Avant la naissance, après la mort
Sur l'axe: La mort · celui qui meurt
Nous ne pleurons pas le néant qui précédait notre naissance : pourquoi redouter celui qui suivra notre mort ? Et comment la mort serait-elle un mal, s'il n'y a plus personne pour en pâtir ?
Justification
L'argument repose sur deux prémisses tirées de la physique : tout bien et tout mal résident dans la sensation, et la mort, dissolution des atomes de l'âme, est précisément privation totale de sensation. Il s'ensuit que la mort ne peut être un mal pour personne, car le sujet qui en pâtirait n'existe jamais en même temps qu'elle : tant que nous sommes, elle n'est pas là ; quand elle est là, nous ne sommes plus. La peur de mourir vise donc un néant, et craindre un état où l'on ne sera pas est aussi vain que de s'affliger du temps d'avant sa naissance. Ce raisonnement, deuxième volet du , retire son objet à l'angoisse qui, selon Épicure, empoisonne toute la vie.
La mort n'est rien pour nous ; car lorsque nous sommes, la mort n'est pas là, et lorsque la mort est là, nous ne sommes plus.Lettre à Ménécée, 125
Lettre à Ménécée, 124-125 · Maximes capitales, II
Justification
Puisque l'âme est corporelle et naît, croît et vieillit avec le corps, elle se dissout avec lui : tout sentir cesse alors, et un sujet qui n'est plus ne peut éprouver aucun mal. La mort n'est donc rien pour nous, conclusion qu'Épicure tenait déjà ; mais Lucrèce y consacre tout le livre III et en fait une longue consolation, multipliant les preuves de la mortalité de l'âme et l'argument de la symétrie : nous ne nous affligeons pas du néant d'avant notre naissance, pourquoi craindre celui d'après notre mort, qui lui ressemble en tout ? Vouloir survivre est se contredire, car le mort n'aura plus de manque ni de regret. La consolation s'élargit à une réplique à la nature elle-même, qui reproche aux vivants leur ingratitude et leur soif de durer.
La mort n'est donc rien pour nous et ne nous touche en rien, puisque la nature de l'âme est tenue pour mortelle.De la nature des choses, III, 830-831
De la nature des choses, III, 417-829 (l'âme mortelle ; la mort n'est rien pour nous) · De la nature des choses, III, 830-1094 (l'argument de la symétrie ; la diatribe de la Nature)