Antigone
Au nom des lois non écrites, elle brave le décret de l'État.
pièce de théâtre · 441 av. J.-C.
Fille d'Œdipe, Antigone se dresse au cœur de la tragédie de : , nouveau maître de Thèbes, a interdit sous peine de mort d'ensevelir son frère Polynice, tombé en assaillant la cité. Elle se tient dans ce conflit nu entre la conscience d'une jeune femme et le décret du pouvoir, entre ce que la cité ordonne et ce qu'elle croit dû aux dieux et aux siens. Reprise par Anouilh en 1944, elle est devenue la figure même du refus solitaire, celle qui dit non au nom d'une exigence plus haute que l'État.
Les lois non écrites des dieux ne datent ni d'hier ni d'aujourd'hui, et aucun décret d'un mortel ne saurait les abroger.
Je l'ai fait, je ne le nie pas : nul édit de la cité ne me lie là où il commande contre les dieux et contre les miens.
Je suis née pour partager l'amour, non la haine : c'est à mon frère, irremplaçable, que je dois ce que je fais.
La lettre d'un décret humain ne pèse rien contre ce que la justice doit aux morts, et sur ce dû je ne transige pas.
Justification
Prologue · Deuxième épisode (v. 460-464)
Justification
Mise en présence du roi, elle n'esquive ni ne nie : « Je l'ai fait, je ne le nie pas. » Cet aveu frontal est le cœur de sa défiance, elle ne désobéit pas en cachette mais conteste à le droit même de commander cela. Ce qui se joue n'est pas l'anarchie : elle oppose au pouvoir une autre autorité, celle des dieux et du dû envers les morts, plus ancienne que la cité. Là où l'édit prétend lier la conscience, elle pose qu'aucun décret ne fonde une obéissance qui violerait cet ordre supérieur.
Prologue, dialogue avec Ismène : elle annonce qu'elle passera outre l'édit · Deuxième épisode : « Je l'ai fait, je ne le nie pas »
Justification
Face à , elle ne discute pas les termes du décret, elle lui dénie d'emblée la moindre force contre ce que la justice doit aux morts : la règle écrite par un mortel ne pèse rien devant un dû plus ancien qu'elle. Sa conduite n'est pas pour autant une recherche de l'équité souple : là où plaide la mesure et l'obéissance aux plus forts, Antigone tranche sans accommodement, comme si l'esprit de la loi divine ne tolérait aucune nuance. Elle oppose à la lettre du pouvoir, non un compromis, mais une autre lettre, intransigeante.
Deuxième épisode (v. 450-470) : l'édit d'un mortel ne saurait primer les lois des dieux · Prologue : refus de tenir compte de l'interdit malgré les avertissements d'Ismène
Justification
Ce qui la met en mouvement n'est pas un devoir abstrait envers tous les morts, mais un visage : Polynice, son frère. Dès le prologue elle réclame d'agir pour lui, et déclare qu'elle est née pour partager l'amour, non la haine. Elle va plus loin dans un raisonnement célèbre et discuté : un époux ou un enfant pourraient se remplacer, mais un frère, ses parents étant morts, ne reviendra jamais, ce qui rend ce lien de sang irremplaçable et fonde la priorité qu'elle lui accorde. La loi divine qu'elle invoque a beau être universelle dans sa forme, elle l'exerce tout entière pour les siens.
Prologue, dialogue avec Ismène : le devoir envers Polynice · Deuxième épisode (v. 523) : « Je suis née pour partager l'amour, non la haine » · Quatrième épisode (v. 904-915, passage contesté) : un frère est irremplaçable
Justification
Antigone refuse toute dissimulation : elle somme Ismène de proclamer son acte à toute la ville plutôt que de le taire, accomplit le second rite en plein jour et avoue sans détour devant Créon. Le mensonge prudent, même protecteur, lui fait horreur.
Prologue : elle exige qu'Ismène crie l'acte à tous au lieu de le cacher · Premier et deuxième épisodes : prise sur le fait en plein jour, elle avoue aussitôt
Justification
Sommée par de s'expliquer, elle ne plaide pas l'erreur ni l'ignorance : elle oppose à son décret une instance qui le déborde. Ce ne sont pas les dieux qui lui ont défendu d'agir, répond-elle, et un mortel ne saurait avoir la force d'abroger les lois non écrites et inébranlables du ciel, qui ne datent ni d'hier ni d'aujourd'hui. Son geste, accomplir les rites au mépris de l'édit, fait passer cette conviction dans l'acte avant qu'elle ne la formule : l'ordre humain n'est légitime qu'à ne pas heurter ce qui le précède et le surplombe.
Deuxième épisode, face à Créon (v. 450-457), tirade des lois non écrites · Premier épisode, récit du garde : les rites accomplis malgré l'interdit