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Rapport à soi· Identité et liberté

Existentialisme

Axe: Essence et existenceAvons-nous une nature qui nous précède, ou devenons-nous ce que nous choisissons d'être ?

L'existence précède l'essence : l'être humain n'est d'abord rien de défini, il se fait par ses choix et ses actes. Aucune nature ne nous assigne un destin, et invoquer une essence pour justifier ce que l'on est relève de la mauvaise foi.

Qui défend cette position

Courants 6

Existentialismeexplicite

Un objet fabriqué, un coupe-papier, présuppose dans l'esprit de l'artisan le concept et la fonction qui le définissent : son essence précède son existence. Faute d'un Dieu artisan, l'homme ne peut être pensé ainsi : il n'a pas d'essence préalable à réaliser, il existe d'abord et se définit ensuite par ce qu'il fait de lui-même. Le courant retourne ainsi tout l', de à la théologie : il n'y a pas de modèle de l'homme antérieur aux hommes singuliers, et déjà opposait à l'essence hégélienne du système le devenir-soi de l'existant.

L'existentialisme est un humanisme · L'Être et le Néant

Transhumanismeexplicite

Il n'y a pas d'essence humaine fixe que l'augmentation viendrait trahir : ce qu'on appelle « nature humaine » est un état transitoire dans un processus d'auto-transformation. L'humain est un chantier inachevé, un pont vers le plutôt qu'une forme accomplie ; sa valeur tient aux capacités et aux expériences qu'un être peut déployer, non à la conservation d'un type. La position reste toutefois naturaliste : elle ne nie pas toute nature donnée, elle en récuse le caractère sacré et définitif.

More, « On Becoming Posthuman » · Bostrom, « Why I Want to Be a Posthuman When I Grow Up »

Marxismeexplicite

Le marxisme historicise la nature humaine : il n'est pas d'essence fixe inhérente à l'individu, l'homme est le produit de rapports sociaux qui changent avec les modes de production. Ce que nous sommes n'est pas un donné antérieur mais le résultat, transformable, d'une histoire matérielle.

Marx, Thèses sur Feuerbach, VI · Marx et Engels, L'Idéologie allemande

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Pragmatismeinférable

Le pragmatisme se défie des essences fixes posées avant l'expérience : les concepts, les espèces, les institutions sont des produits d'une histoire et d'une pratique, façonnés par leurs fonctions plutôt que donnés une fois pour toutes. Dewey, marqué par le darwinisme, pense les formes comme des stabilisations provisoires dans un devenir : le faire et le devenir priment l'être achevé. La tendance est existentialiste au sens large du primat de l'existence sur l'essence.

Dewey, L'Influence de Darwin sur la philosophie (1910) · James, Le Pragmatisme (1907), leçon IV

Bouddhismeinférable

Le bouddhisme nie toute essence permanente : il n'y a pas de soi (anatta), seulement un flux d'agrégats impermanents et conditionnés, sans noyau substantiel qui persisterait. La négation de l'essence est radicale, mais elle ne débouche pas sur une liberté d'auto-création : c'est l'idée même d'un soi fixe qui se dissout.

Samyutta Nikaya, XXII (les agrégats) · Milindapañha (la parabole du char)

Empirismeinférable

L'empirisme défait les essences : nous ne connaissons que des essences nominales, nos classements, non la nature réelle des choses (Locke), et le moi n'est qu'un faisceau de perceptions (Hume). L'esprit naissant est une page blanche, si bien que ce qu'un homme devient tient à l'expérience, non à une nature innée, sans pour autant un libre auto-façonnement.

Locke, Essai sur l'entendement humain, III, 3 · Hume, Traité de la nature humaine, I, 4

Philosophes 11

Beauvoirexplicite

Beauvoir reprend la thèse existentialiste selon laquelle, pour l'humain, l'existence précède l'essence : aucune nature ne définit d'avance ce qu'il doit être. Sa formule on ne naît pas femme : on le devient en est l'application la plus célèbre : le féminin n'est pas une essence donnée mais un devenir façonné par la culture, que chacune a pourtant à reprendre dans un projet libre.

