Rapport à soi· Exister
Se préparer au passage
Axe: La mort — Quelle attitude adopter face à la mort ?
La mort n'est pas un mur mais un seuil : l'attitude juste est de s'y préparer par la manière dont on vit, et de l'aborder dans la confiance. C'est l'ars moriendi des traditions : apprendre à bien mourir est une part d'apprendre à bien vivre, et la sérénité du dernier passage se cultive dès maintenant.
Courants 3
Platonismeexplicite
Le platonisme affirme l'immortalité de l'âme, démontrée dans le par sa parenté avec les Idées et son caractère simple et indissoluble. La mort n'est que la séparation de l'âme et du corps, et le philosophe s'y exerce sa vie durant.
Platon, Phédon, 64a, 78b-80b, la mort comme exercice · Platon, République, 608d-611a, l'immortalité de l'âme
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Vedānta (Advaita)inférable
Pour le védânta, le Soi (atman) est éternel et ne meurt pas : la mort n'atteint que le corps et la personne empirique, tandis que l'atman transmigre de vie en vie selon le karma. C'est donc d'abord un immortalisme (le Soi survit, indestructible), doublé d'un passage (la mort n'est qu'une étape) et d'une préparation (bien mourir oriente la suite), jusqu'à la libération (moksha) qui dissout la transmigration elle-même.
Bhagavad-Gita, II · Katha Upanishad
Bouddhismeinférable
Pour le bouddhisme, la mort n'est ni anéantissement d'un soi ni survie d'une âme, mais un passage dans le cycle des renaissances réglé par le karma : une simple étape, à préparer pourtant avec soin, car l'état d'esprit du mourant oriente la renaissance, et quelque chose se continue sans qu'aucune âme permanente ne demeure. Une position d'équilibre, jusqu'à la libération qui seule arrête le cycle.
Bardo Thödol (Livre des morts tibétain) · Suttas sur la renaissance
Philosophes 10
Thomas d'Aquinexplicite
La mort sépare l'âme du corps, mais l'âme intellective, parce qu'elle subsiste par elle-même, ne périt pas : elle survit dans l'attente de la résurrection des corps, où l'homme sera de nouveau complet. La mort n'est donc ni un pur néant ni l'horizon ultime, mais un passage vers la vie éternelle et, pour le juste, vers la vision de Dieu. C'est un immortalisme proprement chrétien, qui conjugue l'immortalité de l'âme et la résurrection de la chair.
Somme théologique, Ia, q. 75, a. 6 ; Suppl., q. 75
Platonexplicite
Le ne pose pas la survie, il l'argumente, par quatre preuves enchaînées : la génération des contraires, l' qui suppose une connaissance antérieure à la naissance, l'affinité de l'âme avec l'intelligible simple et indestructible, enfin l'argument de l'essence, l'âme portant en elle la vie ne pouvant admettre son contraire. Le raisonnement s'appuie sur le de l'âme et du corps : ce qui est simple ne se décompose pas, donc ne périt pas. La mort cesse alors d'être un anéantissement pour devenir le passage de l'âme vers l'intelligible, et la philosophie elle-même, comme détachement du corps, en est l'apprentissage anticipé.
Phédon, 64a, 102a-107b · République, X, 614a-621d (mythe d'Er)
Plotinexplicite
L'âme étant une substance simple, immatérielle et apparentée à l'intelligible, elle ne se décompose pas et survit à la dissolution du corps : Plotin reprend et développe l' du de . La mort n'est qu'un dépouillement, la libération de l'âme hors de son enveloppe corporelle, et donc rien de redoutable pour qui a déjà appris à vivre tourné vers le haut. Le sage s'y exerce dès cette vie, en détachant son moi véritable du corps.
Ennéades, IV, 7 (De l'immortalité de l'âme) · Ennéades, I, 9 (Du suicide raisonnable)
Descartesexplicite
Le dualisme cartésien sépare réellement l'âme, substance pensante, du corps, substance étendue : rien dans la nature de l'esprit ne dépend du corps, dont la mort ne saurait donc l'atteindre. Descartes présente comme un but explicite des Méditations de démontrer, contre les libertins, l'immortalité de l'âme. La mort n'est que la défaillance d'une machine, l'âme lui survivant.
