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Rapport aux autres· Morale

Anthropocentrisme

Axe: Cercle moralEnvers qui avons-nous des devoirs moraux ?

Seuls les êtres humains ont une valeur morale propre, en raison de leur raison, de leur conscience ou de leur dignité. Les animaux et la nature peuvent mériter des égards, mais seulement de façon indirecte, par les effets que notre conduite envers eux a sur les humains.

Qui défend cette position

Courants 1

Aristotélismeexplicite

La considération morale est réservée aux êtres doués de raison : la justice et l'amitié, au sens propre, ne peuvent exister qu'entre humains, car les animaux, dépourvus de , ne participent pas à la communauté politique. Cet anthropocentrisme moral, prolongé par la scolastique, situe résolument l'aristotélisme au premier pôle, les animaux n'entrant dans le cercle que de façon marginale.

Aristote, Politique, I, 8 ; Éthique à Nicomaque, VIII, 11

Philosophes 3

Descartesexplicite

Privés de pensée et donc d'âme, les animaux ne sont chez Descartes que des automates, la fameuse bête-machine : ils ne sentent ni ne souffrent au sens propre, leurs cris n'étant que des effets mécaniques. La considération morale se restreint dès lors aux seuls êtres pensants, un anthropocentrisme strict.

Discours de la méthode, V · Lettre au marquis de Newcastle, 23 novembre 1646

Thomas d'Aquinexplicite

Thomas reprend la hiérarchie aristotélicienne des vivants, les créatures inférieures étant ordonnées à l'usage de l'homme, seul fait à l'image de Dieu et doté d'une âme raisonnable immortelle. La charité s'adresse aux personnes, non aux bêtes, et la cruauté envers les animaux n'est blâmable qu'indirectement, parce qu'elle endurcit le cœur. C'est un anthropocentrisme marqué, tempéré par l'idée que toute créature, en tant qu'elle est, est bonne et reflète son Créateur.

Somme contre les Gentils, III, 112

Aristoteexplicite

L'anthropocentrisme est explicite : les plantes existent pour les animaux et les animaux pour l'homme. Une hiérarchie des âmes (végétative, sensitive, rationnelle) place l'homme au sommet, les autres vivants étant ordonnés à son usage.

Politique, I, 8 (1256b)

Arguments et objections
ArgumentLa dignité de la personneLe statut moral plein tient à la capacité d'être lésé, d'avoir des droits ; or droits et devoirs vont de pair, et seul un être rationnel peut reconnaître un devoir. Animaux et nature relèvent donc de notre bienveillance, non de la justice due à un égal.
  1. Un être a un statut moral plein quand il peut être lésé, avoir des torts à faire valoir, non seulement subir un dommage : on peut blesser une bête, mais peut-on lui « faire injustice » ?
  2. Or droits et devoirs vont de pair : n'a de droits que ce qui peut aussi reconnaître des devoirs, entrer dans l'espace des raisons où l'on se rend des comptes, ce qui est le propre des êtres rationnels.
  3. Animaux et nature ne peuvent ni promettre, ni consentir, ni répondre de rien : ils relèvent de notre bienveillance, non de la justice ; nous leur devons des égards, non le respect dû à un égal.

Donc Donc le cercle de la justice est celui des personnes : la cruauté envers les bêtes est un mal parce qu'elle nous dégrade et trahit notre humanité, non parce qu'une injustice serait faite à la bête.

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ObjectionAttaque le raisonnementL'argument des cas marginauxL'anthropocentrisme fait de la raison le critère du statut moral ; mais bien des humains n'y satisfont pas. Ou l'on les exclut, ce que nul n'accepte, ou on les inclut par la sensibilité qu'ils partagent avec les bêtes, et le critère vaut alors aussi pour celles-ci.
  1. L'argument fait de la raison, de l'agir responsable, le critère du statut moral plein.
  2. Mais bien des humains n'y satisfont pas : nourrissons, personnes atteintes de démence profonde, grands handicapés mentaux ne peuvent ni promettre, ni répondre de leurs actes. Nous leur reconnaissons pourtant une pleine dignité.
  3. Ou bien l'on maintient le critère et l'on exclut ces humains, ce que nul n'accepte ; ou bien on les inclut par ce qu'ils partagent avec les animaux, la capacité de souffrir et de jouir, et ce critère vaut alors aussi pour les bêtes.

