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Rapport à soi· ExisterOpinion commune

Refuser la mort

Axe: La mortQuelle attitude adopter face à la mort ?

La mort est un mal réel, le scandale absolu : rien ne la justifie ni ne la rachète. La juste attitude n'est pas de l'apprivoiser mais de la refuser, de la révolte métaphysique qui ne bénit jamais l'inacceptable jusqu'au combat concret pour la reculer ou la vaincre. Consentir serait trahir ce que la vie a d'irremplaçable.

Qui défend cette position

Courants 1

Transhumanismeexplicite

Le transhumanisme rompt avec les sagesses de l'acceptation : la mort n'est ni un néant indifférent, comme chez , ni l'horizon qui donnerait son prix à la vie, comme chez , mais le plus grand des dommages et un problème technique. Le vieillissement y est requalifié en maladie guérissable. C'est la révolte portée à son terme : refuser la finitude comme une injustice à combattre, non comme un destin à apprivoiser.

Bostrom, « The Fable of the Dragon-Tyrant » · de Grey, Ending Aging

Philosophes 2

Afficher les positions inférées (2)
Beauvoirinférable

Pour Beauvoir, la mort n'est jamais naturelle : c'est une violence, un scandale injustifiable qui brise les projets et fait outrage à la vie, fût-elle longue et consentie. À l'accueillir avec sérénité, elle préfère la révolte et l'indignation, refusant de parer d'un sens ce qui n'est qu'une défaite. La mort des siens, vécue de près, lui apparaît comme une rupture inacceptable, non comme un accomplissement.

Une mort très douce · La Vieillesse

Camusinférable

La mort est le scandale par excellence : l'horizon qui révèle et ruine tout espoir, mais que Camus refuse d'accueillir avec sérénité. À la résignation comme à l'espérance d'un au-delà, il oppose la révolte : mourir irréconcilié, lucide et insurgé, sans appel ni consolation. C'est dans ce refus obstiné, non dans l'acceptation, que l'homme absurde affirme sa grandeur.

Le Mythe de Sisyphe · L'Homme révolté

Arguments et objections
ArgumentLa révolte lucideAppeler la mort « naturelle » ou « douce », c'est excuser ce qui détruit l'irremplaçable ; la refuser sans illusion, c'est rester fidèle au prix de vivre.
  1. Rien ne rend la mort acceptable : elle anéantit un être unique, sans retour ni réparation. , au chevet de sa mère mourante, refuse le mot qui console : « il n'y a pas de mort naturelle », toute mort est une violence indue, même lorsqu'on la sait venir et qu'on y consent.
  2. Les sagesses de l'acceptation, en la disant « rien », « passage » ou « cours de la nature », lui donnent raison d'avance : elles apaisent le mourant en désarmant sa protestation. Mais s'accorder à ce qui nous nie, c'est trahir ce que la vie a d'irremplaçable.
  3. La réponse d'une conscience lucide n'est donc ni l'illusion ni la résignation, mais la : avec , garder les yeux ouverts sur le scandale et refuser de s'y réconcilier, du refus intérieur qui ne bénit rien jusqu'au combat concret pour reculer la mort.

Donc Donc refuser la mort n'est pas la nier : c'est la seule fidélité possible à la vie qu'elle menace, le « non » qui donne sa forme à notre « oui ».

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ObjectionL'objection de la révolte impuissanteLa mort n'est pas une injustice qu'un tribunal réformerait, mais une loi de la nature : s'y acharner épuise sans rien gagner et empoisonne les jours qui restent.
  1. La révolte suppose un adversaire qu'on peut fléchir. Or la mort n'est pas une injustice qu'un tribunal réformerait : c'est une loi de la nature, aussi sourde à notre colère que la pluie ou la vieillesse.
  2. Se dresser contre l'inévitable, c'est livrer un combat perdu d'avance. le disait : ce ne sont pas les choses qui nous troublent, mais nos jugements sur elles ; exiger que la nature soit autre qu'elle n'est, c'est se condamner à souffrir.
  3. Pire : à fixer la mort comme un ennemi, on lui laisse dévorer chaque instant présent. Le révolté souffre deux fois, de devoir mourir, et de sa rage de devoir mourir, quand la sagesse serait de consentir pour vivre.

Donc Donc la révolte pourrait n'être qu'une agitation stérile : elle ne recule pas la mort d'une heure, et vole au présent la sérénité qui, seule, en dépend.

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ObjectionLe soupçon du ressentimentLa même finitude borne nos jours et leur donne leur poids : dire non à la mort, c'est peut-être dire non à la vie telle qu'elle est, par ressentiment plus que par amour.
  1. voyait dans la révolte contre le temps et l'irréversible « l'esprit de vengeance » : le refus rancunier de ce qui fut et de ce qui doit finir. Se révolter contre la mort, ce serait en vouloir à l'existence de sa condition même.
  2. Or la mortalité ne se détache pas du reste : c'est la même finitude qui borne nos jours et qui leur donne leur saveur, leur urgence, leur poids. Dire non à la mort, c'est dire non à la vie telle qu'elle est, la seule qui soit.
  3. Le refus prend alors le visage de ce qu'il combattait : non plus un amour de la vie, mais une rancune contre elle. La force, dit Nietzsche, n'est pas de maudire ce qui finit, mais de l'aimer au point de le vouloir éternellement : c'est l'.

Donc Donc votre révolte demande à s'examiner : est-elle le comble de l'amour de vivre, ou un contre la vie qui, à force de refuser la mort, refuse aussi le prix qu'elle donne aux jours ?

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Pratiques
Faire sa partExerciceInspirée de Camus

Dans La Peste, montre un médecin, Rieux, qui soigne les malades sans croire vaincre le fléau, « parce qu'il faut les guérir » : refuser la mort, ce n'est pas rêver de l'abolir, c'est ne jamais pactiser avec elle et lui disputer, chaque jour, le terrain qu'on peut. Contre le découragement de l'immense et l'alibi de l'impuissance, cet exercice tourne la en un geste concret et solidaire : tenir son poste là où la mort ou la souffrance sont à portée.

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Problèmes
  • PrescriptifExistentielle
    Avant la naissance, après la mort

    Nous ne pleurons pas le néant qui précédait notre naissance : pourquoi redouter celui qui suivra notre mort ? Et comment la mort serait-elle un mal, s'il n'y a plus personne pour en pâtir ?

    celui qui meurt
  • PrescriptifExistentielle
    La mort des autres

    La mort nous atteint d'abord dans celle de ceux que nous aimons : ce deuil n'est-il « rien », ou nous apprend-il, mieux que toute théorie, ce que mourir veut dire ?

    la mort d'un proche
  • PrescriptifExistentielle
    Survivre dans ses œuvres

    À défaut d'une survie de l'âme, se prolonger dans ce qu'on laisse, des enfants, une œuvre, une trace dans les mémoires : vraie victoire sur la mort, ou consolation qui ne nous concerne plus une fois disparus ?

    ce qui nous survit
  • PrescriptifExistentielle
    Vaincre la mort ?

    Et si la mort n'était plus une fatalité mais une maladie à guérir : devons-nous repousser sans fin nos limites par la technique, ou y a-t-il une sagesse à consentir à notre condition mortelle ?

    la condition mortelle