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Rapport à soi· Identité et libertémilieu nommé

Compatibilisme

Axe: Liberté de la volontéSommes-nous réellement libres de nos choix, ou sont-ils déterminés ?

Le compatibilisme renonce au libre arbitre au sens fort, ce pouvoir de choisir autrement face à une alternative, mais conçoit une liberté à l'intérieur de la nécessité. Être libre, ce n'est pas échapper aux causes, c'est n'être pas contraint du dehors : j'agis librement quand mon acte découle de mes propres désirs et de mes raisons, non d'une force qui me violente. La liberté s'oppose à la contrainte extérieure, non à la nécessité intérieure de l'agent.

Qui défend cette position

Courants 1

Afficher les positions inférées (1)
Stoïcismeinférable

Le stoïcisme affirme un causal intégral (le destin) tout en maintenant que notre est en notre pouvoir : c'est la position classique, illustrée par le cylindre de Chrysippe qui roule par une impulsion externe mais selon sa propre forme. La position penche légèrement du côté déterministe puisque le destin enchaîne toutes les causes.

Cicéron, Du destin · Aulu-Gelle, Nuits attiques, VII, 2

Philosophes 4

Leibnizexplicite

Si rien n'arrive sans , comment l'acte peut-il rester libre ? Leibniz dénoue la difficulté en distinguant deux nécessités : est absolument nécessaire ce dont le contraire est contradictoire (les vérités de raison) ; n'est qu'hypothétiquement nécessaire ce qui suppose le libre choix divin du meilleur. L'acte humain relève du second cas : il est certain, parce qu'inscrit dans la notion complète de la personne, mais non nécessaire, car son contraire reste logiquement possible. Les motifs inclinent donc sans contraindre, et c'est précisément ce qui sépare Leibniz du nécessitarisme de , où tout découle de Dieu avec une nécessité géométrique. Ce raffiné concilie détermination par les raisons et contingence, d'où une valeur à peine du côté du déterminisme.

Essais de théodicée, §43-53 et §288 (incliner sans nécessiter) · Discours de métaphysique, §13 (la notion individuelle enveloppe tout, sans nécessité absolue)

Épictèteexplicite

Ancien esclave, Épictète déplace toute la question de la liberté hors des chaînes et des maîtres : on peut entraver mon corps, me jeter en prison, m'exiler, mais nul, pas même Zeus, ne peut contraindre mon . La liberté réelle se loge dans le seul lieu que rien d'extérieur n'atteint, la , la faculté de juger et de vouloir. D'où une position tranchée : le cours du monde obéit au destin, mais l'usage que je fais de mes représentations reste inaliénablement mien. Contre l'idée commune qui mesure la liberté à l'absence d'obstacles, il soutient qu'un homme enchaîné peut être libre et un tyran esclave de ses désirs.

Entretiens, I, 1 · Entretiens, I, 17

Afficher les positions inférées (2)
Hegelinférable

La liberté véritable est une self-détermination réconciliée avec la nécessité : être libre, c'est vouloir rationnellement et se reconnaître dans ce qui nous détermine, non échapper à toute détermination. D'où un compatibilisme, à égale distance du libre arbitre indéterminé qui choisirait sans raison et du déterminisme qui nierait la volonté.

Principes de la philosophie du droit, Introduction §4-7

Marc Aurèleinférable

Tout s'enchaîne selon le et la , mais l'âme garde le pouvoir de juger et de consentir : nul événement ne peut contraindre l' du . C'est le stoïcien, la nécessité cosmique laissant intacte la liberté intérieure ; la position penche à peine vers le déterminisme, car la trame des causes enveloppe tout le reste.

Pensées pour moi-même, VIII, 47 · Pensées pour moi-même, XII, 10 · Pensées pour moi-même, V, 10

Arguments et objections
ArgumentLa liberté comme cause adéquatePour , la liberté n'est pas l'absence de mais un degré d'activité : agir depuis sa propre nature comprise, non sous l'effet de passions subies.
  1. Un effet peut dépendre de moi de deux façons : ou bien il découle de ma seule nature, et j'en suis la cause adéquate ; ou bien il faut, pour l'expliquer, des forces extérieures que je subis, et je n'en suis que la cause partielle.
  2. Dans le premier cas je suis actif, et libre d'autant ; dans le second, passif. Or la plupart de nos désirs nous mènent à notre insu : la liberté n'est donc pas tout ou rien, mais une affaire de degré.
  3. Ce degré ne croît pas en échappant aux causes, mais en les comprenant : sachant pourquoi je désire ce que je désire, j'agis de moi compris, non d'un dehors qui m'agite. Nul pouvoir de faire autrement n'est requis.

Donc Donc on peut être pleinement déterminé et pourtant plus ou moins libre, selon qu'on agit en cause adéquate : la liberté croît avec la connaissance de la nécessité, non avec son abolition.

