Rapport aux autres· Morale
Conséquentialisme
Axe: Critère du juste — Qu'est-ce qui rend une action moralement bonne ?
Une action est bonne si elle produit les meilleures conséquences possibles, par exemple le plus grand bonheur du plus grand nombre. Ce ne sont ni les intentions ni les règles qui comptent en dernier ressort, mais les effets réels de nos choix sur le monde.
Courants 3
Utilitarismeexplicite
Une action ne valant rien en elle-même, seul son effet sur le monde peut la rendre bonne ou mauvaise : tout ce qui compte moralement est le bien-être qu'elle produit ou détruit. De ce ground naît le conséquentialisme, qui congédie ensemble l'intention pure de la et l'excellence du caractère de l'éthique de la : ramène l'évaluation à une mesure unique, la tendance de l'acte à accroître ou diminuer le bonheur des parties concernées, contre toute règle ou tradition qui se réclamerait d'une autorité indépendante des résultats.
Bentham, Introduction aux principes de morale et de législation · Mill, L'Utilitarisme
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Épicurismeinférable
L'éthique épicurienne mesure les actions à leur solde de plaisir et de douleur : on choisit parfois une douleur si elle procure un plaisir plus grand, ce calcul conséquentialiste hédoniste étant le critère ultime. Mais la , érigée en plus grand des biens et source de toutes les vertus, donne aussi à cette morale une forte coloration de vertu pratique, d'où un partage entre conséquentialisme et éthique des vertus.
Épicure, Lettre à Ménécée, 129-132 · Épicure, Maximes capitales, V
Pragmatismeinférable
Le pragmatisme tient la morale pour expérimentale : pas de fin fixe ni de loi a priori, mais une intelligence qui, en situation, évalue les conduites à leurs effets sur l'expérience et la croissance. Dewey y joint la formation de dispositions et d'habitudes (une part de vertu) et le souci des conséquences sociales. Le juste se décide à l'épreuve, comme une hypothèse à vérifier.
Dewey, Théorie de la vie morale · Dewey, Reconstruction en philosophie
Philosophes 5
Benthamexplicite
Une morale ne vaut, pour Bentham, que si elle offre un critère public et démontrable, et non l'écho déguisé d'un goût personnel. Or les principes rivaux échouent à ce test : le principe d'ascétisme condamne le plaisir sans raison, et le principe de sympathie et d'antipathie érige le sentiment moral en règle sans en répondre, masquant souvent un simple j'approuve ou je désapprouve. Seule la tendance d'une action à augmenter ou diminuer le bonheur fournit une mesure extérieure et vérifiable du bien et du mal ; toute approbation qui ne s'y ramène pas n'est qu'un caprice déguisé en principe. De là un conséquentialisme intégral : aucune action n'est bonne ou mauvaise en elle-même, indépendamment de ses suites.
Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. I-II
Millexplicite
Mill cherche à fonder la morale sur un fait, non sur une intuition indémontrable : la seule preuve qu'une chose est désirable, soutient-il, est qu'on la désire effectivement, et chacun désire en dernier ressort le bonheur. De là le comme unique critère du juste, et le conséquentialisme qu'il oppose à l'intuitionnisme moral comme au : il reproche à Kant de ne pouvoir, en pratique, écarter une maxime universalisable qu'en invoquant la désirabilité de ses conséquences, réintroduisant ainsi l'utilité qu'il prétendait congédier.
L'Utilitarisme (1863), ch. 2 (la doctrine du plus grand bonheur) · L'Utilitarisme, ch. 1 (critique de l'a priori kantien)
Machiavelexplicite
Machiavel ne juge pas l'action au principe mais à l'effet : là où il n'est pas de juge à qui recourir, on regarde à la fin, et les moyens qui gardent l'État seront tenus pour honorables. Le prince doit donc apprendre à pouvoir n'être pas bon, non par goût du mal, mais parce que la politique, sphère de la nécessité, obéit à une logique propre, disjointe de la morale privée. La part de « vertu » qui subsiste n'est pas morale : c'est la , efficacité et non bonté.
Le Prince, chap. XV et XVIII · Discours sur la première décade de Tite-Live, I, 9
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Épicureinférable
Le critère de l'action est sa contribution au plaisir compris comme absence de trouble : il faut peser par le calcul (le calcul des plaisirs et des peines) ce que chaque choix apporte de bien et de mal. Cette structure conséquentialiste, hédoniste, accorde toutefois une place à la prudence () comme vertu cardinale, d'où une part de vertu : on ne peut vivre agréablement sans vivre avec prudence, honnêteté et justice.
