Propriétaire de soi-même
Sur l'axe: Justice distributive · soi-même et son travail
Si je m'appartiens et possède les fruits de mon travail, prélever l'impôt sur mes gains est-il une forme de travail forcé, ou la propriété suppose-t-elle déjà un ordre social qui la rend possible ?
Justification
Si la terre est donnée en commun à tous, comment un bien peut-il devenir mien sans le consentement de chacun ? La réponse de Locke part d'un titre antérieur à tout pacte : chacun est propriétaire de sa propre personne, donc du travail de son corps. En mêlant ce travail à une chose commune, j'y incorpore quelque chose qui est déjà mien et l'en retire légitimement, sans devoir l'accord d'autrui. La propriété est ainsi un droit naturel fondé sur le travail, antérieur à l'État, ce qui place Locke du côté de l'axe. Mais la fameuse clause lockéenne, en laisser « assez et d'aussi bon pour les autres », y inscrit d'emblée une limite morale à l'appropriation.
Le travail de son corps et l'ouvrage de ses mains sont proprement à lui : ce qu'il a tiré de l'état où la nature l'avait laissé, il y a joint son travail, et y a ajouté quelque chose qui est à lui.Traités du gouvernement civil, II, ch. 5, §27
Traités du gouvernement civil, II, ch. 5 (« De la propriété », travail et clause lockéenne)
Justification
L'état de nature n'est pas une licence : il est régi par une loi naturelle que la raison découvre. Comme tous les hommes sont l'ouvrage d'un même Créateur, envoyés au monde par son ordre et pour son service, nul n'a le droit de détruire autrui ni de le réduire à sa merci. De cette égalité originelle Locke déduit, non un simple devoir de ne pas nuire, mais des droits subjectifs corrélatifs, à la vie, à la liberté et aux biens, que chacun porte avant tout gouvernement. Le pouvoir n'est dès lors légitime que pour les garantir ; les violer le rend tyrannique. Ces « droits inaliénables » passeront presque mot pour mot dans la Déclaration d'indépendance américaine.
Second Traité du gouvernement civil, II-V
Repères: Nozick · Locke
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