Les questions

Rapport au monde· Nature et vivantdifficulté

Générations futures

Avons-nous des devoirs envers les générations futures ?

Peut-on devoir quelque chose à des êtres qui n'existent pas encore, ne réclament rien, et que nos choix feront naître tels ou tels ? Leur faire une place peut peser lourd sur les vivants ; les ignorer, c'est hypothéquer un monde que nous ne verrons pas. Se positionner, c'est dire jusqu'où notre responsabilité s'étend dans le temps.

PrinciperesponsabilitéPriorité auprésent
Les pôles, et qui les tient

3

Notre puissance d'agir s'étend désormais aux conditions de vie des générations à venir : nous avons le devoir d'agir de façon que les effets de nos actions soient compatibles avec . L'avenir lointain entre dans le champ de la morale.

Explorer cette position →
Figures associées: Jonas
Qui se tient ici
Russellexplicite

La menace nucléaire fait apparaître pour Russell une obligation qui n'avait jamais eu d'objet : ce qui est en jeu n'est plus l'intérêt d'un camp mais l'existence de l'espèce, et devant une telle mise il n'y a plus de calcul politique recevable. Il en tire une règle d'argumentation qu'il applique jusqu'à sa mort : dans un débat sur les armes atomiques, il faut d'abord obtenir de l'adversaire qu'il se pense comme membre de l'espèce et non comme partisan. On y reconnaît, par anticipation, une responsabilité envers ce qui n'existe pas encore, que systématisera plus de vingt ans plus tard en principe, sans que Russell en ait donné la théorie.

Manifeste Russell-Einstein (1955) · « Le péril où se trouve l'homme » (1954) · Common Sense and Nuclear Warfare (1959)

Voir plus (2)
Baconinférable

Bacon conçoit son entreprise comme un legs : il sème pour des moissons qu'il ne verra pas, fonde un savoir dont les bénéfices reviendront aux âges futurs et travaille pour la postérité plus que pour son temps. Cette orientation vers ceux qui viendront n'est pourtant pas le principe de préservation d'un , qui veut protéger les générations futures de notre puissance : c'est l'inverse, l'espoir de leur transmettre cette puissance accrue comme un bienfait.

Novum Organum, préface de la Grande Restauration

Marxinférable

Le sens de l'action présente est tout entier l'émancipation des générations futures : le sacrifice révolutionnaire d'aujourd'hui se justifie par la société libérée de demain. Marx critique même l'attitude qui traiterait la terre comme une propriété : nulle société n'en est propriétaire, les hommes n'en sont que les usufruitiers et doivent la léguer améliorée aux générations suivantes, ce qui penche vers une responsabilité envers l'avenir.

Le Capital, livre III, ch. 46 (les hommes ne sont que les usufruitiers de la terre, à léguer améliorée)

0

Nos obligations vont d'abord aux personnes qui existent ici et maintenant : leurs besoins sont réels et urgents, tandis que les intérêts d'individus futurs restent hypothétiques et incertains. Sacrifier le présent à un avenir lointain serait injuste envers les vivants.

Explorer cette position →
pôle sans tradition nommée
Qui se tient ici

Aucune figure ici, dans ce corpus.

Vousvous n'avez pas encore pris position sur cet axe.Situez-vous3 figures · 0 courants cartographiés
Problèmes

Voir la carte des problèmes dans l'Atlas →

  • PrescriptifMorale Expérience de pensée
    Le monde d'après

    Nos choix appauvrissent le monde lointain, mais décident aussi qui y naîtra : ces gens n'existeraient pas sous une autre politique. Peut-on leur nuire, si aucun d'eux n'est plus mal loti qu'il ne l'aurait été, faute d'avoir jamais existé autrement ?

    les gens du futur
Aller plus loin

Sous-problèmes creuser la discussion de cet axe

  • Descriptif
    Un droit sans sujet ?

    Un droit semble exiger un titulaire qui existe ; les êtres futurs n'existent pas encore, ne réclament rien, ne peuvent rien pour nous. Peut-il y avoir une obligation sans réciprocité, sans personne pour la porter, ou notre devoir envers eux repose-t-il sur tout autre chose qu'un droit ?

    un être encore à naître
  • PrescriptifMorale
    Faire naître, ou ne pas nuire ?

    Avons-nous le devoir de faire naître des gens à venir, ou seulement, s'ils doivent exister, de ne pas leur nuire ? Rien ne semble nous obliger à créer des êtres heureux, tandis que créer des êtres misérables serait un tort ; et vouloir maximiser le bonheur total conduit à préférer une multitude de vies à peine bonnes à une petite humanité épanouie.

    la population à venir
  • PrescriptifPolitique et droit
    Un bien lointain vaut-il moins ?

    Un bien ou un mal fait à des gens du futur doit-il compter pour moins du seul fait de sa distance dans le temps, comme le fait le calcul économique qui escompte l'avenir, ou cette préférence pour le présent est-elle une faute morale, un simple manque d'imagination ? Un très faible taux annuel suffit à rendre une catastrophe lointaine presque sans poids aujourd'hui.

    un bénéfice futur

Problèmes liés élargir vers d'autres axes

  • PrescriptifPolitique et droit
    Le partage entre les âges

    Admettons qu'on doive quelque chose au futur : quel est le juste partage des ressources et des charges entre les générations, combien chaque âge doit-il épargner, et qui paie le coût d'éviter un mal lointain, comme le fardeau climatique ?

    les ressources entre générations
  • PrescriptifPolitique et droit
    Les vivants, ou l'héritage ?

    Les vivants ont-ils le droit de réécrire ce que les morts ont bâti, « la terre appartient aux vivants », ou sommes-nous les dépositaires d'un legs que nous devons transmettre aux générations à venir ?

    les générationsTradition et transformation
  • PrescriptifExistentielle
    Pour qui bâtir après soi ?

    Planter un arbre dont on ne verra pas l'ombre : devons-nous quelque chose à ceux qui viendront, qui n'ont rien fait pour nous ? La transmission tourne le présent vers un avenir qui nous dépasse.

    ceux qui viendrontOrientation temporelle

Tous les problèmes →

Citations
Souvenez-vous de votre humanité, et oubliez le reste.
Russell · Manifeste Russell-Einstein (1955), appel final

Voir dans les citations