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Rapport aux autres· Pouvoir et justice

Égalitarisme

Axe: Justice distributiveComment les richesses et les ressources doivent-elles être réparties dans la société ?

Une société juste corrige les inégalités qui ne résultent pas des choix de chacun : naissance, talents, circonstances. La redistribution n'est pas une atteinte à la liberté, mais la condition d'une coopération équitable entre citoyens.

Qui défend cette position

Courants 2

Marxismeexplicite

L'argument part d'une analyse, non d'une indignation : le salaire paie la valeur de la force de travail (ce qu'il faut pour la reproduire), mais l'ouvrier produit davantage que cela, et ce surplus, la plus-value, est capté par le propriétaire des moyens de production. L'exploitation n'est donc pas un abus ni une injustice contingente, mais le mécanisme normal du profit, dissimulé sous l'apparence d'un échange libre et équitable entre salaire et travail. C'est récuser à la fois l'économie politique classique, qui prenait cet échange pour juste, et le libertarianisme de marché : tant que la propriété privée des moyens de production subsiste, l'égalité formelle masque une domination réelle, que seule une société sans classes peut lever.

Marx, Critique du programme de Gotha (1875) · Marx, Le Capital, livre I, section sur la plus-value

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Utilitarismeinférable

Le bonheur de chacun pèse d'un poids égal dans le calcul, et l'utilité marginale décroissante donne au courant un penchant redistributif modéré : un même bien profite davantage à qui en a moins. Cette tendance reste cependant prudente, car l'utilitarisme est agrégatif et non strictement égalitariste : il maximise la somme du bien-être plus qu'il n'en égalise la répartition, ce qui pourrait en principe justifier d'accroître la souffrance d'un petit nombre pour augmenter le total.

Sidgwick, Les Méthodes de l'éthique · Mill, L'Utilitarisme, chapitre 5

Philosophes 7

Marxexplicite

La propriété privée des moyens de production n'est pas, pour Marx, un droit naturel mais le ressort même de l'exploitation : c'est elle qui permet de capter le surtravail de l'ouvrier, si bien que la justice distributive ne s'obtient pas en partageant mieux dans ce cadre mais en abolissant ce cadre. Il refuse pourtant d'ériger l'égalité abstraite en idéal : un droit qui mesure tous les hommes à la même aune reste un droit inégal, car les besoins diffèrent. Le communisme achevé fonde donc la répartition sur le besoin, par-delà l'horizon du droit lui-même, ce qui en fait un radical opposé à toute légitimation du mérite ou du marché.

Critique du programme de Gotha (1875) · Manifeste du Parti communiste, ch. 2 (abolition de la propriété privée)

Rousseauexplicite

Le second Discours fait de l'inégalité le mal politique majeur : née de la propriété, elle dénature l'amour de soi en et institue la domination. Pas de liberté réelle là où les écarts de fortune permettent d'acheter et de se vendre. Position résolument égalitariste, qui le sépare du libéralisme lockéen de la propriété et inspirera la pensée révolutionnaire.

Rousseau, Discours sur l'origine de l'inégalité · Rousseau, Du contrat social, II, 11

Benthamexplicite

Dans le calcul du bonheur collectif, chacun doit compter pour un, et nul pour plus d'un : aucun intérêt ne pèse davantage en raison du rang ou de la naissance. Cet égalitarisme du décompte, conjugué à l'idée de l'utilité marginale décroissante des richesses, oriente Bentham vers une répartition plus égale du bien-être, sans pour autant qu'il prône une stricte égalité des biens, qui ruinerait la sécurité.

Principes du code civil (l'utilité décroissante de la richesse, sécurité et égalité) · Formule rapportée par J. S. Mill, L'utilitarisme, ch. V

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Beauvoirextrapolée

Proche du marxisme et engagée à gauche, Beauvoir voit dans les inégalités matérielles une entrave concrète à la liberté des opprimés : la libération exige de transformer les conditions économiques et sociales, et non seulement les mentalités. Cette pente égalitariste reste toutefois inférée de ses engagements plus que d'une théorie systématique de la justice distributive.

