirro de Orco, exposé fendu en deux sur la place de Cesena, laisse le peuple à la fois satisfait et stupéfait. Dissuasion et apaisement de l'opinion l'emportent sur la réparation ou l'amendement.
Le Prince, chap. VII (Remirro de Orco) · Le Prince, chap. XVII (la crainte du châtiment)
Utilitarismeexplicite
Pour , toute peine est en elle-même un mal, puisqu'elle inflige une souffrance : elle ne se justifie que si elle prévient un mal plus grand, par la dissuasion et l'amendement du coupable. Le rétributivisme, qui punit pour punir, est rejeté comme une addition inutile de souffrance.
Bentham, Introduction aux principes de morale et de législation, chapitre 13 · Beccaria, Des délits et des peines
Millinférable
La justice elle-même se ramène pour Mill à une exigence d'utilité : la peine ne se justifie pas par la rétribution d'une faute passée mais par ses effets, la dissuasion et la protection de la société, accessoirement l'amendement du coupable. Il refuse l'idée d'un mérite du châtiment indépendant de ses conséquences, sans exclure la réhabilitation.
L'Utilitarisme, ch. 5 (la justice et l'idée de châtiment ramenées à l'utilité)
Les Lumièresexplicite
fait basculer la pénalité du registre de l'expiation à celui de l'utilité sociale : la peine ne doit pas venger le crime ni satisfaire une justice rétributive, mais le prévenir. De là découlent ses réformes, l'abolition de la torture et de la peine de mort, la proportion des peines aux délits, la certitude plutôt que la cruauté du châtiment, la prévention par l'éducation et de bonnes lois. La punition se mesure à ses effets sur le corps social, non au mal moral commis : programme réformateur que reprendra l'utilitarisme.
Beccaria, Des délits et des peines (1764)
Réhabilitation
4La finalité de la peine est de transformer le coupable et de préparer son retour dans la société. Plutôt que de faire souffrir, il s'agit de comprendre les causes du crime et de réinsérer la personne comme membre à part entière de la communauté.
Explorer cette position →Voir les positions implicites (4)
Socrateinférable
Si la faute est ignorance, le coupable est moins un méchant qu'un malade de l'âme, et le châtiment doit le guérir, non lui rendre le mal pour le mal. Subir une juste peine est même un bien, puisqu'elle délivre l'âme de l'injustice qui la gâte ; punir pour se venger ne corrige rien. La sanction vaut comme soin et redressement, ce qui range Socrate du côté d'une justice réhabilitatrice.
Platon, Gorgias, 476a-481b (le châtiment qui guérit l'âme)
Marc Aurèleinférable
Devant celui qui faute, le premier geste de Marc Aurèle est de l'instruire et de lui montrer son erreur, car il agit par ignorance du bien ; à défaut, le supporter. La peine, s'il l'envisage, vise donc la correction de l'égaré bien plus que le châtiment de sa faute, dans l'esprit de la réhabilitation.
Pensées pour moi-même, IX, 42 · Pensées pour moi-même, V, 28 · Pensées pour moi-même, XI, 18
Sénèqueexplicite
Dans le De clementia adressé à Néron, et dans le , Sénèque refuse la vengeance : on punit non parce qu'on a péché mais pour qu'on ne pèche plus, en regardant l'avenir, non le passé. Le châtiment vise la correction du coupable et la dissuasion d'autrui, jamais la satisfaction d'une colère rétributive.
De la colère, I, 16 et 19 (punir pour corriger, non pour se venger) · De la clémence, I (la clémence du prince)
Confuciusinférable
Confucius préfère prévenir la faute en formant le sens moral plutôt que la punir : gouverner par les châtiments donne un peuple qui les évite sans honte, gouverner par la vertu et les li 禮 (les rites) lui donne le sens de l'honneur et le corrige de l'intérieur. La fin visée est l'amendement moral, non la rétribution ni la seule dissuasion : tuer pour gouverner, à quoi bon ?. La sanction, quand elle s'impose, doit restaurer l'harmonie et réintégrer le fautif dans la communauté plutôt que l'en retrancher.
Entretiens, II, 3 (les châtiments donnent un peuple sans honte ; la vertu le corrige) · Entretiens, XII, 19 (à quoi bon tuer pour gouverner ?)
Justice réparatrice
0La peine doit d'abord réparer le tort et restaurer ce que le crime a rompu : reconnaître la victime, responsabiliser l'auteur devant elle, et rétablir l'ordre et les liens de la communauté. La justice vise moins à faire souffrir qu'à réparer, réconcilier et refaire société.
Explorer cette position →Aucune figure ici, dans ce corpus.
