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Rapport au monde· Esprit et conscience

Idéalisme

Axe: Nature du réelDe quoi la réalité est-elle faite : de matière, d'esprit, ou des deux ?

Le fond du réel n'est pas la matière, mais l'idée : des réalités intelligibles, que seule la pensée peut saisir, font que les choses sont ce qu'elles sont. Selon les versions, le monde sensible participe d'essences qui existent indépendamment de nos esprits, déploie une pensée qui s'y réalise, ou n'existe que pour un esprit qui le perçoit. La matière, loin d'être première, en dépend.

Qui défend cette position

Courants 4

Idéalisme allemandexplicite

L'idéalisme allemand porte l' à son sommet : le fond du réel n'est pas la matière mais l'esprit. Mais ce n'est plus l'idéalisme d'un , pour qui les choses n'existent qu'en tant que perçues par des esprits finis : c'est un idéalisme absolu, où la nature et l'histoire sont les moments d'un même Esprit qui se pense et se reconnaît dans son autre. pose l'identité de la nature et de l'esprit ; fait de la substance un sujet.

Hegel, Phénoménologie de l'esprit (Préface) · Schelling, Système de l'idéalisme transcendantal

Platonismeexplicite

Le réel se mesure à la stabilité de l'être : ce qui demeure identique est plus réel que ce qui flotte entre l'être et le non-être. Or le sensible, toujours en devenir, n'a qu'un être emprunté, tenu par participation (le rapport par lequel le sensible tient son être de l'intelligible) à l'intelligible qui le fonde. De là un dualisme (la division du réel en deux ordres, l'intelligible et le sensible, l'âme et le corps) hiérarchisé, deux mondes mais non à égalité : le sensible est l'ombre, l'intelligible la source. L'allégorie de la caverne en fait un argument sur la condition humaine, prisonnière des copies tant qu'elle n'a pas converti son regard. Contre le matérialisme, ce n'est pas le corps qui fonde l'âme, mais l'intelligible qui fonde le sensible.

Platon, République, 514a-517a, allégorie de la caverne · Plotin, Ennéades, V

Vedānta (Advaita)explicite

Le critère du réel, pour l'Advaita, est la permanence : n'est pleinement réel que ce qui ne se dément jamais à travers les états et ne se résorbe en rien d'autre. Or toute chose multiple naît, change et disparaît, et l'expérience de l'éveil dissout le monde du rêve comme la veille dissout l'illusion : la pluralité n'a donc qu'une réalité empirique, dépendante, superposée par l'avidyā au seul (l'absolu, conscience-être-félicité, sat-cit-ānanda), qui demeure identique. Contre le dualisme du Sāṅkhya, qui pose deux principes irréductibles, l'esprit (puruṣa) et la nature (prakṛti), l'Advaita refuse toute dualité ultime : il n'y a pas deux réels, mais un seul, dont la matière n'est que l'apparaître. Et contre le matérialiste, il objecte que la conscience qui atteste toute chose ne peut elle-même être un objet matériel parmi d'autres.

Śaṅkara, Commentaire des Brahma-Sūtra (Brahma-Sūtra-Bhāṣya), I · Chāndogya Upaniṣad, VI

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Le romantismeinférable

Pour le romantisme philosophique allemand, l'esprit est premier et la nature en est la manifestation visible : loin d'être une matière morte, le monde est l'œuvre et le miroir d'une activité spirituelle qui se cherche en se déployant. pose l'identité de l'esprit et de la nature dans l'absolu, et fait de l'imagination la puissance qui constitue le réel autant qu'elle le découvre.

Schelling, Système de l'idéalisme transcendantal · Novalis, Fragments

Philosophes 10

George Berkeleyexplicite

Berkeley part d'une remarque empiriste simple : tout ce dont j'ai l'idée, je l'ai par les sens, donc comme une perception. Or supposer derrière mes perceptions une matière qui existerait sans être perçue, c'est supposer l'idée d'une chose dont, par définition, je ne puis avoir aucune idée : contradiction. Il retourne ainsi l'empirisme de contre la matière même : ce que nous appelons les corps n'est qu'une collection réglée d'idées sensibles, et exister, pour elles, c'est être perçues. Reste ce qui perçoit, l'esprit, seule substance véritable. Loin de nier le monde, il prétend le sauver du scepticisme en supprimant le voile d'une matière inconnaissable interposée entre nous et lui.

Principes de la connaissance humaine, §§3-7 · Trois dialogues entre Hylas et Philonous, I

Hegelexplicite

Le vrai ne se laisse pas penser comme une matière inerte que l'esprit observerait du dehors : il faut le saisir aussi comme sujet. Le réel est l'Idée qui se déploie, s'extériorise, puis revient à soi en se connaissant ; sa structure est rationnelle, et la matière n'a de vérité que par la pensée qui la traverse. Que la portée de cet idéalisme soit cosmique ou seulement logique partage encore les lecteurs.

Phénoménologie de l'esprit, Préface · Science de la logique, Doctrine du concept

Śaṅkaraexplicite

Une seule réalité existe sans second, le , pure conscience : ni la matière ni la multiplicité des choses ne sont des substances autonomes. Le monde des objets n'est pas un pur néant, mais il n'a qu'une réalité empirique (vyāvahārika), surimposée sur le brahman par l'ignorance, comme on voit un serpent là où il n'y a qu'une corde. Cet idéalisme est sui generis : il ne fait pas du monde le contenu d'un esprit fini, à la manière de , mais le rapporte tout entier à l'unique conscience absolue dont les choses ne sont que l'apparence. La question n'est donc pas « esprit ou matière ? » mais « le multiple est-il réel ? », à quoi Śaṅkara répond par la non-dualité.