Le Deuxième Sexe (1949), t. II, ouverture ("on ne naît pas femme") · Pour une morale de l'ambiguïté (1947)

Sartreexplicite

Pour un objet fabriqué, le coupe-papier, l'essence (le concept de l'artisan) précède l'existence ; la tradition pensait l'homme de même, créé selon une nature humaine conçue par Dieu. Ôtez le créateur, et l'ordre s'inverse pour l'homme seul : il existe d'abord, sans définition préalable, et c'est de n'être d'abord rien qu'il tire l'entière responsabilité de se faire.

L'existentialisme est un humanisme (1946) · L'Être et le Néant, Introduction et 1re partie (le pour-soi)

Nietzscheexplicite

« Deviens ce que tu es » : il n'y a pas d'essence humaine fixe à réaliser, mais une tâche de création de soi. Le sujet, l'âme, le « je » substantiel sont des illusions grammaticales ; ce que nous sommes est l'œuvre toujours ouverte de l'auto-façonnage, du donner du style à son caractère.

Le Gai Savoir, §290 · Ecce Homo, sous-titre « Comment on devient ce que l'on est »

Nāgārjunaexplicite

L'argument est un raisonnement par l'absurde sur la notion même d'essence : une (svabhāva, l'essence qui ferait qu'une chose serait par elle-même, indépendamment du reste) devrait, par définition, être non produite et invariable ; or tout ce que nous rencontrons naît de causes et de conditions, donc varie. Une essence engendrée serait fabriquée, ce qui contredit son concept. Nāgārjuna retourne ainsi contre l'Abhidharma sa propre analyse : les écoles substantialistes décomposaient les choses en facteurs ultimes (dharma) dotés de nature propre ; il montre que ces facteurs, étant eux-mêmes conditionnés, sont à leur tour . Il faut le distinguer de l'existentialisme : la chose n'est pas vide d'essence pour se créer librement, mais parce que l'idée d'une essence fixe est incohérente.

Mūlamadhyamakakārikā (Stances du milieu par excellence), ch. XV (l'examen de la nature propre) · Mūlamadhyamakakārikā, ch. XXIV (l'examen des Nobles Vérités)

Marxexplicite

Marx récuse l'idée d'une essence humaine fixe et a-historique : ce que sont les hommes change avec leur mode de production. La nature humaine n'est pas une abstraction logée en chaque individu mais le précipité de rapports sociaux historiquement déterminés ; elle est un produit de l'histoire, non un donné antérieur à accomplir.

Thèses sur Feuerbach, VI · L'Idéologie allemande, I

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Camusinférable

Faute d'ordre divin ou de nature donnée, l'homme se définit par ce qu'il fait de l'absurde : il n'a pas d'essence préalable et se constitue dans la et l'action. Cette proximité avec existentiel reste tempérée par le refus de Camus d'une liberté absolument fondatrice, contrairement aux existentialistes.

Le Mythe de Sisyphe (1942) · L'Homme révolté (1951)

Le Bouddhainférable

L' et le récusent toute essence fixe et substantielle des êtres : rien ne possède de nature propre stable, tout est processus conditionné, surgi de causes et destiné à se défaire. Il n'y a pas d'âme-substance préalable à découvrir, mais un devenir à comprendre, ce qui éloigne nettement Gautama de l'essentialisme sans pour autant relever de l'existentialisme moderne.

Anattalakkhaṇa Sutta, Saṃyutta Nikāya 22.59 (les agrégats sont impermanents et non-soi) · Dhammapada, XX, 277-279 (tout est impermanent, sans-soi)

Lockeinférable

Locke refuse les essences innées : l'esprit naît comme une table rase, et ce qu'une personne devient tient à l'expérience et à l'éducation. En métaphysique, nous n'atteignons que des essences nominales, nos propres classements, non la nature réelle des choses, ce qui ôte à l'essence son rôle déterminant.

Essai sur l'entendement humain, II, 1 et III, 3 · Quelques pensées sur l'éducation

Rousseauinférable

L'homme se distingue de l'animal moins par l'entendement que par la , cette faculté de se transformer indéfiniment qui le laisse sans nature fixée d'avance. Ce que l'homme est, il le devient par son histoire ; sa nature même est d'être indéterminé, ce qui annonce de loin l'idée que l'existence précède l'essence.

Rousseau, Discours sur l'origine de l'inégalité

Humeinférable

Hume dissout les essences fixes : nous ne connaissons aucune essence réelle des substances, et le moi lui-même n'est qu'un faisceau de perceptions en flux, sans noyau permanent. Ce que nous devenons se forge par la coutume et l'habitude plus que par une nature assignée, sans pour autant relever d'un libre auto-façonnement, l'homme restant largement façonné.

