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Rapport au vrai· Vérité, langage et science

Pluralisme épistémique

Axe: Place de la scienceLa science est-elle la seule voie d'accès valable à la connaissance ?

Il n'existe pas de méthode unique qui garantirait la connaissance : la science elle-même progresse en violant ses propres règles. L'art, le mythe ou les savoirs traditionnels offrent des accès au réel que rien n'autorise à disqualifier d'avance.

Qui défend cette position

Courants 2

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Le romantismeinférable

La science n'a pas le monopole du vrai : à tout ramener à la mesure et au calcul, elle manque le vivant, le singulier et le sens, que la poésie, le mythe et l'intuition saisissent mieux qu'elle. Le romantisme conteste la prétention des à ériger le savoir scientifique en modèle de toute connaissance, et réhabilite des voies d'accès au réel que la raison calculante avait disqualifiées.

Novalis, Les Disciples à Saïs · Schelling, Idées pour une philosophie de la nature

Pragmatismeinférable

Le pragmatisme érige la méthode expérimentale des sciences en modèle de toute enquête rationnelle, y compris morale et sociale, mais sans réduire toute valeur au mesurable : James défend les droits de l'expérience religieuse et morale, et Dewey refuse de tenir la science pour l'unique forme de sens. La position est donc favorable à la science tout en restant pluraliste, à distance du scientisme.

Dewey, La Quête de la certitude (1929) · James, La Volonté de croire (1897)

Philosophes 5

Schopenhauerexplicite

L'étiologie, science des causes, explique les relations réglées entre phénomènes mais laisse entière l'énigme de leur essence intime : elle dit toujours comment, jamais quoi. La science est ainsi souveraine dans son ordre et par principe insuffisante, la métaphysique, l'art et la mystique prenant le relais là où elle s'arrête.

Le Monde comme volonté et comme représentation, §17

Wittgensteinexplicite

Wittgenstein n'est pas contre la science, mais contre le scientisme : l'idolâtrie de la méthode, du « progrès » et de la généralité, projetée sur la philosophie. Le philosophe qui « aspire à la généralité » et méprise le cas particulier singe la science ; or la philosophie, l'éthique, la religion sont des jeux de langage distincts, non des sciences déficientes. Il doute même que « l'âge de la science et de la technique » soit celui où l'humain trouve son sens.

Le Cahier bleu (l'ouverture, l'« aspiration à la généralité ») ; Tractatus, 6.371-6.372 · Remarques mêlées (Culture and Value)

Husserlexplicite

Husserl ne conteste pas la fécondité des sciences exactes, mais leur prétention à dire seules le réel. Depuis Galilée, la nature est traitée comme un pur tissu mathématique, et l'on oublie que ce vêtement d'idéalités recouvre le (Lebenswelt), le monde sensible, perçu, vécu, qui est le sol et la source de sens de toute théorie. L'objectivisme qui prend la mesure pour la chose même est une abstraction qui se prend pour le tout : la science présuppose toujours une expérience pré-scientifique qu'elle ne peut fonder elle-même. D'où une place de la science seconde, dérivée, qui doit être reconduite à son origine vécue plutôt qu'érigée en mesure unique du vrai.

La Crise des sciences européennes, §9 et §33-34

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Leibnizinférable

Mathématicien, physicien et logicien de premier plan, Leibniz tient la science mécaniste pour pleinement valide dans son ordre, celui des causes efficientes. Mais elle ne saurait suffire : la physique requiert un fondement métaphysique (la force, les substances), et l'ordre des fins échappe à la seule explication mécanique. Il refuse donc le scientisme réducteur au profit d'une pluralité de niveaux d'explication accordés entre eux.

Discours de métaphysique, §17-18 (la force, au-delà de l'étendue cartésienne) · Monadologie, §79 (les deux règnes des causes efficientes et finales)

Rousseauinférable

Si la science accroît le savoir, elle n'est pour Rousseau ni le modèle du bien vivre ni la voie de la vertu : l'érudition et les arts naissent souvent de l'oisiveté et de la vanité, et flattent l' plus qu'ils n'élèvent l'âme. Le savoir du cœur et de la conscience importe plus que celui des académies, d'où une nette mise en cause de l'autorité que le siècle reconnaît à la science.

Rousseau, Discours sur les sciences et les arts

Arguments et objections
ArgumentContre la méthodeAucun jeu de règles n'a été suivi par toute la bonne science et par elle seule ; les grandes avancées ont enfreint les canons de leur temps. Si même la science ne doit pas sa réussite à une méthode fixe, aucune ne peut être sacrée comme la seule porte du vrai, et l'art comme le vécu saisissent un réel qui échappe à la mesure.
  1. Aucun jeu de règles n'a été suivi par toute la bonne science et par elle seule : les grandes avancées, Copernic, Galilée, se sont faites précisément en enfreignant les canons de leur temps.
  2. Si même la science ne doit pas sa réussite à une méthode fixe, aucune méthode ne peut être sacrée comme la seule porte du vrai : la rationalité est plurielle et historique, non un algorithme unique.
  3. De plus, des pans entiers du réel, la qualité vécue d'une expérience, le sens d'une vie, ce qu'une tragédie ou un rite dévoile de l'humain, sont saisis par l'art, le récit, la tradition, et passent à travers le filet de la mesure en troisième personne.

