Rapport au vrai· Vérité, langage et science
Correspondance
Axe: Nature de la vérité — Qu'est-ce qui rend une affirmation vraie ?
Une affirmation est vraie si elle correspond aux faits : dire le vrai, c'est dire de ce qui est qu'il est. La vérité est une relation entre nos énoncés et la réalité, indépendante de ce que nous croyons.
Courants 3
Aristotélismeexplicite
La définition aristotélicienne de la vérité est le paradigme de la correspondance : la pensée est vraie quand elle s'accorde à ce qui est dans la chose, formule que la scolastique reprendra comme adéquation de l'intellect et de la chose.
Aristote, Métaphysique, Γ (livre IV), 7 · Thomas d'Aquin, Questions disputées sur la vérité, q. 1
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Empirismeinférable
L'empirisme rapporte la vérité des vérités de fait à l'accord de nos idées avec ce que l'expérience présente : Locke définit la connaissance comme la perception de l'accord ou du désaccord de nos idées, et le tribunal dernier d'une assertion sur le monde reste l'observation. Cette conception, dominée par la correspondance à l'expérience, demeure typique au-delà des divergences sur la nature des choses perçues.
Locke, Essai sur l'entendement humain, IV, 1 et IV, 5 (de la connaissance et de la vérité) · Hume, Enquête sur l'entendement humain, section IV (relations d'idées et vérités de fait)
Rationalismeinférable
La vérité est conçue comme adéquation de l'idée à son objet, mais une adéquation garantie de l'intérieur par la cohérence rationnelle : pour Spinoza, l'ordre et la connexion des idées sont les mêmes que l'ordre et la connexion des choses, et le vrai est sa propre norme. Le critère cartésien de l'idée claire et distincte et l'enchaînement déductif rapprochent l'école d'un idéal où correspondance et cohérence se confondent.
Spinoza, Éthique, II, proposition 7 et scolie de la proposition 43 · Descartes, Méditations métaphysiques, IV
Philosophes 6
Thomas d'Aquinexplicite
Thomas donne sa formule classique à la conception correspondantiste : la vérité est l'adéquation de la chose et de l'intellect, l'accord de la pensée avec ce qui est. Mais il la fonde théologiquement : les choses sont vraies parce qu'elles sont conformes à l'idée que Dieu en a, et notre connaissance est vraie quand elle se règle sur elles. La vérité est donc d'abord dans l'intellect, divin puis humain, et la correspondance entre l'esprit et le réel a elle-même son origine en Dieu.
Questions disputées sur la vérité, q. 1, a. 1-2
Aristoteexplicite
Aristote donne la formulation classique de la correspondance : la vérité d'un énoncé tient à son accord avec ce qui est.
Métaphysique, Γ (IV), 7 (1011b)
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Descartesinférable
Le critère de la vérité est l'évidence : est vrai ce que je conçois selon des idées claires et distinctes, et cette adéquation de l'idée à son objet est garantie par la véracité divine. La conception cartésienne relève donc de la correspondance, avec une exigence interne de cohérence dans l'enchaînement des raisons.
Méditations métaphysiques, III et IV · Principes de la philosophie, I, art. 45
Husserlinférable
Pour Husserl, la vérité n'a rien d'une convention ni d'une simple cohérence interne : elle est l'accord plein d'une visée signitive avec son objet donné en personne, le « remplissement » par lequel ce qui était seulement visé vient à l'intuition. Le vrai est l'identité de l'objet visé et de l'objet donné, ce qui le maintient du côté de la correspondance, mais d'une correspondance vécue, mesurée à l'évidence intuitive plutôt qu'à une copie de faits.
Recherches logiques, VI, §36-39
Platoninférable
La vérité est l'adéquation de l'âme à ce qui est réellement, les Idées : le discours vrai « dit les choses comme elles sont », tandis que le faux les dit autrement qu'elles ne sont. Cette conception, proche d'une correspondance à l'être intelligible, comporte une part de cohérence, la connaissance vraie formant un système dialectique relié au principe du Bien.
Sophiste, 262e-263d · Cratyle, 385b-c
Humeinférable
Hume distingue deux objets de l'investigation : les relations d'idées (mathématiques, certaines et démontrables) et les faits (matters of fact), dont la vérité tient à leur conformité à ce que l'expérience révèle du réel. La vérité de fait est donc affaire de correspondance avec l'expérience, tandis que la vérité des relations d'idées relève de la cohérence interne, d'où des poids partagés.
Enquête sur l'entendement humain, sect. IV, partie I (relations d'idées et faits)