Le Deuxième Sexe (1949), conditions matérielles de l'émancipation · La Force des choses (1963), engagements de gauche

Millinférable

Soucieux de la condition ouvrière, Mill critique la répartition des richesses issue du laissez-faire et se montre, dans ses dernières années, favorable à des formes de socialisme coopératif et à des limites à l'héritage. Le principe d'utilité, qui compte également le bonheur de chacun, et l'utilité marginale décroissante du revenu inclinent sa justice distributive vers l', sans abolir le marché.

Principes d'économie politique (1848), livre II (de la distribution, du socialisme et de l'héritage) · L'Utilitarisme, ch. 5 (chacun compte pour un, le bonheur de tous également)

Confuciusinférable

Confucius s'inquiète moins de la pauvreté que de l'inégalité et du désordre : ce qui afflige le gouvernant, ce n'est pas le petit nombre mais l'inégalité, non la pauvreté mais l'instabilité. Le souverain doit pourvoir au bien-être du peuple avant de l'instruire, ce qui dénote une sensibilité à la répartition équitable des ressources, dans le cadre d'un ordre hiérarchique.

Entretiens, XVI, 1 (ce qui afflige n'est pas la pauvreté mais l'inégalité) · Entretiens, XIII, 9 (enrichir le peuple, puis l'instruire)

Platoninférable

La justice de la cité repose sur une répartition selon la fonction et l'aptitude naturelle de chacun : à chacun la tâche pour laquelle son âme est faite, et la communauté des biens chez les gardiens supprime la richesse privée comme source de discorde. Le principe « à chacun selon sa nature et sa fonction », étranger au mérite marchand, penche vers une distribution fixée par le tout plutôt que par le libre échange.

République, IV, 433a-434c · République, III, 416d-417b

Arguments et objections
ArgumentL'argument de la loterie naturelleLa place d'où chacun part, ses talents, sa naissance, tient à une loterie qu'il n'a pas choisie ; laisser ces avantages fixer les parts récompense l'arbitraire. Le juste est ce que nous choisirions sans connaître notre place, ce qui n'autorise les inégalités que si elles profitent aux plus défavorisés.
  1. La place d'où chacun part dans la vie, sa famille, son époque, ses talents, sa santé, tient à un tirage au sort dont il n'est pas l'auteur : personne ne choisit de naître doué plutôt que fragile, dans un milieu aisé plutôt que démuni.
  2. Des institutions qui laissent ces avantages non choisis se convertir directement en revenus et en pouvoir récompensent donc ce que nul n'a mérité : elles consacrent la chance, non le seul effort. Car nul n'est l' des dons qui lui sont échus.
  3. Une règle de partage est équitable si chacun pouvait y consentir sans savoir d'avance quelle place il occupera, riche ou pauvre, doué ou non. Ce point de vue impartial, on peut le figurer par un .
  4. Or, à cette place, nul ne parierait sur une société qui l'abandonne s'il tombe au plus bas : on n'accepterait des inégalités que si elles améliorent aussi le sort des plus défavorisés.

Donc Donc une société juste corrige les inégalités issues de la loterie naturelle et ne tolère que celles qui profitent aussi aux plus mal lotis : ni nivellement autoritaire, ni loi du plus doué.

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ObjectionAttaque le raisonnementNon mérité n'est pas à redistribuerL'argument de la loterie tire de « nul ne mérite ses dons » la conclusion « la société peut en redistribuer les fruits ». Mais entre les deux manque une prémisse, que les talents soient un patrimoine commun, qui est justement ce qui est en cause.
  1. L'argument accorde d'abord que nul ne mérite ses talents, puis en conclut que la société peut en redistribuer les fruits.
  2. Mais « ne pas mériter » quelque chose ne veut pas dire que d'autres y aient droit : de ce que je ne mérite pas la couleur de mes yeux ou l'affection de mes proches, il ne suit pas qu'elles appartiennent à la collectivité.
  3. Entre « nul ne mérite ses dons » et « la société peut en disposer », il manque une prémisse : que les talents de chacun soient un patrimoine commun. Or c'est justement ce qui est en cause.

