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Impartialisme

Axe: PartialitéEst-il juste d'accorder une priorité morale à nos proches ?

La morale exige de considérer chaque personne de manière égale : les intérêts d'un inconnu comptent autant que ceux d'un proche. Favoriser les siens, c'est céder à un préjugé que la raison morale doit corriger.

Qui défend cette position

Courants 3

Utilitarismeexplicite

Si seul le bien-être compte, alors un même plaisir vaut autant quel que soit celui qui l'éprouve : aucun point de vue, ni celui de l'agent, ni celui de sa nation, ni celui d'une classe, ne possède de prééminence dans le calcul. De ce pas naît la formule, chacun compte pour un et personne pour plus d'un, et l'agrégation qui additionne sans pondérer les bonheurs individuels. Cette stricte distingue l'utilitarisme des morales qui accordent un poids spécial aux proches ou aux compatriotes : en fait l'axiome de bienveillance universelle au cœur des Méthodes de l'éthique.

Mill, L'Utilitarisme, chapitre 5 · Sidgwick, Les Méthodes de l'éthique

Bouddhismeexplicite

La bienveillance (mettā, l'amour bienveillant) et la compassion (karuṇā) se cultivent envers tous les êtres sans distinction : la pratique consiste justement à étendre l'amour bienveillant au-delà des proches, à l'indifférent puis à l'ennemi. La dissolution du moi séparé ôte sa base à la préférence partiale, orientant le bouddhisme vers un impartialisme bienveillant.

Karaṇīya Mettā Sutta (le discours sur l'amour bienveillant) · Dhammapada, ch. I (les paires)

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Stoïcismeinférable

Le cosmopolitisme stoïcien implique une sollicitude égale pour tout être rationnel : puisque tous les hommes participent du même et forment une seule cité du monde, le leur doit en principe une considération impartiale. Hiéroclès invite même à resserrer les cercles de l' pour traiter les plus éloignés comme des proches.

Hiéroclès, Éléments d'éthique · Marc Aurèle, Pensées pour moi-même, VII, 13

Philosophes 7

Benthamexplicite

Dans le calcul de l'utilité, le plaisir et la douleur de chacun comptent à égalité, sans privilège pour soi, ses proches ou son groupe : chacun pour un, nul pour plus d'un. Cet impartialisme strict, où le bien-être de l'agent ne pèse pas plus que celui de n'importe qui d'autre, est l'un des traits les plus caractéristiques et les plus exigeants de l'utilitarisme classique.

Introduction aux principes de la morale et de la législation, ch. IV (l'étendue : le nombre des personnes affectées)

Kantexplicite

Une maxime n'a de valeur morale que si je puis vouloir qu'elle devienne une loi universelle valant pour tout être raisonnable, sans exception en ma faveur ni envers mes proches. L' exclut par construction tout privilège accordé à soi ou aux siens, d'où un impartialisme presque pur.

Fondements de la métaphysique des mœurs, section II

Millexplicite

Dans le calcul du bonheur, chacun compte pour un, nul ne compte pour plus d'un : l'utilitarisme exige une stricte , un spectateur strictement désintéressé et bienveillant. Le bonheur de l'agent ne pèse pas plus que celui d'un étranger, ce que Mill rapproche de la règle d'or de Jésus de Nazareth.

L'Utilitarisme, ch. 2 (le spectateur désintéressé et bienveillant) · L'Utilitarisme, ch. 5 (chacun compte pour un, formule attribuée à Bentham)

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Le Bouddhainférable

La bienveillance (mettā, l'amour bienveillant) se cultive envers tous les êtres sans distinction : la pratique enseignée consiste à étendre l'amour bienveillant au-delà des proches, à l'indifférent puis à l'ennemi, comme une mère protège son unique enfant. Étendue à tous les vivants, cette bienveillance fait pencher l'enseignement vers un impartialisme bienveillant.

Karaṇīya Mettā Sutta, Sutta Nipāta 1.8 (le discours sur l'amour bienveillant) · Dhammapada, ch. I (les paires)

Camusinférable

La solidarité née de la vaut pour tout homme humilié, sans privilège de proximité ni d'appartenance : la formule « je me révolte, donc nous sommes » étend la valeur à l'ensemble des hommes. Rieux soigne les pestiférés indistinctement, ce qui penche du côté de l'impartialité, tempéré par l'enracinement charnel de Camus dans une terre aimée.

L'Homme révolté (1951) · La Peste (1947)

Diogène de Sinopeinférable

Le cosmopolitisme de Diogène nie tout privilège naturel des proches : la patrie, la famille et la cité n'étant que , elles ne fondent aucune obligation particulière que la nature reconnaîtrait. Tout être raisonnable vaut également, par-delà l'arbitraire de la naissance. La position penche vers l'impartialité, mais reste inférée : Diogène ne théorise pas les devoirs, il dissout les loyautés conventionnelles plus qu'il ne construit une éthique impartiale positive.

Diogène Laërce, Vies, VI, 72

Épictèteinférable

Le cosmopolitisme stoïcien fonde une égale considération pour tout être raisonnable, fils du même Zeus. Mais Épictète insiste aussi sur les devoirs particuliers attachés aux rôles (père, fils, citoyen), ce qui tempère l'impartialisme : une impartialité de principe vécue à travers des attaches concrètes.

