Rapport aux autres· Morale
Pathocentrisme
Axe: Cercle moral — Envers qui avons-nous des devoirs moraux ?
Tout être capable de souffrir compte moralement. La question n'est pas « peuvent-ils raisonner ? » mais « peuvent-ils souffrir ? » : les animaux sensibles entrent donc dans le cercle moral, et leurs intérêts méritent une considération égale, à intérêts comparables.
Courants 2
Utilitarismeexplicite
Puisque le bien est le plaisir et le mal la souffrance, ce qui ouvre droit à la considération morale ne peut être ni la raison ni le langage, mais la seule capacité à souffrir : tout être qui a des intérêts à ce que sa douleur cesse compte dans le calcul. tire de ce critère une conséquence que les morales rationalistes refusaient, l'inclusion des animaux ; y voit le principe d'égale considération des intérêts et dénonce le spécisme comme un préjugé de même structure que le racisme. Le cercle moral s'élargit ainsi à tout le vivant sensible, par cohérence interne et non par sentiment.
Bentham, Introduction aux principes de morale et de législation, chapitre 17 · Singer, La Libération animale
Bouddhismeexplicite
La non-violence (ahiṃsā) et la première règle de discipline étendent la considération morale à tous les êtres sensibles, capables de souffrir, et non aux seuls humains. La compassion vise expressément l'ensemble des vivants pris dans le cycle des renaissances, ce qui place le bouddhisme du côté du pathocentrisme.
Karaṇīya Mettā Sutta (le discours sur l'amour bienveillant) · Dhammapada, ch. X (le bâton)
Philosophes 5
Benthamexplicite
Si le seul titre à entrer dans le calcul est de pouvoir éprouver plaisir et douleur, alors la frontière de la considération morale doit suivre la sensibilité, et non la raison ni le langage. Bentham retourne ainsi l'argument cartésien de l'animal-machine et celui qui excluait l'esclave : ce ne sont pas la faculté de raisonner ou de parler qui ouvrent droit à la considération, mais la capacité à pâtir. La conclusion suit par cohérence du critère utilitariste lui-même : la considération s'étend à tout être sensible, ce qui le situe au pathocentrisme et fait de lui un précurseur de la cause animale.
Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. XVII, §1, note (la souffrance des animaux)
Le Bouddhaexplicite
La non-violence (ahiṃsā) et le premier précepte, s'abstenir de nuire au vivant, étendent la considération morale à tous les êtres sensibles, capables de souffrir, et non aux seuls humains. Tous craignent le bâton, tous chérissent la vie : la compassion vise expressément l'ensemble des vivants pris dans le cycle des renaissances, ce qui range l'enseignement du côté du pathocentrisme.
Dhammapada, ch. X (le bâton), 129-130 · Karaṇīya Mettā Sutta, Sutta Nipāta 1.8 (que tous les êtres soient heureux)
Millexplicite
Puisque le critère moral est le plaisir et la peine, le cercle de la considération morale s'étend à tous les êtres sensibles capables de souffrir, et non aux seuls humains : c'est un pathocentrisme. Mill compte explicitement le bonheur des animaux dans le calcul utilitariste et soutient les premières législations contre la cruauté envers eux.
L'Utilitarisme, ch. 2 (le bonheur de toutes les créatures sensibles) · Whewell on Moral Philosophy (1852), sur la prise en compte des animaux
Schopenhauerexplicite
Le cercle moral s'étend à tout ce qui souffre : les animaux, manifestations du même vouloir que nous, sont l'objet direct de la , et il reproche au christianisme comme à d'avoir fait des bêtes de simples choses à notre usage, doctrine qu'il juge « révoltante et abominable ». La frontière morale passe à la sensibilité, non à la raison ; l'arrière-plan reste métaphysique, le même vouloir dans toute la nature, d'où une teinte biocentrique.
Le Fondement de la morale, §19
Michel de Montaigneexplicite
Contre l'orgueil qui place l'homme au sommet de la création, Montaigne rapproche les bêtes de nous : « quand je me joue à ma chatte, qui sait si elle ne se passe de moi plus que je ne fais d'elle ? ». Elles ont leur intelligence, leurs affections, une communication. De ce voisinage il tire un devoir : nous devons « justice » aux hommes, mais « grâce et bénignité » aux autres créatures, et la cruauté envers les bêtes lui fait horreur. La considération morale déborde ainsi l'humanité vers tout ce qui peut souffrir, sans aller jusqu'à une égalité de tous les vivants.
