Rapport aux autres· Société et histoire
Cosmopolitisme
Axe: Appartenance — Où va d'abord notre appartenance : à notre communauté, ou à l'humanité tout entière ?
Nous sommes d'abord citoyens du monde : la dignité humaine ne s'arrête pas aux frontières. Les appartenances locales sont contingentes, et c'est à l'humanité tout entière que nous appartenons d'abord, par-delà les patries.
Courants 3
Cynismeexplicite
Si les frontières des cités ne sont que nomos, convention sans fondement dans la nature, alors aucune ne saurait commander l'appartenance d'un être raisonnable : la cité n'a pas plus de droit naturel sur moi que le hasard de ma naissance. De là le mot kosmopolitēs que forge Diogène, le premier à se dire citoyen du monde : non l'amour d'une patrie élargie, mais le refus d'en reconnaître aucune, l'humanité entière prise comme seul horizon. La provocation vise l'orgueil civique grec, qui faisait de l'exilé un déchu : le cynique en fait sa condition revendiquée.
Diogène Laërce, Vies des philosophes illustres, VI, 63
Stoïcismeexplicite
Les stoïciens ont élaboré le cosmopolitisme antique : tout homme, en tant qu'être rationnel, est citoyen du monde avant d'être citoyen d'une cité particulière. Marc Aurèle se dit citoyen de Rome en tant qu'Antonin, mais citoyen du monde en tant qu'homme.
Marc Aurèle, Pensées pour moi-même, VI, 44 · Épictète, Entretiens, I, 9
Les Lumièresexplicite
Citoyen du monde avant que de sa cité, l'homme des Lumières revendique une appartenance qui déborde les frontières et les confessions. La raison et l'humanité étant communes, les particularismes nationaux et religieux pèsent moins que ce qui unit le genre humain. en tire un projet de droit cosmopolitique et de « paix perpétuelle » entre les nations ; la République des Lettres en offre déjà la figure vécue, communauté savante sans patrie. Ce cosmopolitisme nourrit la critique de la guerre, de l'esclavage et du fanatisme.
Kant, Vers la paix perpétuelle · Voltaire, Dictionnaire philosophique, art. « Patrie »
Philosophes 9
Diogène de Sinopeexplicite
Si les frontières des cités ne sont que , convention sans fondement dans la nature, aucune ne saurait commander l'appartenance d'un être raisonnable : une cité n'a pas plus de droit naturel sur moi que le hasard de ma naissance. De là le mot que Diogène est le premier à se donner, citoyen du monde : non l'amour d'une patrie élargie, mais le refus d'en reconnaître aucune, l'humanité entière prise comme seul horizon. La provocation vise l'orgueil civique grec, qui faisait de l'exilé un déchu : le banni de Sinope retourne sa condition en revendication. Les stoïciens hériteront du mot, mais l'adosseront à une cité cosmique réglée par le ; chez Diogène il reste d'abord un geste de refus, sans cosmologie.
Diogène Laërce, Vies, VI, 63
Sénèqueexplicite
Sénèque distingue deux cités : celle, restreinte, de notre naissance, et la grande cité commune aux hommes et aux dieux, mesurée par le cours du soleil. Tout homme est notre concitoyen au titre de la raison partagée, la nature nous ayant faits parents : un fondé sur l' stoïcienne.
De la tranquillité de l'âme, IV (les deux républiques) · Lettres à Lucilius, XCV, 52-53 (la nature nous a faits parents)
Kantexplicite
Kant défend un droit cosmopolitique et l'idée d'une fédération d'États libres comme horizon de l'histoire : tout homme a un droit d'hospitalité universelle en tant que citoyen de la terre. L'État national demeure une médiation nécessaire, ce qui nuance le score.
Projet de paix perpétuelle · Idée d'une histoire universelle au point de vue cosmopolitique
Marc Aurèleexplicite
De la commune à tous les hommes, Marc Aurèle conclut à une cité unique du monde dont chacun est citoyen avant d'appartenir à sa patrie. La formule est sienne : citoyen de Rome en tant qu'Antonin, mais citoyen du monde en tant qu'homme, la première appartenance se subordonnant à la seconde.
Pensées pour moi-même, VI, 44 · Pensées pour moi-même, III, 11 · Pensées pour moi-même, IV, 4
Épictèteexplicite
Reprenant le cosmopolitisme cynique et stoïcien, Épictète invite à se dire citoyen du monde et fils de Zeus plutôt que citoyen d'une cité particulière. Les appartenances locales subsistent comme rôles à honorer, d'où une position forte mais non extrême.
Entretiens, I, 9 · Entretiens, II, 10
Marxexplicite
Pour Marx, la solidarité décisive n'est pas nationale mais de classe : les ouvriers n'ont pas de patrie, et le mot d'ordre prolétaire appelle à dépasser les frontières au nom d'un internationalisme prolétarien. La communauté pertinente n'est ni la nation ni l'humanité abstraite, mais le prolétariat mondial, ce qui penche fortement vers le cosmopolitisme de classe.
Manifeste du Parti communiste, ch. 2 et conclusion (les ouvriers n'ont pas de patrie ; prolétaires de tous les pays)
Schopenhauerexplicite
Il raille sans ménagement la fierté nationale, « la plus bon marché » des fiertés, celle de qui, n'ayant rien de personnel dont être fier, se rabat sur la nation qu'il partage avec des millions d'autres. Esprit cosmopolite et polyglotte, nourri d'Orient et d'Occident, il tient la vérité pour sans patrie.
Parerga et Paralipomena, « Aphorismes sur la sagesse dans la vie », chap. IV
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Millinférable
Le principe d'utilité ne connaît pas de frontières : le bonheur de l'humanité tout entière en est la mesure, ce qui donne à la morale millienne une portée . Mill condamne l'esclavage où qu'il se trouve et juge le progrès à l'aune de l'amélioration du sort de tous les hommes, par-delà l'appartenance nationale.
L'Utilitarisme, ch. 2 (le bonheur de l'ensemble des êtres concernés) · The Contest in America (1862), contre l'esclavage
Michel de Montaigneinférable
Découvrant par les récits du Nouveau Monde que d'autres peuples vivent autrement et aussi bien, Montaigne desserre l'attachement exclusif à sa propre cité : il se sent citoyen du monde et tient tous les hommes pour ses compatriotes. Mais ce cosmopolitisme reste celui d'un homme enraciné, fidèle à ses lois, ses amitiés et son pays par autant que par choix. Une ouverture sans déracinement, plus curieuse de l'étranger qu'aspirant à l'universel.
Essais, III, 9, « De la vanité » et I, 31