Rapport aux autres· Moraledifficulté
La responsabilité morale
Faut-il attribuer des torts ou des mérites ?
Féliciter un enfant, en vouloir à un ami, être fier d'une réussite, s'en vouloir d'une faute : nous passons nos journées à attribuer des torts et des mérites. Mais ce que chacun est, talents comme penchants, s'est largement fait sans lui, et l'on peut admirer une compétence en sachant que son acquisition n'a rien dû à la volonté. Savoir si nos actes sont déterminés est une question voisine, qui a son propre axe ; ici se décide une attitude : prendre le mérite et la faute au sérieux, les garder comme des outils, ou s'en déprendre. Se positionner, c'est dire ce que nous nous devons les uns aux autres en fait d'éloge, de reproche et de pardon, et ce que deviendraient nos liens si l'on cessait de tenir des comptes.
Rendre à chacun son dû
1Il faut attribuer torts et mérites, car ils sont réels : quand l'acte est volontaire, fait en connaissance de cause et sans contrainte, l'éloge et le blâme sont dus, non simplement utiles. Refuser de les attribuer, ce serait ne plus voir des actions mais des événements, et ne plus traiter personne en auteur de sa vie.
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Hegelexplicite
Tenir le criminel pour responsable et lui infliger ce qu'il mérite, c'est l'honorer comme un être rationnel, auteur de son acte, et non le traiter en animal qu'on dresse par la menace. Le mérite et la faute sont réels, non de simples instruments d'utilité sociale.
Principes de la philosophie du droit, §100
Corriger, non châtier
0Il faut continuer de répondre aux actes, blâmer, sanctionner, féliciter, non parce que c'est mérité au fond, mais parce que c'est efficace : comprendre n'empêche pas d'agir. On renonce au ressentiment, pas à la réponse ; la question n'est plus « le mérite-t-il ? » mais « qu'est-ce qui rendra les choses meilleures ? ».
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Ne plus tenir de comptes
0Il faut se déprendre de l'attribution même : nul n'est l'auteur ultime de ce qu'il est, et nos actes sortent de nous comme les fruits de l'arbre. À la place du reproche et de la fierté viennent d'autres réponses : comprendre, plaindre, se réjouir ou rire, comme on répond à la beauté d'un geste ou à la tristesse d'un naufrage, sans chercher de coupable. Ce n'est pas l'indifférence : c'est la fin du tribunal, non la fin des affects.
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- Descriptif QuestionLa loterie du mérite
Deux chauffards identiques, un enfant traverse devant un seul : le hasard fait l'un meurtrier et l'autre chanceux. Et ce que nous louons, talents, caractère, n'a pas été choisi davantage : si la chance imprègne tout, que reste-t-il du mérite propre ?
la part de chance dans le mérite
Sous-problèmes creuser la discussion de cet axe
- DescriptifResponsable de son caractère ?
L'homme ivre ne se contrôle plus, mais il s'est rendu tel, verre après verre : pour Aristote, on impute la disposition qu'on a laissée croître. Mais pour être comptable de son caractère, ne faudrait-il pas l'avoir choisi, et ainsi à l'infini ?
la disposition acquise - DescriptifTout comprendre, est-ce tout excuser ?
Si chaque acte a ses causes, l'excuse valable pour l'un, la tumeur, la contrainte, devrait valoir pour tous, et plus personne ne serait blâmable. À moins que l'excuse ne distingue précisément entre des causes, et que comprendre ne soit pas excuser.
l'excuse universelle - PrescriptifMoralePeut-on renoncer au ressentiment ?
Un monde guéri du ressentiment serait-il plus doux ou moins humain ? Renoncer à en vouloir, est-ce une sagesse accessible, ou la fin des relations de personne à personne ?
le ressentiment - PrescriptifPolitique et droitDu blâme à la peine
Si nul ne mérite au fond, la rétribution s'effondre, mais faut-il la pleurer ? Protéger, dissuader et réparer suffisent peut-être à fonder la peine, sans jamais parler de dette.
la peine méritée - DescriptifMérite réel ou pratique nécessaire ?
Attribuer des torts suppose-t-il un mérite fondé en métaphysique, ou la pratique se porte-t-elle elle-même, aucune découverte sur le déterminisme ne pouvant nous faire traiter les personnes en objets ?
le fondement de l'attribution