Donc Donc l'argument saute du non-mérité au redistribuable : ôtez la prémisse cachée d'une propriété collective des talents, et la loterie naturelle ne justifie plus la redistribution.

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ObjectionAttaque la position Expérience de penséeWilt Chamberlain, la liberté contre l'égalitéMaintenir une répartition égale exige d'interdire sans cesse les échanges libres : la liberté défait tout schéma imposé.
  1. Partons d'une répartition que l'égalitariste juge parfaitement juste, égale si l'on veut.
  2. Chacun, de son plein gré, glisse une petite pièce à qui il admire, un joueur, un artiste ; à la fin, celui-ci est bien plus riche que les autres, sans que personne ait été lésé.
  3. Si le départ était juste et chaque transfert libre, à quel moment l'injustice serait-elle apparue ? Pour rétablir l'égalité, il faudrait défaire ces échanges, donc interdire aux gens d'user comme ils l'entendent de ce qui leur revient.

Donc Donc vouloir maintenir un schéma de répartition, c'est devoir contrôler sans fin la vie des personnes : la liberté défait les schémas.

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Fondements et implications
↑ Ce qui la fondeÉgalitarisme — Justice distributive!ÉgalitarismeJustice distributive
Prescriptif
Constructivisme politique — Nature des droits=ConstructivismepolitiqueNature des droits
Descriptif
Contractualisme — Origine du lien social=ContractualismeOrigine du lien social
Descriptif
Individualisme — Individu et société=IndividualismeIndividu et société
Descriptif
Une feuille, une application qui ne fonde rien d'autre ici.

Ce qui la fonde

Nature des droits

Si les droits sont les termes d'une coopération équitable choisis entre égaux, une société juste doit corriger les inégalités que nul n'a méritées, celles de la naissance et des talents. Le constructivisme politique fonde l'égalitarisme : Rawls n'admet les inégalités que si elles profitent aussi aux plus défavorisés.

Ce qu'elle implique

Une feuille, une application qui ne fonde rien d'autre ici.

Problèmes
  • PrescriptifPolitique et droit
    L'égalité de quoi ?

    Pour répartir équitablement, faut-il égaliser les revenus, les ressources, le bien-être ou les capacités réelles d'agir ? On ne peut être juste sans dire d'abord de quel avantage on parle.

    l'avantage à répartir
  • PrescriptifMorale
    Mérite ou loterie naturelle ?

    Méritons-nous les fruits de talents et d'efforts dont nous ne sommes pas les auteurs ultimes ? Si nos dons tiennent à une loterie naturelle, la méritocratie est-elle juste ?

    le mérite
  • PrescriptifPolitique et droit
    À chacun selon quoi ?

    Faut-il répartir selon les besoins, selon le mérite, ou également entre tous ? Trois critères du juste partage qui dessinent trois sociétés différentes.

    la part de chacun
  • PrescriptifPolitique et droit Expérience de pensée
    Un résultat juste, ou des échanges justes ?

    Une répartition est-elle juste selon le résultat qu'elle produit, un certain partage des richesses, ou selon la manière dont chacun a légitimement acquis ce qu'il détient, par le travail et l'échange libre ?

    une répartition
  • PrescriptifPolitique et droit Expérience de pensée
    Choisir sans connaître sa place

    Quels principes de partage choisirions-nous si nous ignorions la place que nous occuperons, riches ou pauvres, doués ou non ? Ce voile garantit-il l'impartialité, ou la fausse-t-il ?

    les principes de la société
  • PrescriptifPolitique et droit
    Égalité de parts ou de rapports ?

    L'égalité est-elle affaire de parts à répartir, ou d'abord une certaine relation entre les personnes, sans domination ni hiérarchie, où nul ne se trouve au-dessus d'autrui ?

    les rapports sociaux
  • PrescriptifPolitique et droit
    L'égalité contre la liberté ?

    Toute redistribution restreint-elle la liberté de ceux que l'on taxe, ou la liberté réelle suppose-t-elle déjà une certaine égalité des moyens ?

    l'ordre politique