Rapport au monde· Esprit et conscience
Dualisme
Axe: Nature du réel — De quoi la réalité est-elle faite : de matière, d'esprit, ou des deux ?
Le réel comporte deux ordres irréductibles : la matière, étendue et mesurable, et l'esprit, immatériel et conscient. Aucun des deux ne se réduit à l'autre, même s'ils se rencontrent en nous, où corps et pensée interagissent.
Philosophes 7
Descartesexplicite
Le réel se partage en deux substances irréductibles : la chose pensante (res cogitans), dont l'essence est la pensée, et la chose étendue (res extensa), dont l'essence est l'étendue géométrique. C'est le dualisme cartésien, qui fonde la possibilité d'une physique entièrement matérielle et d'une âme immatérielle.
Méditations métaphysiques, VI · Principes de la philosophie, I, art. 51-54
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Thomas d'Aquininférable
Thomas n'est ni matérialiste, le réel comportant des substances spirituelles (Dieu, les anges, l'âme intellective), ni idéaliste, le monde sensible ayant une consistance propre. Sa position approche d'un dualisme modéré : la créature humaine est composée d'un corps matériel et d'une âme spirituelle subsistante, mais ce dualisme est tempéré par l'unité hylémorphique, qui refuse de tenir l'homme pour deux substances juxtaposées comme le fera .
Somme théologique, Ia, q. 75-76
Lockeinférable
Locke admet une réalité corporelle dotée de qualités premières (étendue, figure, mouvement) que nos idées copient, mais aussi un esprit pensant ; et il avoue ne pas savoir si Dieu n'aurait pu donner à la matière la faculté de penser. Ce dualisme prudent du corps et de l'esprit, doublé d'un solide réalisme des corps, écarte aussi bien l'idéalisme que le matérialisme strict, d'où des poids partagés entre matérialisme et dualisme.
Essai sur l'entendement humain, II, ch. 8 (qualités premières et secondes) et IV, ch. 3, §6 (la matière pensante)
Beauvoirextrapolée
Beauvoir n'élabore pas de métaphysique systématique, mais sa phénoménologie d'inspiration existentialiste suppose une réalité matérielle et corporelle première, comprise à travers la conscience qui lui donne sens. Le corps, ni pure chose ni pure idée, est vécu comme situation, ce qui interdit de la ranger franchement dans le matérialisme ou l'idéalisme.
Le Deuxième Sexe (1949), "Les données de la biologie" et le corps comme situation
Sartreinférable
L'ontologie de L'Être et le Néant oppose deux régions d'être : l'en-soi, plein, opaque, ce qu'il est, et le pour-soi, la conscience, néant qui fait surgir le monde et les significations. Ce n'est pas un dualisme de substances à la , car le pour-soi n'est aucune chose pensante, mais une fissure dans l'être ; ce n'est pas non plus un matérialisme, la conscience n'étant pas réductible à l'en-soi. La position se tient entre une base d'être brut et l'irréductibilité du surgissement conscient, d'où des poids partagés.
L'Être et le Néant, Introduction (l'en-soi et le pour-soi)
Humeinférable
Hume suspend toute thèse forte sur la nature ultime du réel : il tient pour une fiction la croyance à l'existence continue et indépendante des corps comme à une substance spirituelle, sans pour autant les nier dans la vie courante. Ce sur la substance, matérielle ou immatérielle, interdit de le classer franchement et donne des poids quasi équilibrés, avec une pointe vers le doute dualiste hérité de l'examen des perceptions.
Traité de la nature humaine, I, partie IV, sect. 2 (du scepticisme à l'égard des sens) · Traité de la nature humaine, I, partie IV, sect. 5 (de l'immatérialité de l'âme)
Spinozainférable
Spinoza est moniste : une seule substance, Dieu ou la Nature, dont la pensée et l'étendue sont deux attributs exprimant la même réalité sous deux aspects (l'ordre et la connexion des idées sont les mêmes que l'ordre et la connexion des choses). Sa position ne se range donc dans aucune des trois cases : elle se tient au centre, ni matérialiste (l'étendue n'est pas première) ni idéaliste (la pensée non plus), et son dualisme des attributs n'est pas le dualisme de deux substances. D'où des poids quasi égaux.
Éthique, II, prop. 7 (parallélisme des idées et des choses) · Éthique, I, déf. 4 et prop. 14 (les attributs de la substance unique)