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PratiqueExistentielle Question

Apprivoiser la peur

Sur l'axe: La mort · la pensée de la mort

Les sages ont proposé des exercices pour vivre sans en être hanté, y songer chaque jour ou n'y plus penser : la philosophie peut-elle vraiment nous guérir de cette peur, ou nous tient-elle trop fort pour céder ?

Bien des penseurs ont moins cherché à percer le mystère de la mort qu'à régler sur elle leur façon de vivre. Leurs attitudes ne tiennent pas toujours dans une seule case : elles vous aident à vous situer.

Réponses possibles

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Positions de philosophes

Épicure

Majeur
100
0
0
0
Justification

L'argument repose sur deux prémisses tirées de la physique : tout bien et tout mal résident dans la sensation, et la mort, dissolution des atomes de l'âme, est précisément privation totale de sensation. Il s'ensuit que la mort ne peut être un mal pour personne, car le sujet qui en pâtirait n'existe jamais en même temps qu'elle : tant que nous sommes, elle n'est pas là ; quand elle est là, nous ne sommes plus. La peur de mourir vise donc un néant, et craindre un état où l'on ne sera pas est aussi vain que de s'affliger du temps d'avant sa naissance. Ce raisonnement, deuxième volet du , retire son objet à l'angoisse qui, selon Épicure, empoisonne toute la vie.

La mort n'est rien pour nous ; car lorsque nous sommes, la mort n'est pas là, et lorsque la mort est là, nous ne sommes plus.Lettre à Ménécée, 125

Lettre à Ménécée, 124-125 · Maximes capitales, II

Sénèque

Majeur
85
15
0
0
Justification

La mort n'étant que le terme naturel d'un emprunt rendu à la nature, le mal n'est pas en elle mais dans la crainte qu'on en a, crainte qui asservit toute la vie à son ombre. Sénèque renverse alors la peur en instrument de liberté : qui s'exerce chaque jour à mourir, et tient pour ouverte la porte de la sortie volontaire, ne peut plus être contraint par rien ni par personne. La méditation de la mort n'est donc pas morbide mais émancipatrice, et elle vaut moins pour l'au-delà, qu'il n'attend pas, que pour rendre au présent tout son prix.

Celui qui a appris à mourir a désappris à servir.Lettres à Lucilius, XXVI

Lettres à Lucilius, XXVI et LXX (s'exercer à la mort) · Lettres à Lucilius, IV (méditer la mort, c'est méditer la liberté)

Michel de Montaigne

Majeur
80
15
5
0
Justification

Le jeune Montaigne, suivant et , tient que « philosopher c'est apprendre à mourir » : préméditer sans cesse la mort pour la désarmer. Le Montaigne mûr renverse ce stoïcisme volontariste : à trop penser la mort, on s'empoisonne la vie. Mieux vaut s'en remettre à la nature, qui « vous apprendra suffisamment » à mourir le moment venu, comme les paysans le font sans philosophie. La mort cesse d'être une épreuve à préparer pour devenir un terme naturel à accueillir sans le craindre, dans une sérénité de coloration épicurienne plus que d'espérance d'au-delà.

Essais, I, 20, « Que philosopher c'est apprendre à mourir » et III, 12, « De la physionomie »

Le mettre en pratique

Des exercices et des attitudes que des philosophes ont établis pour vivre cette question.

Memento mori : se souvenir de la mortHabitudeAttestée · Stoïcisme et épicurisme

Souviens-toi que tu mourras, pour rendre ce jour plus dense.

Stoïciens et épicuriens invitaient à garder la mort en vue, non pour s'en effrayer mais pour rendre le présent plus dense. Se rappeler que le temps est compté trie l'essentiel du futile et désarme la peur de manquer. Aujourd'hui, c'est un remède contre la procrastination et le report perpétuel de ce qui compte.

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Regarder sa mort en face pour se rendre à soi-mêmeExerciceInspirée de Heidegger

Pour , fuir la pensée de la mort, c'est se laisser vivre comme « on » vit, dilué dans les habitudes et les attentes des autres. Anticiper sa propre mort, la seule que nul ne peut assumer à votre place, vous singularise et vous rend à ce que vous voulez vraiment : c'est l'. Aujourd'hui, cet exercice est un antidote au pilotage automatique, une façon de reprendre la main sur une vie plutôt que subie.