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- PrescriptifMorale Expérience de penséePunir un innocent pour sauver la paix ?
Si la peine ne vaut que par ses effets, sacrifier un innocent pour éviter un plus grand mal semble parfois s'imposer : mais condamner qui n'a rien fait, est-ce encore punir, ou la négation même de la justice ?
punir un innocent
Sous-problèmes creuser la discussion de cet axe
- PrescriptifMoraleFaire d'un coupable un exemple
Punir pour dissuader, c'est se servir d'un homme pour en effrayer d'autres : seule la peine méritée pour ce qu'il a fait le traite-t-elle comme une personne responsable, et non comme un moyen ?
le coupable - PrescriptifMoraleSoigner ou punir
Traiter le crime comme une maladie à guérir paraît plus humain que faire souffrir ; mais refaçonner quelqu'un « pour son bien », sans limite ni son accord, le respecte-t-il moins qu'une peine méritée ?
le coupable - PrescriptifPolitique et droitLa juste mesure de la peine
Le rétributivisme mesure la peine à la gravité du tort (œil pour œil), la dissuasion à ce qu'il faut pour décourager : deux mesures qui peuvent exiger bien plus, ou bien moins, l'une que l'autre.
la peine - PrescriptifMoraleSolder la dette ou réparer le lien
Le crime est-il une dette envers l'ordre, qu'on solde en faisant souffrir le coupable, ou une rupture entre des personnes, qu'on ne répare qu'en reconnaissant la victime et en rétablissant le lien ? Et comment une souffrance ajoutée paierait-elle un tort ?
le crime - PrescriptifPolitique et droitChâtiment ou vengeance
La peine rendue par l'institution est-elle une justice impartiale et mesurée, distincte par nature de la vengeance, ou n'est-elle que la vengeance rendue publique, ordonnée et différée ?
la justice pénale - PrescriptifPolitique et droitLa peine de mort
Tuer le criminel est-il la seule peine à la mesure des pires crimes (Kant), ou un châtiment qui ne dissuade pas plus qu'un autre, ferme tout retour possible et abaisse la société qui l'inflige (Beccaria, Camus) ?
la peine capitale - PrescriptifPolitique et droitFaut-il des prisons ?
L'enfermement amende-t-il vraiment le coupable, ou tout l'appareil pénal ne fait-il guère que produire et gérer la délinquance, au service d'un ordre et d'un pouvoir ?
l'appareil pénal
Problèmes liés élargir vers d'autres axes
- PrescriptifMoraleMérite-t-on sa peine ?
Punir comme mérité suppose que le coupable aurait pu agir autrement ; si son acte découle de ses causes, de sa nature et de ses circonstances, l'idée même de mérite tient-elle encore ?
le coupable - PrescriptifPolitique et droitD'où vient le droit de punir ?
Qu'est-ce qui autorise l'État à infliger à une personne ce qu'aucun particulier ne pourrait lui faire : un pouvoir cédé par le contrat social, ou l'ordre moral lui-même ?
l'État - PrescriptifPolitique et droitJustice ou pardon
Faut-il toujours infliger la peine méritée, ou la clémence, la grâce, le pardon peuvent-ils légitimement y faire renoncer sans trahir la justice ?
la peine méritée - PrescriptifMoraleJustice ou miséricorde
Pardonner, est-ce renoncer à la justice et laisser le mal impuni, ou la justice et le pardon visent-ils deux choses différentes, qui peuvent coexister ?
la peine méritéePardon - PrescriptifPolitique et droitLe pardon des peuples
Une nation peut-elle pardonner, par l'amnistie ou la réconciliation, les crimes commis en son sein, ou le pardon n'a-t-il de sens qu'entre les personnes qui ont vécu le tort ?
la communautéPardon - Descriptif Mise en situationAurais-je pu agir autrement ?
On reproche à cet homme un délit qu'il reconnaît, mais son histoire et son cerveau l'y ont poussé : pouvait-il vraiment agir autrement, et si non, en est-il responsable ?
un choixLiberté de la volonté - PrescriptifPolitique et droitDu blâme à la peine
Si nul ne mérite au fond, la rétribution s'effondre, mais faut-il la pleurer ? Protéger, dissuader et réparer suffisent peut-être à fonder la peine, sans jamais parler de dette.
la peine méritéeLa responsabilité morale
Nul homme sensé ne punit parce qu'on a péché, mais afin qu'on ne pèche plus.Sénèque · De la colère, I, 19 (citant Platon)
Toute peine est en elle-même un mal. Selon le principe d'utilité, si elle doit être admise, ce n'est que dans la mesure où elle promet d'écarter quelque mal plus grand.Bentham · Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. XIII, §2