Donc Donc la raison ne peut être le vrai critère : ce qui fait entrer dans le cercle moral n'est pas de raisonner, mais de pouvoir souffrir, et cela, bien des animaux le peuvent.

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ObjectionAttaque la position Expérience de penséeLe dernier hommeLe dernier homme peut anéantir sans douleur toute vie restante : si seuls les humains comptent, le geste serait indifférent ; or il semble une faute grave, signe que la valeur ne tenait pas qu'à nous.
  1. Soyez le dernier humain, mourant, sans descendance : vous pouvez détruire d'un coup et sans douleur toute la vie restante, forêts, océans, animaux.
  2. Aucun humain n'existera plus pour en pâtir ou s'en réjouir : selon l'anthropocentrisme, pour qui toute valeur est valeur pour l'homme, ce geste ne lèse personne et reste indifférent.
  3. Or il nous apparaît comme une dévastation, une faute : ce monde vivant valait, semble-t-il, indépendamment de tout regard humain.

Donc Donc la valeur n'est pas seulement valeur-pour-nous : si détruire la vie sans nuire à aucun homme reste un mal, c'est que le cercle moral déborde l'humanité.

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Fondements et implications
↑ Ce qui la fondeAnthropocentrisme — Cercle moral!AnthropocentrismeCercle moral
Prescriptif
Dualisme des substances — L'énigme de la conscience=Dualisme dessubstancesL'énigme de la conscience
Descriptif
Dualisme — Nature du réel=DualismeNature du réel
Descriptif
Une feuille, une application qui ne fonde rien d'autre ici.

Ce qui la fonde

L'énigme de la conscience

Si seule l'âme rationnelle confère une intériorité véritable, les animaux, privés de cette substance pensante, ne sont que des mécanismes sans dignité propre. Le dualisme des substances soutient l'anthropocentrisme moral : chez Descartes, la « bête-machine » n'entre pas dans le cercle de nos devoirs directs. Le lien est toutefois moins net chez les anthropocentristes qui, tel Kant, fondent la dignité sur la raison plutôt que sur une âme-substance.

Ce qu'elle implique

Une feuille, une application qui ne fonde rien d'autre ici.

Problèmes
  • PrescriptifMorale
    Le critère du statut moral

    Qu'est-ce qui donne à un être une valeur morale : la raison, comme le pensait Kant, ou la simple capacité de souffrir, comme le demandait Bentham ? Selon le seuil retenu, le cercle des êtres qui comptent s'ouvre ou se referme.

    un être vivant
  • PrescriptifMorale
    Le privilège de l'espèce

    Préférer les siens parce qu'ils sont de notre espèce, est-ce un devoir naturel ou un préjugé arbitraire, comparable au racisme ? Et si des nourrissons ou des humains très diminués comptent sans posséder la raison, l'espèce peut-elle encore servir de critère ?

    un animal non humain
  • Descriptif
    La vie intérieure des bêtes

    Tout le débat suppose que les animaux ressentent quelque chose : mais peut-on le savoir ? Descartes voyait en eux des machines sans conscience ; comment être sûr qu'il y a « un effet que cela fait » d'être une chauve-souris ?

    la vie mentale d'un animal
  • PrescriptifMorale
    Une machine peut-elle compter moralement ?

    Si une intelligence artificielle disait souffrir, faudrait-il étendre jusqu'à elle le critère de la sensibilité, ou la considération morale s'arrête-t-elle au vivant, une souffrance simulée n'obligeant à rien ?

    une intelligence artificielle
  • PrescriptifMorale
    Faut-il cesser d'exploiter les animaux ?

    Si les animaux sensibles comptent vraiment, l'élevage industriel, l'abattage et l'expérimentation deviennent-ils des maux qu'il faut cesser, jusqu'à changer nos vies et nos assiettes, ou peut-on leur devoir des égards sans renoncer à s'en servir ?

    l'élevage et l'abattage