Méditations métaphysiques, Épître dédicatoire et VI
Śaṅkaraexplicite
Le soi () n'est jamais né et ne meurt jamais : la mort n'affecte que le composé corps-mental, non la conscience qui en est le témoin. À cet égard, Śaṅkara relève de l'immortalisme, la vie présente étant un passage en vue de la délivrance. Mais l'encodage demande une nuance : ce qui est immortel n'est pas l'âme individuelle, qui se défait avec ses renaissances, mais le soi impersonnel identique en tous. Pour qui a réalisé cette identité, la mort n'est même plus un événement à craindre, ce qui ajoute une coloration proche du « la mort n'est rien » : elle ne peut rien retrancher à ce qui, par essence, n'a jamais été dans le temps.
Commentaire sur la Bhagavad Gītā, II, 11-30 · Commentaire sur la Kaṭha Upaniṣad
Kantexplicite
La raison théorique ne peut prouver que l'âme survit au corps, mais la raison pratique le postule : la loi morale commande une perfection que nulle vie finie n'achève, ce qui exige un progrès indéfini, donc l'immortalité de l'âme. Immortalité non démontrée mais postulée, croyance rationnelle adossée à la moralité.
Critique de la raison pratique, Dialectique, II
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Leibnizinférable
Chez Leibniz, aucune substance ne périt vraiment : la monade est indestructible, et ce qu'on nomme mort n'est qu'une enveloppe et une diminution, non un anéantissement. L'âme rationnelle conserve de surcroît son individualité, sa mémoire et son identité morale, gage d'une immortalité personnelle requise par la justice divine.
Monadologie, §§ 73-77 · Discours de métaphysique, § 34
Lockeinférable
Chrétien, Locke attend une vie future, mais la fonde sur la résurrection promise plutôt que sur une immortalité naturelle de l'âme, dont il doute (il envisage même une matière capable de penser). C'est Dieu qui ressuscite et récompense, l'au-delà étant un don, non une propriété intrinsèque de l'esprit.
Le Christianisme raisonnable · Essai sur l'entendement humain, IV, 3
Le Bouddhainférable
Pour le Bouddha, la mort n'est ni l'anéantissement d'un soi (il n'y a pas de soi permanent, ) ni la survie d'une âme, mais un passage dans le cycle des renaissances commandé par le karma : une simple étape, à préparer pourtant avec soin, car l'état d'esprit du mourant oriente sa renaissance, et quelque chose se continue sans qu'aucune âme ne demeure. Une position d'équilibre, jusqu'à la libération qui seule arrête le cycle.
Suttas sur le karma et la renaissance · Bardo Thödol (tradition tibétaine)
Nāgārjunainférable
Nagarjuna reprend la vue bouddhiste de la mort comme passage dans le cycle des renaissances, mais la lit à la lumière de la vacuité : naissance et mort sont elles-mêmes vides de nature propre. La mort n'est donc ni un terme absolu ni la survie d'une âme, mais une transition conditionnée, une étape parmi d'autres, jusqu'à ce que la sagesse défasse le cycle. Position d'équilibre, sans le pôle du refus.
Stances du milieu (Mūlamadhyamakakārikā), XXV
Personnages 1
Antigoneexplicite
Prologue · Deuxième épisode (v. 460-464)
- PrescriptifExistentielle Expérience de penséeLa finitude, un bien ?
Une vie sans terme finirait-elle par se vider de sa saveur, passions émoussées, tout déjà vécu ? Si oui, ce n'est pas malgré la mort mais grâce à elle que nos jours comptent.
une vie entière - PrescriptifExistentielleLa mort des autres
La mort nous atteint d'abord dans celle de ceux que nous aimons : ce deuil n'est-il « rien », ou nous apprend-il, mieux que toute théorie, ce que mourir veut dire ?
la mort d'un proche - PrescriptifMoraleChoisir sa mort
Devant une vie devenue insupportable, mettre fin à ses jours est-il l'ultime liberté, la « porte ouverte » des stoïciens, ou une faute envers soi et envers les autres ?
mettre fin à sa vie - DescriptifQuelque chose survit-il ?
L'âme, ou quelque chose de nous, échappe-t-il à la dissolution du corps, ou la conscience s'éteint-elle avec lui : et si une part survivait, serait-ce encore vraiment nous ?
l'âme