Donc Donc la science est une forme puissante de savoir parmi d'autres, non la mesure de toutes : disqualifier d'avance l'art, l'expérience vécue ou les savoirs traditionnels est un dogmatisme, non un résultat.

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ObjectionAttaque la positionSi tout se vaut, rien ne se saitLe pluralisme refuse à toute méthode le privilège du vrai. Mais sans critère qui expose une prétention au démenti, on ne peut plus corriger une erreur ni trancher entre thèses rivales : l'astrologie et le charlatanisme réclament leur place, et « tout se vaut » revient à « rien ne se sait ».
  1. Le pluralisme refuse d'accorder à une méthode le privilège de dire le vrai : tous les accès au réel se vaudraient en droit.
  2. Mais alors qu'est-ce qui distingue un savoir d'une illusion partagée ? L'astrologie, le complotisme, le charlatanisme réclament eux aussi leur « autre façon de connaître ».
  3. Sans critère qui expose une prétention au démenti des faits, on ne peut plus corriger une erreur ni trancher entre thèses rivales : « tout se vaut » revient à « rien ne se sait ».

Donc Donc refuser tout privilège à la méthode qui s'expose aux faits menace de dissoudre la différence même entre savoir et croyance : il faut au moins un critère qui distingue ce qui s'expose au réel de ce qui s'en protège.

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Fondements et implications
↑ Ce qui la fondePluralisme épistémique — Place de la science=PluralismeépistémiquePlace de la science
Descriptif
Constructivisme — Statut du savoir=ConstructivismeStatut du savoir
Descriptif
Construction sociale — Identité sociale=Construction socialeIdentité sociale
Descriptif
Culturalisme — Nature et culture=CulturalismeNature et culture
Descriptif
Une feuille, une application qui ne fonde rien d'autre ici.

Ce qui la fonde

Statut du savoir

Si la science est une construction historique parmi d'autres, façonnée par ses paradigmes, alors elle n'a aucun monopole sur l'accès au réel. Le constructivisme du savoir fonde le pluralisme épistémique : Feyerabend soutient qu'aucune méthode unique ne garantit la connaissance et que la science elle-même progresse en transgressant ses propres règles.

Ce qu'elle implique

Une feuille, une application qui ne fonde rien d'autre ici.

Problèmes
  • Descriptif
    Le reste, après la science

    La science dit le comment, jamais le pourquoi ni ce qui vaut : elle pourrait répondre à toutes ses questions possibles sans avoir même effleuré ce qui donne son sens à une vie. Reste-t-il des vérités, sur le sens ou sur le bien, hors de sa portée ?

    les questions de la vie
  • Descriptif
    Expliquer, ou comprendre ?

    Étudier l'homme, l'histoire, une société, est-ce chercher des causes comme en physique, ou comprendre de l'intérieur un sens et des intentions ? Une seule méthode pour tous les objets, ou d'autres savoirs pour ce qui ne se réduit pas à un mécanisme ?

    les affaires humaines
  • Descriptif Expérience de pensée
    Ce que seule l'expérience vécue donne

    Le savoir objectif, en troisième personne, saisit-il ce que c'est que de voir un rouge, de souffrir, d'aimer ? La science présuppose un monde vécu qu'elle-même ne décrit pas, et l'intuition atteint une durée que la mesure laisse échapper.

    ce qui est vécu
  • Descriptif
    L'art dit-il le vrai ?

    La tragédie, le roman, le poème découvrent-ils, sur la condition humaine, des vérités qu'aucun énoncé scientifique ne saurait formuler, ou n'offrent-ils qu'un agrément sans valeur de connaissance ?

    l'œuvre d'art
  • Descriptif
    Qu'est-ce qui fait une science ?

    Qu'est-ce qui sépare une science d'une croyance qui s'en donne les apparences, l'astrologie ou une doctrine que rien ne pourrait démentir ? Sa capacité à s'exposer au démenti des faits, ou faut-il un autre critère, à supposer même qu'une frontière nette existe ?

    une théorie
  • Descriptif
    Foi et raison

    La foi religieuse, l'expérience mystique donnent-elles un accès au réel que la science ne saurait juger, ou relèvent-elles d'une croyance qui n'a rien d'un savoir ?

    la foi, l'expérience mystique