Rapport aux autres· Moraledifficulté
La responsabilité morale
Faut-il attribuer des torts ou des mérites ?
Féliciter un enfant, en vouloir à un ami, être fier d'une réussite, s'en vouloir d'une faute : nous passons nos journées à attribuer des torts et des mérites. Mais ce que chacun est, talents comme penchants, s'est largement fait sans lui, et l'on peut admirer une compétence en sachant que son acquisition n'a rien dû à la volonté. Savoir si nos actes sont déterminés est ; ici se décide une attitude : prendre le mérite et la faute au sérieux, les garder comme des outils, ou s'en déprendre. Se positionner, c'est dire ce que nous nous devons les uns aux autres en fait d'éloge, de reproche et , et ce que deviendraient nos liens si l'on cessait de tenir des comptes.
1
Il faut attribuer torts et mérites, car ils sont réels : quand l'acte est volontaire, fait en connaissance de cause et sans contrainte, l'éloge et le blâme sont dus, non simplement utiles. Refuser de les attribuer, ce serait ne plus voir des actions mais des événements, et ne plus traiter personne en auteur de sa vie.
Explorer cette position →Voir les positions implicites (1)
Hegelexplicite
Tenir le criminel pour responsable et lui infliger ce qu'il mérite, c'est l'honorer comme un être rationnel, auteur de son acte, et non le traiter en animal qu'on dresse par la menace. Le mérite et la faute sont réels, non de simples instruments d'utilité sociale.
Principes de la philosophie du droit, §100
1
Il faut continuer de répondre aux actes, blâmer, sanctionner, féliciter, non parce que c'est mérité au fond, mais parce que c'est efficace : comprendre n'empêche pas d'agir. On renonce au ressentiment, pas à la réponse ; la question n'est plus « le mérite-t-il ? » mais « ».
Explorer cette position →Russellexplicite
Si les actions ont des causes, la notion de mérite s'effondre, et avec elle celle de péché : on ne peut pas à la fois expliquer une conduite par l'hérédité, l'éducation et les circonstances, et prétendre que son auteur la méritait. Russell en tire non l'abandon de toute réaction mais le changement de son objet : ce qui reste légitime est de modifier les causes (instruire, soigner, empêcher), et ce qui tombe est le désir de faire souffrir en retour, qu'il tient pour la racine la plus durable de la cruauté humaine. Il conserve pourtant le blâme comme outil, ce qui l'arrête avant l'abolition complète de l'imputation.
« Les éléments de l'éthique » (1910), § « Déterminisme et morale » · « La religion a-t-elle contribué utilement à la civilisation ? » (1930) · Essais sceptiques (1928)
0
Il faut se déprendre de l'attribution même : nul n'est l'auteur ultime de ce qu'il est, et nos actes sortent de nous comme les fruits de l'arbre. À la place du reproche et de la fierté viennent d'autres réponses : comprendre, plaindre, se réjouir ou rire, comme on répond à la beauté d'un geste ou à la tristesse d'un naufrage, sans chercher de coupable. Ce n'est pas l'indifférence : c'est la fin du tribunal, non la fin des affects.
Explorer cette position →Aucune figure ici, dans ce corpus.
Voir la carte des problèmes dans l'Atlas →
- Descriptif QuestionLa loterie du mérite
Deux chauffards identiques, un enfant traverse devant un seul : le hasard fait l'un meurtrier et l'autre chanceux. Et ce que nous louons, talents, caractère, n'a pas été choisi davantage : si la chance imprègne tout, que reste-t-il du mérite propre ?
la part de chance dans le mérite
Sous-problèmes creuser la discussion de cet axe
- DescriptifResponsable de son caractère ?
L'homme ivre ne se contrôle plus, mais il s'est rendu tel, verre après verre : pour Aristote, on impute la disposition qu'on a laissée croître. Mais pour être comptable de son caractère, ne faudrait-il pas l'avoir choisi, et ainsi à l'infini ?
la disposition acquise - DescriptifTout comprendre, est-ce tout excuser ?
Si chaque acte a ses causes, l'excuse valable pour l'un, la tumeur, la contrainte, devrait valoir pour tous, et plus personne ne serait blâmable. À moins que l'excuse ne distingue précisément entre des causes, et que comprendre ne soit pas excuser.
l'excuse universelle - PrescriptifMoralePeut-on renoncer au ressentiment ?
Un monde guéri du ressentiment serait-il plus doux ou moins humain ? Renoncer à en vouloir, est-ce une sagesse accessible, ou la fin des relations de personne à personne ?
le ressentiment - PrescriptifPolitique et droitDu blâme à la peine
Si nul ne mérite au fond, la rétribution s'effondre, mais faut-il la pleurer ? Protéger, dissuader et réparer suffisent peut-être à fonder la peine, sans jamais parler de dette.
la peine méritée - DescriptifMérite réel ou pratique nécessaire ?
Attribuer des torts suppose-t-il un mérite fondé en métaphysique, ou la pratique se porte-t-elle elle-même, aucune découverte sur le déterminisme ne pouvant nous faire traiter les personnes en objets ?
le fondement de l'attribution