Commentaire sur les Brahma Sūtra, I, 1, 1-4 · Upadeśasāhasrī

Schopenhauerexplicite

Le premier livre du part d'un constat kantien radicalisé : le monde n'existe que comme , sous les formes a priori de l'espace, du temps et de la causalité. Mais là où laissait la inconnaissable, Schopenhauer soutient que nous y avons un accès unique : notre corps, connu du dehors comme représentation et du dedans comme volonté. Le matérialisme est réfuté comme la philosophie « du sujet qui s'oublie lui-même dans son calcul » ; son idéalisme reste pourtant singulier, puisque le fond du réel n'est pas esprit mais vouloir aveugle.

Le Monde comme volonté et comme représentation, livre I, §1

Leibnizexplicite

Ce qui est composé suppose du simple, car un agrégat n'emprunte sa réalité qu'à ses éléments : il doit donc exister des substances simples, sans parties, les monades. Or la matière, indéfiniment divisible et étendue, n'est jamais simple : les vrais atomes de la nature ne peuvent être matériels mais d'ordre spirituel, des unités dont l'essence est perception et appétition. La matière étendue n'a plus dès lors qu'une réalité dérivée, celle d'un phénomène bien fondé résultant de l'agrégation des monades. Cet répond au problème de l'unité du réel que l'étendue cartésienne, toujours sécable, ne pouvait fonder ; il garde une teinte dualiste, l'ordre des corps et celui des âmes restant distincts mais accordés.

Monadologie, §1-7 (les monades, substances simples sans fenêtres) · Lettres à De Volder et à Des Bosses (phénomènes bien fondés)

Kantexplicite

Si l'esprit se réglait sur les objets, on ne saurait jamais rien d'eux a priori ; renversons l'hypothèse, comme Copernic plaça l'observateur au centre, et faisons que les objets se règlent sur notre connaissance. Alors l'espace, le temps et les catégories ne sont pas des traits des choses mais les formes du sujet sous lesquelles seules un objet peut nous apparaître. La conséquence est l'idéalisme transcendantal : nous ne connaissons que des phénomènes, jamais la . Cette borne sauve la science (les lois valent nécessairement pour tout phénomène) sans verser dans l'idéalisme de , car la chose en soi demeure ; le dualisme phénomène / noumène ainsi maintenu interdit le pôle pleinement idéaliste.

Critique de la raison pure, Esthétique transcendantale · Prolégomènes à toute métaphysique future, §13

Platonexplicite

L'argument part d'un constat hérité d'Héraclite : le sensible est en flux perpétuel, et de ce qui ne cesse de devenir on ne peut avoir de science. Si pourtant nous connaissons l'égal, le juste, le cercle, c'est qu'il existe des objets stables et intelligibles dont les choses sensibles ne sont que des reflets imparfaits : voilà le degré supérieur de réalité. L'allégorie de la caverne, où les prisonniers prennent les ombres pour le réel, dramatise ce . Subsiste pourtant un dualisme que Platon ne résorbe pas, deux ordres distincts maintenus côte à côte, dont le rapport de « participation » demeure problématique, comme il le reconnaît lui-même dans le Parménide.

République, VII, 514a-518b (allégorie de la caverne) · Timée, 27d-29d

Plotinexplicite

Le réel se déploie en une hiérarchie de degrés d'être, de l' à la matière : plus une chose est une et intelligible, plus elle est réelle ; plus elle est dispersée dans le sensible, moins elle l'est. Le monde sensible n'est donc pas illusoire mais c'est le degré le plus bas, une image affaiblie produite par l' qui ordonne et anime le cosmos. La matière, au bas de l'échelle, est presque néant, pur manque. Cette priorité de l'esprit penche fortement vers l'idéalisme, mais c'est une gradation platonicienne, et non l'idéalisme d'un pour qui être c'est être perçu : il subsiste une dualité de l'intelligible et du sensible, d'où un poids résiduel au dualisme.

Ennéades, V, 1 et V, 2 · Ennéades, IV, 8 (De la descente de l'âme dans les corps)

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Charles Sanders Peirceextrapolée

Dans sa métaphysique tardive et spéculative, Peirce se dit : la seule théorie intelligible de l'univers fait de la matière un esprit affaibli, des habitudes invétérées au point de devenir des lois physiques. Ce n'est ni le matérialisme qui réduit l'esprit à la matière, ni l'idéalisme subjectif de pour qui le monde n'existe que perçu : l'esprit y est premier et objectif, et la continuité () interdit de séparer les deux en substances. La position reste fragile, énoncée dans des textes programmatiques et inachevés, d'où un statut extrapolé.

L'architecture des théories (1891)

Husserlinférable

Après la réduction, Husserl soutient que toute objectivité est constituée par la conscience transcendantale : le monde n'a de sens et de validité d'être que comme corrélat des actes qui le visent, jamais comme une réalité absolue posée hors d'eux. C'est un , mais qu'il faut distinguer avec soin de celui de : il ne nie pas l'existence du monde et ne le résout pas en sensations dans un esprit ; il analyse comment le monde se donne et fait sens pour une conscience. Le réel n'est pas une illusion, il est ce qui se constitue dans et pour la subjectivité ; reste une part de réalisme, car la chose perçue garde sa transcendance face à la conscience, se donnant toujours par esquisses, jamais épuisée.

Idées directrices (Ideen I), §49-55 · Méditations cartésiennes, Méditation IV