Rapport aux autres· Pouvoir et justice
Libertarianisme
Axe: Justice distributive — Comment les richesses et les ressources doivent-elles être réparties dans la société ?
Chacun est propriétaire de lui-même et des fruits de son travail. Une répartition est juste dès lors qu'elle résulte d'échanges libres et d'acquisitions légitimes : redistribuer par la contrainte revient à violer les droits des individus.
Philosophes 3
Lockeexplicite
Si la terre est donnée en commun à tous, comment un bien peut-il devenir mien sans le consentement de chacun ? La réponse de Locke part d'un titre antérieur à tout pacte : chacun est propriétaire de sa propre personne, donc du travail de son corps. En mêlant ce travail à une chose commune, j'y incorpore quelque chose qui est déjà mien et l'en retire légitimement, sans devoir l'accord d'autrui. La propriété est ainsi un droit naturel fondé sur le travail, antérieur à l'État, ce qui place Locke du côté de l'axe. Mais la fameuse clause lockéenne, en laisser « assez et d'aussi bon pour les autres », y inscrit d'emblée une limite morale à l'appropriation.
Traités du gouvernement civil, II, ch. 5 (« De la propriété », travail et clause lockéenne)
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Aristoteinférable
La justice distributive suit une égalité proportionnelle (géométrique) : les biens et les honneurs se répartissent selon le mérite de chacun, non en parts égales. Refuser l'égalité arithmétique au profit de la proportion au mérite incline modérément vers le pôle méritocratique, sans absolutiser la propriété.
Éthique à Nicomaque, V, 3 (1131a) ; Politique, III, 9
Thomas d'Aquininférable
Thomas reprend la justice distributive aristotélicienne, proportionnée au mérite et au rang, mais la tempère par la destination universelle des biens : la propriété privée est légitime pour l'usage et l'administration, non absolue, et en cas de nécessité extrême le pauvre qui prend de quoi survivre ne vole pas, car alors tout est commun. Cette limitation du droit de propriété au profit du nécessiteux nuance le penchant méritocratique vers une exigence de suffisance.
Somme théologique, IIa-IIae, q. 61 (justice distributive) ; q. 66, a. 7 (le vol par nécessité)
Personnages 1
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Calliclèsinférable
Il conteste l'égalité des parts comme une extorsion des faibles : la répartition juste, selon la nature, donne davantage au supérieur, non une portion identique à tous. Son refus de l'égalitarisme ne se fonde pas sur la propriété de soi ou le mérite du travail, mais sur la supériorité naturelle ; c'est par ce rejet du partage égal qu'il rejoint, de loin, le versant anti-redistributif.
Platon, Gorgias, 483c ; 490a-491a
Argument
- Chacun est propriétaire de lui-même, de son corps, de son temps, de ses forces ; personne d'autre n'y a un droit premier, sinon l'esclavage serait légitime. C'est un qu'aucune société ne confère et qu'aucune ne peut retirer.
- Or ce que je produis avec ce qui est mien, et ce que d'autres me cèdent librement en échange, prolonge cette propriété : le fruit du travail et de l'échange libre m'appartient au même titre.
- Une répartition est alors juste selon la manière dont elle s'est formée, par acquisitions et transferts légitimes, non selon la figure qu'elle dessine à un instant donné : il n'y a pas de « bonne photographie » des richesses à faire respecter.
- Dès lors, prélever de force une part de mes gains pour redessiner cette photographie, c'est disposer de mon travail sans mon accord, donc me traiter comme si j'appartenais en partie à autrui.
Donc Donc une redistribution imposée n'est pas un partage équitable mais une atteinte à des droits : la justice porte sur la légitimité des acquisitions, non sur l'égalité du résultat.
Voir la pageObjectionAttaque le raisonnement
- L'argument passe de « je me possède » à « je possède les fruits de mon travail », comme si le second découlait du premier.
- Mais produire suppose toujours une matière que je n'ai pas créée, la terre, les ressources, et tout un monde d'institutions, de langue et de savoirs hérités, sans quoi mon travail ne vaudrait rien.
- M'approprier sans limite ces ressources communes, c'est en priver ceux qui s'y trouvaient aussi bien fondés que moi : ma propriété de moi-même ne s'étend pas d'elle-même à ce qui n'était à personne.
Donc Donc de la propriété de soi ne suit pas la propriété pleine de ce qu'on acquiert : une part de toute richesse tient à un monde commun, sur lequel la collectivité garde un titre légitime.
Voir la pageObjectionAttaque la position Expérience de pensée
- Demandons quelles règles de société chacun choisirait sans savoir la place qu'il y occupera, riche ou pauvre, doué ou infirme.
- À cette place, nul ne parierait sur des règles qui laissent un individu sombrer dans la misère au seul motif que ses échanges furent « libres » : on se protégerait d'abord contre le pire.
- Or la justice, c'est ce que des personnes libres et égales accepteraient d'un tel point de vue impartial, non ce qui avantage ceux que la naissance a déjà favorisés.
Donc Donc la seule légitimité des transferts ne fait pas une société juste : une répartition qu'aucun de nous n'accepterait sans connaître sa place ne peut être dite équitable.
Voir la page- PrescriptifMoraleMérite ou loterie naturelle ?
Méritons-nous les fruits de talents et d'efforts dont nous ne sommes pas les auteurs ultimes ? Si nos dons tiennent à une loterie naturelle, la méritocratie est-elle juste ?
le mérite - PrescriptifPolitique et droitÀ chacun selon quoi ?
Faut-il répartir selon les besoins, selon le mérite, ou également entre tous ? Trois critères du juste partage qui dessinent trois sociétés différentes.
la part de chacun - PrescriptifPolitique et droit Expérience de penséeUn résultat juste, ou des échanges justes ?
Une répartition est-elle juste selon le résultat qu'elle produit, un certain partage des richesses, ou selon la manière dont chacun a légitimement acquis ce qu'il détient, par le travail et l'échange libre ?
une répartition - PrescriptifMoralePropriétaire de soi-même
Si je m'appartiens et possède les fruits de mon travail, prélever l'impôt sur mes gains est-il une forme de travail forcé, ou la propriété suppose-t-elle déjà un ordre social qui la rend possible ?
soi-même et son travail - PrescriptifPolitique et droitL'égalité contre la liberté ?
Toute redistribution restreint-elle la liberté de ceux que l'on taxe, ou la liberté réelle suppose-t-elle déjà une certaine égalité des moyens ?
l'ordre politique