Rapport aux autres· Pouvoir et justice
Dissuasion
Axe: Sens de la peine — Pourquoi punir : pour réparer la faute, dissuader ou réinsérer ?
La peine ne se justifie que par ses effets : prévenir de futurs crimes en dissuadant le coupable et les autres. Elle doit être certaine, prompte et juste assez sévère pour décourager, sans cruauté inutile.
Courants 2
Utilitarismeexplicite
Pour , toute peine est en elle-même un mal, puisqu'elle inflige une souffrance : elle ne se justifie que si elle prévient un mal plus grand, par la dissuasion et l'amendement du coupable. Le rétributivisme, qui punit pour punir, est rejeté comme une addition inutile de souffrance.
Bentham, Introduction aux principes de morale et de législation, chapitre 13 · Beccaria, Des délits et des peines
Les Lumièresexplicite
fait basculer la pénalité du registre de l'expiation à celui de l'utilité sociale : la peine ne doit pas venger le crime ni satisfaire une justice rétributive, mais le prévenir. De là découlent ses réformes, l'abolition de la torture et de la peine de mort, la proportion des peines aux délits, la certitude plutôt que la cruauté du châtiment, la prévention par l'éducation et de bonnes lois. La punition se mesure à ses effets sur le corps social, non au mal moral commis : programme réformateur que reprendra l'utilitarisme.
Beccaria, Des délits et des peines (1764)
Philosophes 4
Schopenhauerexplicite
La peine regarde l'avenir, non le passé : châtier pour le mal commis, sans autre fin, serait rendre un mal pour un mal, pure vengeance sans droit. La loi est une menace destinée à contrebalancer par la peur les motifs du crime, et l'exécution ne fait que tenir la promesse de cette menace pour qu'elle garde son crédit dissuasif.
Le Monde comme volonté et comme représentation, §62
Benthamexplicite
La peine est en elle-même un mal, une douleur, et ne se justifie que par l'utilité qu'elle produit : toute peine est en elle-même un mal ; selon le principe d'utilité, si elle doit être admise, ce n'est que dans la mesure où elle promet d'écarter quelque mal plus grand. Sa fin première est la prévention des délits, surtout par la dissuasion, et accessoirement par l'amendement du coupable ; Bentham récuse explicitement la rétribution et le talion comme un mal ajouté à un mal, sans profit.
Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. XIII-XIV (les peines, leurs fins et leur mesure)
Afficher les positions inférées (2)
Machiavelinférable
Punir vise l'effet politique, non le mérite : la crainte du châtiment est le lien le plus sûr des sujets, et le supplice exemplaire de Remirro de Orco, exposé fendu en deux sur la place de Cesena, laisse le peuple à la fois satisfait et stupéfait. Dissuasion et apaisement de l'opinion l'emportent sur la réparation ou l'amendement.
Le Prince, chap. VII (Remirro de Orco) · Le Prince, chap. XVII (la crainte du châtiment)
Millinférable
La justice elle-même se ramène pour Mill à une exigence d'utilité : la peine ne se justifie pas par la rétribution d'une faute passée mais par ses effets, la dissuasion et la protection de la société, accessoirement l'amendement du coupable. Il refuse l'idée d'un mérite du châtiment indépendant de ses conséquences, sans exclure la réhabilitation.
L'Utilitarisme, ch. 5 (la justice et l'idée de châtiment ramenées à l'utilité)
- PrescriptifMorale Expérience de penséePunir un innocent pour sauver la paix ?
Si la peine ne vaut que par ses effets, sacrifier un innocent pour éviter un plus grand mal semble parfois s'imposer : mais condamner qui n'a rien fait, est-ce encore punir, ou la négation même de la justice ?
punir un innocent - PrescriptifMoraleFaire d'un coupable un exemple
Punir pour dissuader, c'est se servir d'un homme pour en effrayer d'autres : seule la peine méritée pour ce qu'il a fait le traite-t-elle comme une personne responsable, et non comme un moyen ?
le coupable - PrescriptifPolitique et droitLa juste mesure de la peine
Le rétributivisme mesure la peine à la gravité du tort (œil pour œil), la dissuasion à ce qu'il faut pour décourager : deux mesures qui peuvent exiger bien plus, ou bien moins, l'une que l'autre.
la peine - PrescriptifPolitique et droitLa peine de mort
Tuer le criminel est-il la seule peine à la mesure des pires crimes (Kant), ou un châtiment qui ne dissuade pas plus qu'un autre, ferme tout retour possible et abaisse la société qui l'inflige (Beccaria, Camus) ?
la peine capitale