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Rapport aux autres· Morale

Éthique du care

Axe: Critère du justeQu'est-ce qui rend une action moralement bonne ?

La morale s'enracine dans l'attention concrète portée aux personnes vulnérables et dans les relations de soin qui nous lient les uns aux autres. Plutôt que des principes abstraits et impartiaux, elle valorise la sollicitude, la responsabilité envers autrui et la prise en compte des situations particulières.

Qui défend cette position

Philosophes 3

Humeexplicite

La distinction du bien et du mal naît d'un sentiment d'approbation ou de désapprobation, non d'une déduction de la raison : la morale se sent plus qu'elle ne se juge. Ce sentiment s'enracine dans la sympathie, capacité à partager les affects d'autrui, qui nous fait approuver les qualités utiles et agréables à soi et aux autres. D'où une éthique du care et du sentiment, avec une composante de vertu (qualités de caractère) et un souci conséquentialiste de l'utilité.

Enquête sur les principes de la morale, sect. I et IX (le sentiment moral, l'utilité) · Traité de la nature humaine, III, partie I, sect. 1-2 (la morale n'est pas tirée de la raison)

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Schopenhauerinférable

Son éthique décrit plutôt qu'elle ne prescrit : de la compassion découlent les deux vertus cardinales, la justice, ne nuis à personne, et la charité, aide autrui autant que tu peux, incarnées dans des caractères plus que dans des règles. Par son fondement affectif et relationnel, cette morale de la anticipe l'éthique du care ; par sa psychologie des caractères innés, elle garde un air de famille avec l'éthique des vertus ; le formalisme déontologique est expressément récusé.

Le Fondement de la morale, §§16-22

Nāgārjunainférable

Le Mahayana de Nagarjuna place au sommet l'idéal du bodhisattva, qui renonce à sa propre extinction tant que tous les êtres ne sont pas délivrés : la compassion universelle, indissociable de la sagesse de la vacuité, devient le ressort de toute l'éthique. Un souci d'autrui sans limite, porté par la vertu, prime sur toute règle ou tout calcul.

Précieuse Guirlande (Ratnāvalī) · Shantideva, Bodhicaryāvatāra

Arguments et objections
ArgumentCe que l'impartialité présupposeL'obligation naît de la rencontre d'un autre qui dépend de nous, non d'un principe abstrait ; les principes impartiaux présupposent ce souci sans pouvoir l'engendrer, et en pesant tous également ils écartent ce qui crée l'obligation réelle.
  1. D'où une exigence morale tire-t-elle sa force ? Non d'un principe contemplé dans l'abstrait, mais de la rencontre d'un autre qui dépend de nous, l'enfant, le malade, celui dont on répond : c'est là que l'obligation prend, pour chacun, sa première prise.
  2. Un principe impartial ne peut engendrer ce souci, il le présuppose : « accorde à tous un poids égal » ne meut que celui qui tient déjà à quelqu'un, et lui demande d'étendre ce soin. Ôtez tout attachement, le principe ne commande plus personne.
  3. Et en accordant à chacun le même poids, le point de vue impartial fait abstraction de ce qui crée l'obligation réelle : ce lien précis, cette dépendance, ce besoin. Ce qu'il écarte n'est pas du bruit moral, c'est la substance de la morale.

Donc Donc le soin n'est pas une exigence morale parmi d'autres, mais le sol sur lequel les autres tiennent : la morale s'enracine dans la réponse attentive à autrui, et les principes impartiaux n'en sont qu'un prolongement dérivé.

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ObjectionAttaque la positionLe soin peut être injusteLa sollicitude fait droit au proche ; mais sans critère impartial pour la corriger, elle peut devenir favoritisme et injustice. La justice exige qu'on tienne compte aussi de ceux qui ne nous touchent pas.
  1. Le care fait droit au proche, à celui dont on répond : c'est sa force, mais aussi sa pente naturelle.
  2. Sans critère impartial pour le corriger, la sollicitude peut devenir favoritisme : je soigne les miens, et l'étranger, le lointain, celui que je n'aime pas cessent de compter. Bien des injustices se parent ainsi des couleurs de l'amour.
  3. Or la justice exige précisément qu'on tienne compte aussi de ceux qui ne nous touchent pas : c'est l'impartialité, que le care récuse, qui garantit qu'on ne sacrifie pas l'absent au présent.

Donc Donc le soin, seul, ne suffit pas à la morale : il lui faut le point de vue impartial qu'apportent le devoir ou le calcul, sous peine de n'être qu'une préférence pour les siens.

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Problèmes
  • PrescriptifMorale Expérience de pensée
    Sauver un proche plutôt qu'un inconnu

    On sauve l'être aimé sans hésiter ; mais ce qui rend ce geste bon est-il un calcul, une règle qui l'autorise, un bon caractère, ou le lien lui-même, dont aucune morale ne devrait exiger qu'on le justifie ?

    un geste pour un proche
  • PrescriptifMorale
    Rivales ou complémentaires

    Conséquences, devoir, vertu, sollicitude : sont-ce des théories rivales dont une seule peut être vraie, ou les facettes d'une même morale que rien n'oblige à unifier ?

    le critère moral
  • PrescriptifMorale
    Le point de vue moral est-il impartial ?

    Juger moralement, est-ce s'élever à des principes qui valent pour tous sans considération de personne, ou l'attention concrète portée à ceux qui nous sont proches est-elle le cœur même de la morale ?

    le point de vue moral
  • PrescriptifMorale
    La règle ou la situation

    Bien agir, est-ce appliquer des principes valables d'avance, ou juger chaque situation dans sa singularité, au risque que la règle et le cas ne coïncident jamais tout à fait ?

    le jugement moral