Rapport aux autres· Pouvoir et justicemilieu nommé
Suffisantarisme
Axe: Justice distributive — Comment les richesses et les ressources doivent-elles être réparties dans la société ?
Ce qui importe n'est ni l'égalité parfaite des parts, ni la seule liberté des échanges, mais que personne ne tombe sous un seuil de suffisance. Une société est juste lorsque chacun a assez pour mener une vie digne ; au-dessus de ce seuil, les écarts pèsent beaucoup moins.
Philosophes 2
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Kantinférable
Kant refuse qu'un gouvernement impose aux citoyens sa conception du bonheur : un pouvoir paternaliste serait « le plus grand despotisme ». Mais il ne réduit pas l'État à protéger des possessions acquises hors de toute condition publique, puisque le mien et le tien ne deviennent définitifs que dans l'état civil. Il autorise ainsi l'imposition des possédants pour entretenir ceux qui ne peuvent subvenir à leurs besoins, au nom de la conservation du peuple lui-même. Cette redistribution d'assistance ne vise ni l'égalité des fortunes ni la compensation des inégalités de naissance et de talents.
Doctrine du droit, §41-49 et Remarque générale C · Théorie et pratique, II
Hegelinférable
Hegel défend la propriété comme première réalisation extérieure de la personne, sans faire de l'égalité des possessions une exigence du droit abstrait : ce que chacun possède, et combien, relève de la contingence. Mais cette défense ne transforme pas toute répartition issue du marché en répartition juste : la société civile produit une pauvreté qui exclut ses membres de ses avantages et peut engendrer une populace, privée du sentiment du droit et de l'honneur. L'assistance publique et les corporations de métier doivent répondre à cette exclusion, même si les paragraphes sur le paupérisme avouent une difficulté que Hegel ne résout pas.
Principes de la philosophie du droit, §41, §49, §200 · Principes de la philosophie du droit, §230, §241-245, §252-256
Argument
- Quand l'inégalité nous indigne, regardons ce qui nous indigne vraiment : non que le riche ait dix maisons, mais que le pauvre n'ait pas de toit. C'est le manque, pas l'écart, qui parle à notre sens de la justice.
- Or l'égalité et la suffisance sont deux choses distinctes : on peut égaliser en nivelant par le bas, rendant tout le monde également démuni, sans rien régler ; et l'on peut couvrir les besoins de tous en laissant subsister de grands écarts au-dessus.
- Si c'est le manque qui compte, la juste mesure n'est pas « autant que les autres » mais « assez pour mener une vie digne » : au-dessus de ce seuil, l'écart perd l'essentiel de son poids moral.
Donc Donc la justice ne vise ni l'égalité parfaite des parts ni la seule liberté des échanges, mais un plancher : que nul ne tombe sous le seuil du nécessaire, l'inégalité au-dessus important bien moins.
Voir la pageObjectionAttaque la position
- Le suffisantarisme mesure la justice à un panier de biens : chacun a-t-il assez ? Le seuil atteint, il se déclare satisfait.
- Mais une société peut assurer à tous le nécessaire tout en rangeant les personnes en supérieurs et inférieurs : dépendants d'un patron, d'un mari, d'un bienfaiteur dont il faut quêter la faveur. Le panier est plein, la relation reste celle d'un obligé.
- Or ce qui blesse dans l'inégalité n'est pas seulement le manque, mais d'avoir à courber l'échine, de valoir moins comme personne. L'égalité qui compte est celle des : que nul ne se tienne au-dessus d'autrui.
Donc Donc un plancher de suffisance ne suffit pas : la justice demande aussi que les personnes se tiennent en égales, sans domination, ce qui peut exiger de resserrer des écarts que la seule suffisance laisserait courir.
Voir la page- PrescriptifPolitique et droitJuste assez ?
La justice est-elle satisfaite dès que chacun a de quoi mener une vie décente ? Reste à savoir ce que signifie avoir assez, et au nom de quoi l'on juge un seuil suffisant.
le seuil de suffisance - PrescriptifPolitique et droitLa justice s'arrête-t-elle aux frontières ?
Devons-nous la même justice distributive à l'humanité entière, ou nos obligations de partage s'arrêtent-elles aux membres de notre communauté politique ?
les frontières