Entretiens, II, 10 · Entretiens, III, 24

Arguments et objections
ArgumentL'égale valeur de chacunQu'un être me soit proche est un fait sur moi, non sur le prix de sa peine : la morale demande de compter chacun également.
  1. Une douleur est une douleur, que celui qui l'éprouve soit le mien ou un inconnu : qu'il soit « le mien » est un fait sur moi, non sur le prix de sa peine.
  2. Donner la priorité aux miens du seul fait qu'ils sont miens, c'est une , pas plus que privilégier sa nation ou sa couleur.
  3. le montre par un cas limpide : si je me jette pour sauver l'enfant qui se noie devant moi, ni la distance ni l'absence de lien ne changent ce que je dois à l'enfant qui meurt ailleurs.

Donc La morale demande donc de compter chacun également : la partialité envers les siens est un penchant, non une raison juste.

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ObjectionUne pensée de tropUne morale qui soumet vos attachements à un tribunal impartial vous sépare de ce qui donne sens à votre vie.
  1. Voyant votre conjoint et un inconnu se noyer, si vous vous demandez d'abord si l'impartialité vous permet de sauver le vôtre, vous avez déjà eu, comme on l'a dit, une pensée de trop.
  2. Nos amours, nos fidélités, nos gratitudes ne sont pas des préférences qu'on justifie : ce sont elles qui font le prix d'une vie.
  3. Exiger qu'elles rendent des comptes à une égalité abstraite, c'est se rendre étranger à soi-même au nom de la morale.

Donc Une impartialité qui condamne l'attachement se retourne donc contre ce qu'elle prétendait servir : une vie humaine digne d'être vécue.

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ObjectionL'exigence sans finSi chacun compte également, votre vie entière devient une faute.
  1. Si la peine d'un inconnu pèse autant que celle d'un proche, chaque euro dépensé pour un plaisir dont je pourrais me passer est un euro dû à qui meurt faute de soins.
  2. L'impartialité stricte ne laisse aucun répit : offrir un cadeau à mon enfant plutôt que de sauver un enfant lointain devient, à chaque instant, un manquement.
  3. Une morale qu'aucun être humain ne peut tenir, et qui condamne jusqu'à l'amour porté aux siens, s'est peut-être trompée sur ce qu'est la morale.

Donc Une exigence que nul ne peut vivre, et qui fait de l'attachement une faute, se réfute peut-être d'elle-même.

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Pratiques
Resserrer les cerclesHabitudeAttestée · Stoïcisme, Hiéroclès

Traiter peu à peu les plus lointains comme s'ils étaient plus proches.

Le stoïcien Hiéroclès imaginait chacun au centre d'une série de cercles : soi, la famille, les proches, les concitoyens, l'humanité entière. La sagesse, disait-il, consiste à resserrer ces cercles, à traiter peu à peu les plus lointains comme s'ils étaient plus proches. Cette habitude met en pratique cette graduée : tous comptent au fondement, mais le soin se déploie par cercles, avec la tâche de les rapprocher. Elle aide aujourd'hui à tenir ensemble l'égale valeur de chacun et la priorité concrète due aux siens.

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Élargir le cercleExerciceInspirée de Peter Singer

Pour , la raison morale nous pousse à élargir peu à peu le cercle de ceux qui comptent : au-delà des nôtres jusqu'à l'inconnu lointain, puis au-delà de notre espèce jusqu'à tout être capable de souffrir, car une souffrance ne pèse pas moins selon qui la porte. Cet exercice entraîne à débusquer le poids excessif de la proximité, et de la seule appartenance humaine, dans nos choix, et à accorder une à des intérêts qu'on néglige d'ordinaire. Il aide aujourd'hui à trancher quand une décision favorise spontanément un proche, et à voir où va réellement notre aide.

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Problèmes
  • PrescriptifMorale Mise en situation
    Le proche ou l'inconnu

    Deux vies sont en péril et une seule peut être sauvée ; si toutes comptent également, qu'un des deux soit un être aimé ne devrait rien changer : le lien est-il une raison morale de sauver d'abord les siens, ou une préférence que la morale exige de surmonter ?

    le sauvetage
  • PrescriptifMorale
    Des devoirs nés des liens

    Mes devoirs envers mes enfants ou mes amis naissent-ils du lien lui-même, qui oblige par sa seule existence, ou sont-ils la part qui me revient d'un souci dû également à tous, parce que chacun veille mieux sur les siens ?

    les liens
  • PrescriptifPolitique et droit
    Le conflit d'intérêts

    Fidèle en amitié, dévoué aux siens : ce qui est vertu dans la vie privée devient favoritisme et corruption dès qu'on exerce une charge ; où passe la ligne entre aimer les siens et être injuste envers tous les autres ?

    la charge publique
  • Descriptif
    Le cercle de la sympathie

    Notre souci des autres faiblit à mesure qu'ils s'éloignent de nous, dans l'espace, le sang ou la ressemblance : la morale doit-elle bâtir sur cette pente naturelle, ou la corriger comme un préjugé de naissance ?

    la sympathie humaine
  • PrescriptifPolitique et droit
    Des proches aux compatriotes

    Les compatriotes sont des inconnus : le patriotisme prolonge-t-il pourtant envers eux la loyauté due aux proches, comme une famille élargie, ou est-ce un tout autre attachement ? À qui l'on appartient d'abord fait l'objet d'un axe à part.

    la nation