Essais, II, 12, « Apologie de Raimond Sebond » et II, 11, « De la cruauté »
Argument
- Ce qui rend un tort grave, c'est qu'il fait du mal à quelqu'un : la douleur, la peur, la privation sont des maux pour celui qui les éprouve.
- Or un être qui peut souffrir a, de ce fait, un intérêt à ne pas souffrir, un point de vue sur son existence, peu importe qu'il raisonne ou parle.
- Écarter cet intérêt au seul motif que son porteur n'est pas de notre espèce, c'est un préjugé de même forme que le racisme : un spécisme qui, sans raison pertinente, refuse la .
Donc Donc tout être sensible entre dans le cercle moral, et à intérêts comparables, une souffrance égale pèse d'un poids égal, qu'elle soit humaine ou animale.
Voir la pageObjectionAttaque la position
- Le pathocentrisme fait de la capacité de souffrir le seuil du statut moral : en deçà, rien ne compte.
- Mais tout vivant, sensible ou non, poursuit son propre bien : un arbre croît, se répare, résiste ; il « veut vivre » à sa manière, sans le sentir.
- Si compter, c'est avoir un bien qui peut être servi ou contrarié, alors la sensibilité n'est qu'une façon parmi d'autres d'avoir un tel bien : la retenir seule, n'est-ce pas un nouveau privilège, celui des êtres qui sentent ?
Donc Donc la frontière de la sensibilité pourrait être aussi arbitraire que celle de l'espèce : ou bien le respect va à toute vie qui poursuit son bien, ou bien il faut dire pourquoi seul le fait de sentir donne un titre.
Voir la page- PrescriptifMoraleLe critère du statut moral
Qu'est-ce qui donne à un être une valeur morale : la raison, comme le pensait Kant, ou la simple capacité de souffrir, comme le demandait Bentham ? Selon le seuil retenu, le cercle des êtres qui comptent s'ouvre ou se referme.
un être vivant - PrescriptifMoraleLe privilège de l'espèce
Préférer les siens parce qu'ils sont de notre espèce, est-ce un devoir naturel ou un préjugé arbitraire, comparable au racisme ? Et si des nourrissons ou des humains très diminués comptent sans posséder la raison, l'espèce peut-elle encore servir de critère ?
un animal non humain - PrescriptifMoraleLa révérence pour la vie
Faut-il, pour compter, être capable de souffrir, ou suffit-il d'être vivant ? Un arbre, un insecte poursuivent leur propre bien : méritent-ils à ce titre notre respect, ou le vivant sans sensibilité ne nous oblige-t-il à rien ?
une plante, un insecte - DescriptifLa vie intérieure des bêtes
Tout le débat suppose que les animaux ressentent quelque chose : mais peut-on le savoir ? Descartes voyait en eux des machines sans conscience ; comment être sûr qu'il y a « un effet que cela fait » d'être une chauve-souris ?
la vie mentale d'un animal - PrescriptifMoraleUne machine peut-elle compter moralement ?
Si une intelligence artificielle disait souffrir, faudrait-il étendre jusqu'à elle le critère de la sensibilité, ou la considération morale s'arrête-t-elle au vivant, une souffrance simulée n'obligeant à rien ?
une intelligence artificielle - PrescriptifMoraleBien-être ou droits
Admettre que les animaux comptent, est-ce mettre leurs intérêts dans la balance du plus grand bien, quitte à les sacrifier s'il le faut, ou leur reconnaître des droits inviolables parce qu'ils sont eux aussi les sujets d'une vie ?
le traitement d'un animal - PrescriptifMoraleLa souffrance des animaux sauvages
Si la souffrance des animaux nous oblige, celle qu'ils s'infligent entre eux nous oblige-t-elle aussi ? Devrions-nous intervenir contre la prédation et les maux de la nature que nous n'avons pas causés, ou est-ce présumer que nous avons à les corriger ?
la prédation dans la nature - PrescriptifMoraleFaut-il cesser d'exploiter les animaux ?
Si les animaux sensibles comptent vraiment, l'élevage industriel, l'abattage et l'expérimentation deviennent-ils des maux qu'il faut cesser, jusqu'à changer nos vies et nos assiettes, ou peut-on leur devoir des égards sans renoncer à s'en servir ?
l'élevage et l'abattage - PrescriptifMoraleL'individu ou le tout
L'écologie valorise l'intégrité de la communauté biotique, quitte à abattre les animaux d'une espèce envahissante pour préserver l'ensemble : la valeur est-elle dans le tout, ou dans chaque individu sensible que cette gestion sacrifie ?
la communauté biotique