Lettre à Ménécée, 129-132 (le calcul des plaisirs ; la prudence, source des vertus) · Maximes capitales, V (vivre agréablement, prudemment, honnêtement et justement)
Lucrèceinférable
Le critère de l'agir reste celui d'Épicure : la contribution au plaisir compris comme absence de trouble, mesurée par le calcul du bien et du mal que chaque choix apporte. Lucrèce ne théorise guère l'éthique pour elle-même, mais toute sa morale poétique vise ce résultat, l'ataraxie, et fait de la prudence éclairée par la connaissance de la nature la vertu qui y conduit. La structure est hédoniste et conséquentialiste, avec une place pour la sagesse pratique.
De la nature des choses, II, 7-19 (le vrai bien : un corps sans douleur, un esprit sans crainte)
Argument
- Une action ne change le monde que par ses effets : le bien et le mal réellement produits, la souffrance épargnée ou infligée, les vies sauvées ou perdues.
- Ce qu'on invoque d'autre ne vaut qu'en vue de cela : on loue une bonne intention parce qu'elle vise le bien, on suit une règle parce qu'elle produit d'ordinaire de bons résultats. Ôtez tout effet bénéfique, et l'intention pure ou la règle observée ne soulagent personne.
- Reste donc, en dernier ressort, un seul critère qui ne se ramène à aucun autre : la quantité de bien et de mal produite. Juger une action à autre chose, c'est préférer un principe aux êtres réels qu'elle touche.
Donc Donc est juste l'action qui produit les meilleures conséquences, par exemple le plus grand bonheur du plus grand nombre : les effets, non les intentions ni les règles, sont la mesure dernière.
Voir la pageObjectionAttaque la position Expérience de pensée
- Comparons deux cas au bilan identique. Dans le premier, on dévie le tramway par un aiguillage ; dans le second, on ne peut l'arrêter qu'en poussant un homme d'une passerelle sur la voie. Chaque fois : une vie perdue, cinq sauvées.
- Pour le conséquentialiste, les deux cas se valent, même bilan donc même verdict. Pourtant presque tous jugent qu'on peut dévier, mais qu'on ne peut pas pousser.
- Cette différence de jugement ne peut venir des conséquences, qui sont identiques : elle tient à la manière dont le bien est produit, se servir d'un homme comme d'un simple moyen n'étant pas causer sa mort par ricochet.
Donc Donc les conséquences ne font pas tout le juste : compte aussi la façon d'y parvenir. Un acte peut rester interdit, quand il traite une personne en pur instrument, alors même qu'il maximise le bien.
Voir la page- PrescriptifMorale Expérience de penséeLes conséquences ou l'interdit
Faut-il juger un acte à ses seules conséquences, quitte à en sacrifier un pour en sauver cinq, ou certains actes restent-ils interdits quoi qu'il en coûte ?
un acte - PrescriptifMorale Expérience de penséeSauver un proche plutôt qu'un inconnu
On sauve l'être aimé sans hésiter ; mais ce qui rend ce geste bon est-il un calcul, une règle qui l'autorise, un bon caractère, ou le lien lui-même, dont aucune morale ne devrait exiger qu'on le justifie ?
un geste pour un proche - PrescriptifMoraleY a-t-il des actes absolument interdits ?
Certains actes, comme mentir ou faire périr un innocent, restent-ils défendus même lorsqu'ils éviteraient un désastre, ou tout cède-t-il devant l'ampleur des conséquences ?
l'acte - PrescriptifMoraleLa part de la chance
On juge plus durement le chauffard qui a renversé un enfant que celui, tout aussi imprudent, qui a eu la chance de n'en croiser aucun : la valeur morale d'un acte dépend-elle de résultats que l'on ne maîtrise pas ?
l'acte - PrescriptifMoraleRivales ou complémentaires
Conséquences, devoir, vertu, sollicitude : sont-ce des théories rivales dont une seule peut être vraie, ou les facettes d'une même morale que rien n'oblige à unifier ?
le critère moral - PrescriptifMoraleUne morale trop exigeante ?
Si seul compte le plus grand bien, la morale semble exiger de tout sacrifier pour les autres, sans limite : peut-elle vraiment réclamer cela, ou doit-elle laisser une place à nos vies propres ?
l'exigence morale