Rapport au vrai· Vérité, langage et science
Pragmatisme
Axe: Nature de la vérité — Qu'est-ce qui rend une affirmation vraie ?
Le vrai, c'est ce qui fonctionne : une idée est vraie si elle guide efficacement l'action et résiste à l'épreuve de l'enquête. La vérité n'est pas une propriété figée mais ce vers quoi converge la recherche menée avec rigueur.
Courants 1
Pragmatismeexplicite
Demander d'une idée si elle « copie » fidèlement un réel donné est, pour James, un faux problème : une copie qu'on ne saurait confronter à son modèle ne fait aucune différence repérable. Reste alors un seul critère opérant : une idée est vraie si, mise à l'épreuve, elle nous guide sans heurt à travers l'expérience, relie nos croyances et tient ses promesses. Le vrai devient ainsi un processus, ce qui se vérifie dans le cours de l'enquête, et non une propriété déjà inscrite dans l'énoncé. La thèse vise le réalisme de la correspondance partagé par le comme par l' classique : Peirce la tempère pourtant en plaçant à l'horizon de l'enquête indéfiniment poursuivie une opinion finale sur laquelle les chercheurs convergeraient, ce qui réintroduit une forme régulatrice de réalité.
Peirce, « Comment rendre nos idées claires » (1878) · James, Le Pragmatisme (1907), leçons II et VI
Philosophes 4
Nietzscheexplicite
Dès , la vérité est définie comme une armée mobile de métaphores oubliées, une erreur utile sans laquelle une espèce ne pourrait vivre. La valeur d'un jugement se mesure à sa fécondité pour la vie, non à sa correspondance au réel : position d'inspiration pragmatiste.
Vérité et mensonge au sens extra-moral, §1 · Par-delà bien et mal, §4
Charles Sanders Peirceexplicite
Peirce définit le vrai par le terme idéal de l'enquête, non par sa réussite immédiate : l'opinion vraie est celle sur laquelle tous ceux qui enquêtent sont destinés à finir par s'accorder, et l'objet de cette opinion finale est le réel. La vérité n'est donc ni une copie figée des choses, ni la simple cohérence d'un système, mais le point de convergence vers lequel une tend à long terme, pourvu qu'elle pousse la recherche assez loin. Cette définition, qui fait de lui une figure du pôle pragmatiste, garde pourtant un noyau réaliste qui l'éloigne de : le vrai n'est pas « ce qui me réussit » ni ce qu'il m'est utile de croire, mais ce que l'enquête, contrainte par un réel indépendant de nos désirs, est fatalement amenée à reconnaître. L'utilité de l'individu n'y entre pour rien.
Comment rendre nos idées claires (1878) · La fixation de la croyance (1877)
Marxexplicite
La vérité d'une pensée se prouve dans la praxis, non dans la pure théorie : c'est dans la pratique que l'homme doit prouver la réalité et la puissance de sa pensée. La question de savoir si une pensée atteint la réalité est une question pratique : une conception fortement pragmatiste de la vérité, sans renoncer pour autant à l'ambition de saisir le réel.
Thèses sur Feuerbach, II · Thèses sur Feuerbach, VIII (la vie sociale est essentiellement pratique)
Nāgārjunaexplicite
La distinction répond à une objection redoutable : si tout est vide, la souffrance, le chemin et l'enseignement du Bouddha le sont aussi, et la vacuité paraît tout ruiner. Nāgārjuna y répond en distinguant deux registres de vérité, non deux mondes : au plan , le langage et les pratiques ordinaires sont pleinement valides ; au plan ultime, rien n'a de . Loin de s'exclure, ils se conditionnent : on ne peut montrer du doigt l'ultime qu'en se servant du conventionnel, et qui prend la vacuité pour une thèse ultime sur le réel se perd, comme on saisit mal un serpent. La vérité conventionnelle vaut ainsi par sa cohérence d'usage et son efficacité sur le chemin, non par une correspondance à des essences.
Mūlamadhyamakakārikā (Stances du milieu par excellence), XXIV, 8-10 (les deux vérités)