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ArgumentL'argument des attitudes réactivesLa responsabilité ne tient pas à une métaphysique de la liberté, mais aux réactions par lesquelles nous nous traitons en égaux.
  1. Envers autrui, nous éprouvons spontanément ressentiment, gratitude ou indignation : ces attitudes réactives forment le tissu ordinaire de la vie partagée, et c'est en elles, d'abord, que nous le tenons pour responsable.
  2. Or nous ne les réglons pas sur une thèse touchant les causes : nous les suspendons devant un tout jeune enfant ou un malade, non parce qu'une preuve du nous y obligerait, mais parce que là, l'autre n'était pas en mesure de nous répondre comme un égal.
  3. Tenir quelqu'un pour responsable, c'est donc le traiter en partenaire à qui l'on peut demander des comptes ; et à cette attente, tissée dans nos relations mêmes, nous ne saurions renoncer sans cesser de vivre parmi les autres en humains.

Donc Donc on peut se tenir, soi et autrui, pour responsable dans un monde déterminé : non par un pouvoir d'échapper aux causes, mais par les relations où nous nous tenons. C'est la voie du .

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ArgumentLa liberté comme absence de contrainteLa liberté ne s'oppose pas à la cause mais à la contrainte : un acte est libre quand il découle de notre propre délibération.
  1. Comparez le toxicomane, poussé par un désir qu'il désavoue, et la personne qui pèse ses raisons puis agit en conséquence : tous deux ont des causes, mais seul le second agit librement.
  2. La liberté ne s'oppose donc pas à la cause, mais à la contrainte : est libre l'acte qui découle de ma propre volonté, fût-elle elle-même déterminée.
  3. Ainsi liberté et se réconcilient : je suis l'auteur de mes actes dès lors qu'ils passent par ma délibération, sans qu'il faille un pouvoir d'échapper aux causes.

Donc Donc on peut être libre et responsable dans un monde déterminé : c'est la thèse du .

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ObjectionL'argument de la conséquenceSi le passé et les lois ne dépendent pas de nous, nos actes non plus.
  1. Si le est vrai, mes actes découlent nécessairement de l'état du monde bien avant ma naissance et des lois de la nature.
  2. Or je n'ai aucun pouvoir sur ce passé lointain, ni sur les lois de la nature : rien de tout cela n'est en mon pouvoir.
  3. Et ce dont je n'ai pas le pouvoir, ses conséquences nécessaires échappent elles aussi à mon pouvoir.

Donc Donc, si tout est déterminé, mes actes ne sont pas en mon pouvoir : redéfinir la liberté ne suffit pas à me les rendre.

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ObjectionLe faux-fuyantRedéfinir la liberté, n'est-ce pas esquiver la vraie question ?
  1. La question était : pouvions-nous agir autrement ? Le compatibiliste y répond en changeant le sens du mot « libre », non en y répondant.
  2. y voyait un « misérable subterfuge » ; William James, un « bourbier d'échappatoires ». La liberté qui compte vraiment, disent-ils, c'est le pouvoir d', que le déterminisme retire.
  3. Appeler « libre » un acte entièrement déterminé, ce serait sauver le mot en perdant la chose : la responsabilité, le mérite, le remords supposent davantage qu'une absence de contrainte extérieure.

Donc Donc le compromis compatibiliste est peut-être un mot sur un problème : ou la liberté est réelle, ou elle ne l'est pas.

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Problèmes
  • Descriptif
    Libre sans pouvoir faire autrement ?

    Même si je ne pouvais pas faire autrement, suis-je libre quand mon acte vient de mes propres désirs et de mes raisons, sans rien qui me force contre moi-même ?

    un acte
  • Descriptif
    Une raison est-elle une cause ?

    Quand j'agis pour une raison, cette raison explique-t-elle mon acte comme le ferait une cause, ou y a-t-il deux manières irréductibles de rendre compte d'une action ?

    un motif
  • Descriptif
    Échapper aux causes, ou les comprendre ?

    Être libre, est-ce ne dépendre d'aucune cause, ou comprendre ce qui nous détermine, au point d'agir en accord avec cette nécessité plutôt que de la subir ?

    l'ordre des causes
  • Descriptif
    Tout décidé, et pourtant libre ?

    Certaines religions affirment à la fois que tout est entre les mains de Dieu, prédestination ou destin, et que nous restons libres et responsables : ces deux croyances peuvent-elles tenir ensemble, ou l'une ruine-t-elle l'autre ?

    la providence
  • PrescriptifPolitique et droit
    Liberté intérieure ou liberté extérieure ?

    Qu'est-ce qui décide le plus de notre liberté : nos dispositions intérieures, ou les contraintes extérieures du pouvoir et de la société ? Et l'une rend-elle l'autre possible : peut-on être libre en esprit sous l'oppression, ou libre au-dehors sans l'être au-dedans ?

    l'ordre social