Traité de la nature humaine, I, 4, 6 · Enquête sur l'entendement humain

Millinférable

Contre l'idée d'une nature fixe à couler dans les moules de la coutume, Mill tient que la nature humaine n'est pas une machine, mais un arbre qui doit croître et se déployer de l'intérieur. Chacun a à choisir son propre plan de vie : l'individualité et le développement de soi l'emportent sur tout modèle préétabli, même si un fond organique demeure à cultiver.

De la liberté, ch. III

Fondements et implications
↑ Ce qui la fondeExistentialisme — Essence et existence=ExistentialismeEssence et existence
Descriptif
Athéisme — Existence de Dieu=AthéismeExistence de Dieu
Descriptif
Nominalisme — Les universaux=NominalismeLes universaux
Descriptif
Matérialisme — Nature du réel=MatérialismeNature du réel
Descriptif
Empirisme — Source de la connaissance=EmpirismeSource de la connaissance
Descriptif
Vivre en vue de sa mort — La mort!Vivre en vue de samortLa mort
Prescriptif
Sens construit — Le sens de la vie!Sens construitLe sens de la vie
Prescriptif
Libre arbitre — Liberté de la volonté=Libre arbitreLiberté de la volonté
Descriptif
+
Projet — Orientation temporelle!ProjetOrientation temporelle
Prescriptif
↓ Ce qu'elle implique

Ce qui la fonde

Existence de Dieu

S'il n'existe aucun Dieu artisan pour concevoir l'homme selon un plan, aucune essence humaine ne précède l'existence concrète. L'athéisme fonde ainsi l'existentialisme, pour lequel l'homme est d'abord, puis se définit par ses actes.

Les universaux

Si seuls les individus existent et que les universaux ne sont que des noms, alors il n'y a pas de nature humaine inscrite dans les choses, antérieure aux individus singuliers. Le nominalisme ouvre la voie à l'existentialisme : faute d'essence générale de l'homme, chacun se définit par son existence et ses actes, comme le soutient Sartre. Le lien est une affinité plus qu'une filiation explicite.

Ce qu'elle implique

La mort

Si l'homme n'a pas d'essence donnée et n'est que ce qu'il se fait, alors c'est en assumant sa propre finitude qu'il s'arrache à la dispersion et devient authentiquement lui-même. L'existentialisme fonde l'être-pour-la-mort : Heidegger fait de la mort assumée la possibilité la plus propre, celle qui révèle l'existence à elle-même.

Le sens de la vie

Si l'existence précède l'essence, aucune fin n'est inscrite d'avance dans la nature humaine. L'existentialisme implique donc que le sens de la vie n'est pas trouvé mais construit, par les projets et les choix que chacun assume.

Liberté de la volonté

Si l'existence précède l'essence, aucune nature donnée ne détermine d'avance mes choix : je suis ce que je me fais, et donc radicalement libre. L'existentialisme fonde le libre arbitre, jusqu'à faire de la liberté la condition même de l'homme. Invoquer un caractère ou une nature pour s'en excuser relève alors de la mauvaise foi, selon Sartre.

Orientation temporelle

Si l'existence précède l'essence, l'homme n'est pas une chose donnée mais ce qu'il se fait en se projetant vers l'avenir. L'existentialisme fonde l'orientation vers le projet : pour Sartre, je suis mes actes et mes engagements à venir, et me réduire à l'instant présent serait renoncer à moi-même.

Problèmes
  • Descriptif Expérience de pensée
    « C'est ma nature » : vérité ou excuse ?

    Invoquer sa nature, « je suis comme ça, je ne peux pas changer », est-ce reconnaître honnêtement ce qu'on est, ou se donner une excuse pour fuir ce dont on reste responsable ?

    une personne qui invoque sa nature
  • Descriptif
    Se trouver, ou s'inventer ?

    L'injonction « sois toi-même » est elle-même partagée : se réaliser, est-ce mettre au jour un soi déjà là, ou s'inventer librement ? La formule « deviens ce que tu es » tente de tenir les deux.

    se réaliser
  • Descriptif
    D'où vient l'essence des choses ?

    Si les choses ont une essence, d'où la tiennent-elles : d'un plan qui les conçoit avant qu'elles soient, de la nature elle-même, d'une convention de notre esprit, ou de rien ?

    l'essence des choses