Les questions

Rapport au vrai· Vérité, langage et sciencedifficulté

Le sens des mots

D'où les mots tiennent-ils leur sens ?

Selon que le sens vient de la chose nommée, de l'usage partagé ou de l'intention de qui parle, se méprendre n'a pas la même origine, et traduire d'une langue à l'autre devient possible ou désespéré. Se positionner, c'est dire ce qui, au fond, nous permet de nous comprendre, et pourquoi parfois nous n'y parvenons pas.

RéférentialismeThéorie de l'usageIntention du locuteur
Les pôles, et qui les tient

Référentialisme

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Le sens d'un mot, c'est ce à quoi il renvoie dans le monde : un nom désigne un objet, une phrase décrit un état de choses. Comprendre, c'est savoir de quoi l'on parle.

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Figures associées: Russell
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Théorie de l'usage

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Le sens d'un mot n'est pas une chose qu'il représente, mais son emploi : la signification, c'est l'usage. On apprend ce que veut dire un mot en voyant comment on s'en sert dans les jeux de langage de la vie commune.

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Figures associées: Wittgenstein
Qui se tient ici
Wittgensteinexplicite

Le jeune Wittgenstein tenait le sens d'un nom pour l'objet qu'il désigne ; le tardif renverse cette « image augustinienne » du langage : le mot tient son sens du rôle qu'il joue dans une pratique réglée, un . Wittgenstein garde pourtant sa prudence : il n'en fait pas une théorie générale du sens, « pour une grande classe de cas, non pour tous », fidèle à son refus des thèses.

Recherches philosophiques, §43 ; §7, §23 (jeux de langage) ; §§65-67

Voir plus (3)
Charles Sanders Peirceinférable

Tout le pragmatisme naît d'une règle sur le sens : pour rendre claire une conception, demande quels aurait son objet, car le sens ne réside nulle part ailleurs que dans ces effets. Dire qu'un diamant est dur, c'est dire qu'il résisterait à la rayure ; une idée dont on ne saurait dériver aucune différence d'expérience concevable n'a tout simplement pas de sens. Le geste rompt avec le référentialisme qui loge le sens dans l'objet nommé : Peirce le place dans la conduite réglée, l'habitude d'action que l'idée engage, ce qui le rapproche d'une théorie du sens comme usage, tout en gardant un ancrage expérimental qui le sépare d'un . C'est une arme contre la métaphysique verbale, ces disputes où l'on croit penser sans qu'aucune différence pratique ne soit en jeu.

Comment rendre nos idées claires (1878)

Pragmatismeinférable

Deux idées entre lesquelles on ne saurait imaginer aucune différence d'effets pratiques ont, pour Peirce, exactement le même sens : telle est la maxime pragmatique, règle de clarté plus exigeante que les « idées claires et distinctes » de . Pour fixer le sens d'un concept, on recense l'ensemble des conséquences sensibles ou pratiques qu'on en attendrait, et rien de plus : ce répertoire d'effets concevables épuise la signification. La portée est polémique : une dispute métaphysique dont aucune issue ne ferait de différence dans l'expérience est ainsi reconduite à un conflit verbal dépourvu d'objet. C'est le geste fondateur du courant, dont dérivent et sa conception du vrai et son rejet des pseudo-problèmes, et qui le sépare d'une sémantique référentielle où le sens précéderait tout usage.

Peirce, Comment rendre nos idées claires ; James, Le Pragmatisme

Zhuangziinférable

Les mots ne peignent pas les choses : ils servent à les attraper, comme la nasse sert à prendre le poisson, et « la nasse prise, on oublie le poisson ». Leur sens tient à leur usage et à ce qu'ils permettent de faire, non à une correspondance fixe avec un référent, si bien que les disputes des logiciens sur les noms tournent à vide. Cette conception instrumentale et pragmatique du langage, où l'on peut « oublier les mots » une fois leur office rempli, penche du côté d'une théorie de l'usage avec une teinte d'intention.

Zhuangzi, ch. 26 (la nasse et le poisson) · Zhuangzi, ch. 2

Intention du locuteur

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Le sens tient à ce que celui qui parle cherche à faire reconnaître : communiquer, c'est donner à autrui de quoi saisir notre intention. Le sens conventionnel des mots dérive de ces intentions partagées dans le temps.

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Citations
Considère quels effets, qui pourraient avoir une portée pratique concevable, nous concevons qu'a l'objet de notre conception. Alors notre conception de ces effets est le tout de notre conception de l'objet.
Charles Sanders Peirce · Comment rendre nos idées claires (1878)

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La nasse sert à prendre le poisson : le poisson pris, on oublie la nasse. Les mots servent à saisir l'idée : l'idée saisie, on oublie les mots.
Zhuangzi · ch. 26

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Le sens d'un mot est son usage dans la langue.
Wittgenstein · Recherches philosophiques, §43

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