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Rapport au monde· Nature et vivant

Réductionnisme

Axe: Tout et partiesLe tout s'explique-t-il entièrement par ses parties, ou possède-t-il des propriétés irréductibles ?

Tout phénomène complexe s'explique, en dernière analyse, par ses constituants élémentaires et leurs interactions : il n'y a que des atomes et du vide. Expliquer, c'est décomposer jusqu'aux éléments les plus simples.

Qui défend cette position

Courants 1

Afficher les positions inférées (1)
Épicurismeinférable

Puisque tout, y compris l'âme et la pensée, n'est qu'agrégat d'atomes et de vide, l'épicurisme tend vers le réductionnisme : les propriétés des composés s'expliquent par la forme, la taille et le mouvement de leurs constituants. Lucrèce reconnaît toutefois aux assemblages des qualités secondes, ce qui tempère le réductionnisme sans l'abandonner, d'où une position marquée mais non extrême.

Lucrèce, De la nature des choses, livre III (l'âme atomique) · Épicure, Lettre à Hérodote, 68-71

Philosophes 6

Lucrèceexplicite

Les qualités sensibles ne sont pas premières : la couleur, la chaleur, la saveur, et jusqu'à la vie et la sensation, naissent de l'arrangement, du mouvement et des chocs d'atomes qui, eux, n'ont ni couleur ni chaleur. Le tout n'ajoute donc rien à ses composants : il n'est que des atomes diversement disposés, et c'est la configuration qui explique la variété du monde. Cette explication ascendante, où le supérieur se ramène intégralement à la rencontre du plus petit, est un qui prolonge la ligne de .

De la nature des choses, II, 730-864 (les atomes sont sans couleur ; la couleur naît de leur arrangement) · De la nature des choses, II, 865-990 (le sensible naît de l'insensible)

Descartesexplicite

Le corps vivant, y compris le corps humain, s'explique intégralement comme une machine : circulation, digestion, mouvement des membres se ramènent aux seules lois de la figure et du mouvement, sans qu'aucun principe vital surajouté soit requis. La vie est réduite à la mécanique, l'âme restant d'un autre ordre.

Discours de la méthode, V · Traité de l'homme

Russellexplicite

La règle de méthode est explicite, et Russell la tient pour la maxime suprême du travail philosophique : partout où c'est possible, substituer des à partir d'entités connues aux inférences vers des entités inconnues. Elle est réductionniste par économie plus que par matérialisme : un point de l'espace, un instant, un objet physique, une personne, un nombre deviennent des classes ou des séries d'éléments déjà admis, et ce qui ne peut être construit ainsi doit être suspecté. La réduction visée est logique et non physique : Russell ne ramène pas l'esprit à la matière, il ramène l'un et l'autre à des groupements d'événements.

« L'atomisme logique » (1924) · Notre connaissance du monde extérieur (1914) · Introduction à la philosophie mathématique (1919)

Smartexplicite

Smart tient qu'une explication n'est achevée que ramenée aux constituants physiques et à leurs interactions. Admettre des propriétés qui échapperaient à cette analyse obligerait à des lois surnuméraires, sans rôle dans l'édifice de la science, ce qu'un principe d'économie interdit. Sa théorie de l'identité applique ce à l'esprit : non pas une propriété de plus qui surgirait du cerveau, mais les mêmes processus, décrits dans un autre vocabulaire.

Philosophy and Scientific Realism (1963)

Dennettexplicite

Dennett défend l'explication par les parties tout en refusant sa caricature. Il forge l'expression réductionnisme glouton pour l'empressement à sauter les niveaux intermédiaires, à expliquer l'esprit par les neurones sans passer par les mécanismes de traitement qui font le travail. Le bon réductionnisme garde les étages : il montre comment, de degré en degré, des processus dépourvus d'intelligence finissent par produire de la compétence, sans jamais rien ajouter à la matière.

Darwin est-il dangereux ? (1995)

Strawsonexplicite

Strawson ne refuse pas toute émergence : la liquidité de l'eau est parfaitement intelligible à partir du comportement des molécules, et c'est le modèle de ce qu'il accepte. Ce qu'il rejette est l'émergence brute, celle d'une propriété radicalement nouvelle qui surgirait de constituants n'en portant aucune trace : tout ce qui émerge doit être intelligible à partir de ce dont il émerge. Appliqué à l'expérience, ce refus ne le conduit pas au classique mais au : si le vécu ne peut naître de ce qui n'en contient rien, c'est qu'il était déjà là.

« Realistic Monism » (2006)

Fondements et implications
↑ Ce qui la fondeRéductionnisme — Tout et parties=RéductionnismeTout et parties
Descriptif
Matérialisme — Nature du réel=MatérialismeNature du réel
Descriptif
Une feuille, une application qui ne fonde rien d'autre ici.

Ce qui la fonde

Nature du réel

Si seule la matière existe, les propriétés des touts doivent en principe s'expliquer par celles de leurs parties physiques. Le matérialisme encourage ainsi le réductionnisme, pour lequel le supérieur se ramène en droit à l'inférieur.

Ce qu'elle implique

Une feuille, une application qui ne fonde rien d'autre ici.