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Premeditatio malorum : la prévision des mauxExerciceAttestée · Stoïcisme

Pratiqué par , cet exercice consiste à se représenter calmement, à l'avance, les revers possibles d'une journée ou d'un projet. Loin d'être du pessimisme, il désamorce l'angoisse et entraîne à distinguer ce qui dépend de vous de ce qui n'en dépend pas. Aujourd'hui, il aide à aborder un entretien, un voyage ou une décision difficile sans être paralysé par l'imprévu.

  1. Choisissez une situation à venir qui vous préoccupe (un rendez-vous, une échéance, une conversation).
  2. Énumérez par écrit les contretemps plausibles : retard, refus, panne, critique, silence de l'autre.
  3. Pour chacun, demandez-vous : est-ce que cela dépend de moi ? Notez la part qui relève de vos choix et la part qui ne dépend pas de vous.
  4. Préparez une réponse concrète pour la part qui dépend de vous, et formulez une phrase d'acceptation pour le reste.
  5. Refermez l'exercice : vous avez répété l'épreuve, vous pouvez maintenant agir l'esprit plus léger.

au besoin, la veille d'un événement important, 10 minutes · Attestée · Stoïcisme

Le but est de se préparer, pas de ruminer. Si l'exercice nourrit l'anxiété au lieu de l'apaiser, écourtez-le et concentrez-vous uniquement sur les réponses que vous pouvez préparer.

La symétrie du non-êtreExerciceAttestée · Lucrèce

Au livre III du , propose un argument simple contre la peur d'être mort : placez l'éternité qui suivra votre mort à côté de l'éternité infinie qui a précédé votre naissance. Ce néant d'avant ne vous a jamais tourmenté ; pourquoi redouter celui d'après, qui lui ressemble en tout ? Là où la mort est, vous n'êtes plus, et un sujet qui n'est plus ne peut subir aucun mal. L'exercice ne console pas du deuil ni n'efface le prix de vivre : il vise une peur précise, celle d'être mort, et la rend à l', la paix de l'âme.

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Le tétrapharmakos : le quadruple remèdeRègleAttestée · Épicurisme

Rien à craindre des dieux, rien à redouter de la mort ; le bien est facile à atteindre, le mal facile à supporter.

Les épicuriens résumaient leur sagesse en un "quadruple remède" à mémoriser pour apaiser l'esprit. Quatre maximes contre les quatre grandes sources d'angoisse : les dieux, la mort, la douleur et le désir. Aujourd'hui, c'est un petit mantra rationnel à se réciter quand l'inquiétude monte.

Quand Dès qu'une inquiétude monte : sur les dieux, la mort, le manque ou la douleur.

  1. Ce qui me dépasse (le divin, le destin) n'a pas à me terrifier ; je n'ai pas à vivre dans la crainte d'une punition.
  2. La mort n'est rien pour moi, car là où je suis, elle n'est pas, et là où elle est, je ne suis plus.
  3. Le bien est facile à atteindre ; les plaisirs simples et naturels suffisent au bonheur.
  4. Le mal est facile à supporter ; les douleurs intenses sont brèves, et les douleurs durables sont supportables.

Attestée · Épicurisme

Ces maximes apaisent l'angoisse existentielle, mais ne remplacent pas un traitement médical pour une douleur réelle ni un soutien face à une détresse profonde. Le "facile à supporter" est un encouragement, pas un déni de la souffrance.

S'exercer à mourir : prendre soin de son âmeExerciceAttestée · Platon

Dans le Phédon, définit le philosophe comme celui qui « s'exerce à mourir » : non par goût morbide, mais parce qu'il prend soin de ce qui, en lui, ne périt pas avec le corps. Si vous espérez que quelque chose de vous demeure, cet exercice fait de la vie présente une préparation : desserrer l'emprise de ce qui passe, et nourrir ce que vous tenez pour durable. Aujourd'hui, c'est une manière de remettre à leur place l'avoir et l'urgence, et de soigner ce qui compte le plus à vos yeux.

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Repères: Épicure · Sénèque · Montaigne