La finitude, un bien ?
Sur l'axe: La mort · une vie entière
Une vie sans terme finirait-elle par se vider de sa saveur, passions émoussées, tout déjà vécu ? Si oui, ce n'est pas malgré la mort mais grâce à elle que nos jours comptent.
Ce problème est mis en évidence par l'expérience de pensée La vie sans fin :
Elina Makropulos a bu, à trente-sept ans, un élixir qui suspend la mort. Trois siècles plus tard, elle a tout connu, tout aimé, tout perdu plusieurs fois. Les passions se sont émoussées, les rencontres se répètent, plus rien n'a le goût du neuf : sa vie interminable s'est figée dans une indifférence glacée, et elle finit par refuser de renouveler l'élixir, comme on consent enfin au repos. Son histoire pose une question gênante : et si la mort, loin d'être seulement ce qui nous menace, était aussi ce qui donne à nos jours leur prix ?
Bernard Williams, Le cas Makropulos (1973)
Accepteriez-vous une vie sans fin ? Si vous hésitez, qu'est-ce que cela révèle de la place que la mort tient dans une vie qui a du sens ?
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Justification
L'argument repose sur deux prémisses tirées de la physique : tout bien et tout mal résident dans la sensation, et la mort, dissolution des atomes de l'âme, est précisément privation totale de sensation. Il s'ensuit que la mort ne peut être un mal pour personne, car le sujet qui en pâtirait n'existe jamais en même temps qu'elle : tant que nous sommes, elle n'est pas là ; quand elle est là, nous ne sommes plus. La peur de mourir vise donc un néant, et craindre un état où l'on ne sera pas est aussi vain que de s'affliger du temps d'avant sa naissance. Ce raisonnement, deuxième volet du , retire son objet à l'angoisse qui, selon Épicure, empoisonne toute la vie.
La mort n'est rien pour nous ; car lorsque nous sommes, la mort n'est pas là, et lorsque la mort est là, nous ne sommes plus.Lettre à Ménécée, 125
Lettre à Ménécée, 124-125 · Maximes capitales, II
Repères: Williams · Heidegger · Épicure